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Mouamar Kadhafi: Grandeur et décadence


International
Vendredi 21 Octobre 2011 - 18:01

Ce jeudi 20 octobre, l'ancien Guide libyen, Mouamar Kadhafi a trouvé la mort à Syrte, dans des circonstances encore floues aujourd'hui. Le fossé est abyssal entre le chef militaire rebelle et révolutionnaire qu'il était à ses débuts et le guide déchu lynché, laissé mort gisant en sang dans les rues de sa ville natale. Retour sur un parcours qui l'a mené de la grandeur vers cette fin prévisible.


Le charismatique "Che Guevara" africain à son avènement
Le charismatique "Che Guevara" africain à son avènement
Le 1er septembre 1969, un groupe d’officiers conduit par un jeune capitaine de 27 ans fomente un coup d’Etat à Tripoli, renverse le régime monarchique d’Idriss 1er, s’empare du pouvoir et proclame la révolution. Le meneur de de la troupe n’est autre que Mouammar Kadhafi, un jeune militaire nationaliste qui voue une admiration pour le président égyptien, Gamal Abdel Nasser, chantre du nationalisme arabe et leader respecté des peuples en lutte contre le colonialisme.

Kadhafi a eu son heure de gloire, de popularité, et même de charisme, avec une image de Che Guevara arabe auprès d'une partie de la jeunesse arabe et africaine dans les années 60 et 70.
Cette époque romantique et rebelle remonte loin, aux premiers temps de la Révolution blanche qui a porté au pouvoir en 1969 ce jeune officier de 27 ans, capitaine vite promu colonel. Ces officiers qui avaient renversé le roi Idris 1er, et la monarchie semblaient progressistes, modernistes, capables de transformer cette ancienne colonie italienne bénie par d'importantes réserves pétrolières en un paradis méditerranéen. Ils en firent un cauchemar pour leur peuple, et pendant longtemps, au-delà.
La Libye sous Kadhafi a connu plusieurs phases. Il y a eu l'époque du socialisme arabe, à la Nasser, puis, dans les années 70, la transformation de la Libye en Jamahiriya arabe et socialiste, une sorte de dépassement de l'Etat version Kadhafi, dans laquelle le pouvoir était censé être transféré entre les mains de comités révolutionnaires, une « démocratie directe » qui était fièrement présentée aux visiteurs étrangers.

Autoproclamé Guide suprême de la révolution, la Libye est rebaptisée Jamajiriya arabe libyenne populaire et socialiste, avec un système politique reposant sur les comités populaires de la révolution, des représentants élus directement par le peuple sans le filtre des partis politiques. Il instaure le pouvoir des masses, un système politique qui s’inscrit dans sa philosophie politique développée dans le Livre vert, dénommée troisième voie et considérée par lui comme la synthèse du capitalisme et du socialisme.

Fort de cette doctrine, et de ses milliards de pétrodollars, Kadhafi devint progressivement plus ambitieux, et commença à se présenter en chef d'une nouvelle révolution mondiale.

Dans les années 70, ses ambitions s'étendent et une mégalomanie de plus en plus perceptible
Dans les années 70, ses ambitions s'étendent et une mégalomanie de plus en plus perceptible
Les années de «pestiféré» et «à nouveau fréquentable»

A la tête d’un pays doté d’énormes richesses naturelles, notamment le pétrole et le gaz, Mouammar Kadhafi se présente comme le porte-drapeau de l’anti-impérialisme en apportant son soutien aux mouvements d’émancipation des peuples dans le monde et ne manque pas d’occasion de fustiger la volonté de puissance des Occidentaux.

Dès 1973, Kadhafi envoie ses troupes occuper la bande d'Aozou, dans le nord du Tchad, première étape d'une longue implication dans les conflits africains. Des milliers de jeunes Africains de la bande sahélienne se sont ainsi retrouvés dans des camps d'entraînement en Libye, pour former une véritable légion internationale devant « libérer » le continent. Il est accusé d’avoir financé des mouvements terroristes comme l’Armée républicaine irlandaise (IRA), les Bridages rouges, des mouvements d’extrême gauche en Italie et le mouvement séparatiste basque ETA. L’Occident voit sa main derrière plusieurs attentats dans les années quatre-vingt, dont celui perpétré dans une discothèque fréquentée par des militaires à Berlin en 1986, puis l’explosion en plein vol à Lockerbie, en Écosse de l’avion de ligne américain en 1988 faisant 270 morts et l’attentat contre l’avion français UTA au dessus du désert du Niger en 1989. Bilan, 170 morts.

En 1992, considérant que la politique du Guide est aux antipodes des valeurs de paix et de bonnes relations entre les peuples, l’Organisation des nations unies (Onu) décrète un embargo aérien contre la Libye. Mais lors du sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) de 1998, à Ouagadougou, au Burkina Faso, les chefs d’Etats qui n’appréciaient que très modérément la décision onusienne, décident de l’ignorer, et dans la foulée, le président Burkinabe Blaise Compaoré se rend à Tripoli en violant l’embargo toujours en vigueur. D’autres présidents africains s’y rendent également en Libye, suscitant la colère des Occidentaux.

Kadhafi réintègre progressivement la «communauté internationale» en promettant de se désengager de tout soutien au terrorisme, et, globalement, semble avoir tenu parole. Il signe également le Traité de non prolifération nucléaire (TNP), ce qui lui ouvre de nouveau la porte du business international, appuyé par les compagnies pétrolières, en particulier américaines, qui ont toujours souhaité cette amélioration. Et la question «migratoire» de plus en plus forte en Europe, avec une droite au pouvoir, présente la Libye comme le premier rempart contre l'immigration clandestine.

Mouamar Kadhafi rêvait des Etats-Unis d'Afrique
Mouamar Kadhafi rêvait des Etats-Unis d'Afrique
Kadhafi et l'Afrique

Touché par le soutien que lui apportent ses pairs africains, le «roi des rois d'Afrique», désigné ainsi par quelques dizaines de rois traditionnels africains, va se découvrir une âme africaine et se sentir investi d’une mission d’unifier le continent. Le panafricanisme devient dès lors pour lui comme une obsession. Il s’implique dans la résolution des conflits qui minent le continent noir, finance des projets dans plusieurs secteurs dans de nombreux pays africains, notamment dans les banques et l’hôtellerie, et crée une compagnie aérienne, Afriqiyah Airways qui dessert plusieurs capitales africaines au départ de Paris.

La Libye est probablement le pays africain qui a le plus fait pour l’Afrique. Non seulement sur le plan politique en supportant à hauteur de plus de 50% le budget de fonctionnement de l’Union africaine (UA), mais aussi, sur le plan économique, financier et technologique. Ces dernières années, les performances macroéconomiques de l’économie africaine se sont significativement améliorées. La multitude des fonds d’investissement libyens, éparses certes, s’appuient sur la Jamahiriya National Oil Corporation (NOC). Ils ont permis à l’économie africaine, malgré la crise mondiale, de progresser considérablement.

Accueilli par les plus grands leaders du monde, qui lui vendent leurs armes
Accueilli par les plus grands leaders du monde, qui lui vendent leurs armes
Le printemps arabe

Quand une révolte populaire éclate chez les voisins tunisien et égyptien en début d’année, Kadhafi était loin d’imaginer que par un effet domino, son pouvoir serait aussi emporté. Incapable de comprendre les aspirations de la jeunesse à plus de justice sociale, de liberté et de démocratie, Kadhafi a été victime de son propre aveuglement, convaincu qu’il était devenu irremplaçable.
Face à une rébellion de plus en plus forte et organisée, soutenue en aérien par l'OTAN, particulièrement la Grande-Bretagne, la France et les USA,qu'il tente vainement de mater, avec des bombardements aériens même par moments, Kadhafi perd du terrain, et le contrôle du pays au fil des mois, jusqu'aux deux batailles décisives de Beni Walid, et surtout de Syrte, sa ville natale, dernier bastion pro-Kadhafi à tomber. Un symbole.
Après 42 ans de règne sans partage, Mouammar Kadhafi quitte la scène par la petite porte de la furie vengeresse des rebelles, qui l'ont lynché dans les rues de sa ville natale, Syrte.

Mamoudou Lamine Kane

Jeudi 20 octobre 2011, dans les rues de Syrte, Mouamar Kadhafi est lynché par les rebelles du CNT
Jeudi 20 octobre 2011, dans les rues de Syrte, Mouamar Kadhafi est lynché par les rebelles du CNT
Mamoudou Kane


              

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