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Noorinfo

Mort sans procès. Une fois de plus.


Tribunes
Mercredi 26 Octobre 2011 - 10:01

Il n’y eut ni procès, ni jugement, une fois encore. Au cours des cinq dernières années, le scénario dans le monde arabe semble être le même. Encore et toujours, le même désordre, la même fin dramatique


Saddam Hussein: né le 28 avril 1937, pendu le 30 décembre 2006 - Oussama ben Laden: né le 10 mars 1957, exécuté le 02 mai 2011 - Muammar Gadhafi: né le 19 juin 1942, lynché puis exécuté le 20 octobre 2011
Saddam Hussein: né le 28 avril 1937, pendu le 30 décembre 2006 - Oussama ben Laden: né le 10 mars 1957, exécuté le 02 mai 2011 - Muammar Gadhafi: né le 19 juin 1942, lynché puis exécuté le 20 octobre 2011
Saddam Hussein, Oussama Ben Laden et Kadhafi ont été tués sans procès équitable - aucun juge ni aucun jury n’a rendu de verdict - et de la manière la plus indigne. Saddam Hussein a été pendu le jour de la fête musulmane (après une parodie de procès) et son exécution a été filmée par une caméra de téléphone mobile. Oussama Ben Laden a été assassiné alors qu’il était non armé, sans qu’aucune image ne puisse apporter une preuve de son sort. Kadhafi a été capturé vivant, battu, puis exécuté, avec des centaines de personnes autour de lui qui prenaient des photos de son visage couvert de sang. Ils riaient, criaient et dansaient même tout en lui arrachant des cheveux et en tordant sa tête afin de prouver qu’il s’agissait bien de lui. Certains s’étonnent de ce spectacle pitoyable : jusqu’où notre humanité peut-elle donc aller ? Kadhafi était un tyran, un dictateur, cela ne fait aucun doute. Mais en tant qu’être humain, il avait le droit d’être jugé et, une fois mort, son corps aurait dû être protégé et respecté. La couverture médiatique de sa capture et de sa mort, ainsi que les commentaires faits à son sujet étaient inhumains, troublants, révoltants. Je n’aimais pas Kadhafi ; j’ai détesté la manière dont ses assassins se sont comportés - de près comme de loin.

Nous connaissons à présent une partie de l’histoire. Il était en train de tenter de fuir de Syrte avec un groupe de partisans, lorsque les forces de l’OTAN les ont localisés et bombardés. Les forces françaises qui dirigeaient l’opération ont été capables d’arrêter le convoi et, ce faisant, d’aider les opposants de Kadhafi à le capturer. Voilà bien l’image du soulèvement libyen : sans l’OTAN, l’opposition à Kadhafi n’aurait pas remporté de succès. Il reste à répondre à une question cruciale : quel rôle jouera l’influence étrangère dans l’avenir de la Libye ? Qu’il est troublant de voir les Présidents et Premiers Ministres, de Nicolas Sarkozy à Barack Obama et David Cameron - qui négociaient ouvertement avec Kadhafi jusqu’à l’année dernière - saluer sa mort, tout en essayant de convaincre le public qu’ils avaient toujours soutenu les démocrates, ainsi que la démocratie. Dans l’ivresse de la victoire, il n’y a aucune honte à profaner les morts, aucune honte à mentir aux vivants. La Libye est sous contrôle, disent-ils. Mais qui contrôle la Libye ?

On ne peut pas faire confiance au Conseil National de Transition (CNT). Il est dirigé par un ancien ministre du gouvernement de Kadhafi dont on soupçonne qu’il a eu des liens secrets avec les services secrets américains bien avant la rébellion. D’autres membres de haut rang du CNT avaient également participé au régime précédent, certains faisant partie de l’armée ; certains des services de renseignements libyens, tandis que d’autres ont même été identifiés comme étant des extrémistes. Cependant, il est assez clair que si le CNT a reçu un soutien aussi rapide de l’Occident, ainsi que des Nations Unies, c’est parce que ces derniers connaissaient les acteurs clé et parce qu’ils avaient reçu l’assurance que leurs intérêts seraient protégés. La présence des dirigeants français, britanniques, américains et turcs à Tripoli avant même la capture de Kadhafi confirme qu’ils avaient raison.

Le CNT semble aujourd’hui contrôler la situation - mais de nombreuses questions demeurent sans réponse. Il y a tant d’informations contradictoires qui émanent du CNT (au sujet d’accords secrets avec l’Occident, de la capture de certains individus et même de son succès sur le terrain) et on a assisté à un traitement tellement inhumain durant les combats (en particulier contre des immigrés africains), qu’il y a toutes les raisons de douter de l’avenir de la Libye en tant qu’Etat fondé sur la transparence, ainsi que des valeurs démocratiques.

Kadhafi est mort. Le peuple libyen a acclamé et célébré l’événement. La page d’une ère sombre a été tournée. Toutefois, la révolution est loin d’être achevée. Un coup d’œil rapide vers l’Irak, l’Egypte ou la Syrie suffit à nous convaincre que de puissants intérêts économiques et géostratégiques sont en jeu, et que les pays concernés sont loin d’être autonomes. La Libye ne sera pas une exception : les Etats-Unis, ainsi que les pays européens ne laisseront pas le nouveau régime faire usage de ses ressources pétrolifères afin de développer en Afrique du Nord une dynamique de solidarité Sud-Sud. La Libye est à présent à un carrefour critique ; les mois et années à venir démontreront si nous avons assisté à une révolution dans la région ou bien à une cynique redistribution des alliances. Les nouveaux dirigeants sont tellement reconnaissants à l’Occident qu’il paraît plutôt impossible de pouvoir espérer un avenir véritablement indépendant. Des démocraties tant contrôlées sont loin d’être des démocraties ; la voie vers une libération entière et réelle est jonchée de défis.

Regarder les images de Kadhafi mort et maltraité a été une triste expérience. Lire la couverture médiatique et entendre certains dirigeants occidentaux et arabes célébrer sa mort et féliciter les Libyens était encore plus perturbant. Faisaient-ils la fête parce que le dictateur était mort ou bien parce que la route était désormais ouverte à de nouvelles stratégies de contrôle à mettre en œuvre ? Ce qui était sensé avoir été une marche vers la liberté ressemble aujourd’hui de plus en plus à une voie menant à des troubles futurs, ainsi qu’à une nouvelle forme de servitude.

Tariq Ramadan
Noorinfo


              


1.Posté par Xtz le 26/10/2011 10:15
Quel article, j'ai bien rigolé. J'aimerais bien être payer pour ce genre choses aussi :).

Non mais plus sérieusement, une personne qui à fait tellement de mal ne mérite pas de vivre et encore moins le respect, pourquoi s'offusquer quand à leur sort ils ne vont manquer à personne.

Un jour quelqu'un viens chez vous viole votre femme, tue le reste de votre famille, et fait la même chose à tout vos proches, bien entendu c'est un cas extrême que je prend, mais juste pour imager, ne pensez-vous pas que vous tueriez cette personne sans procès et sans vous souciez des conséquences,

Le raisonnement de cet article est tellement hypocrite.

2.Posté par Observateur MR le 26/10/2011 11:34
Xtz, bravo a vous! Vous semblez savoir qui mérite ou pas de mourir, la liste est longue j'imagine, heureusement que vous n’êtes pas juge ni procureur.
sans rancune

3.Posté par bulle le 27/10/2011 14:57
Je ne suis pas d'accord avec les commentaires... Oui ils ont fait énormément de mal ms la violence pr arrêter la violence n'a jamais triomphé!! Et ont sait bien qu'on a beau tuer tous les dictateurs, tyrans de la terre il yen aura toujours pr prendre la relève, ils sont mort sans rien payer, où est la justice pr toutes les victimes? Personnellement je trouve la mort trop facile pour eux, ils devraient être plus souvent confronter à la misère qu'ils ont engendrés et le seul moyen serai un procès. Nous devenons comme eux si on utilise la même barbarie......Soyons plus intelligents!! Quand à notre gouvernement tous des focus que le fric mène par le bout du nez!!

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