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Monza : Le crieur/Président de la Rue Publik


Culture
Vendredi 17 Février 2012 - 19:24

Dans le rap depuis une quinzaine d'années, «lyricist» reconnu aujourd'hui de la sphère hip-hop mauritanienne, Limam Kane alias Monza s'apprête à un retour sur scène à Nouakchott après plus de deux ans d'absence. Portrait d'un jeune homme qui ne conçoit la musique que dans le sens de l'engagement.


Limam Kane aka Monza. crédit photo : Béchir Malum
Limam Kane aka Monza. crédit photo : Béchir Malum
Décontracté, avec un éternel couvre-chef sur la tête, c'est une «pagaille vestimentaire sur pieds», au style, seulement en apparence décontracté, qui se présente à l'institut français de Mauritanie, pour une énième répétition, en vue de son concert qui aura lieu au même endroit le 23 février prochain. Loin des clichés vestimentaires du rappeur, importés des états-unis, Monza revendique sa mauritanité, et plus largement son africanité.

«Si le rap provient des états-unis, l'essence de cette musique tient à la réalité qu'on déclame, qu'on décrit, au message qu'on veut faire passer. Et les problèmes que les rappeurs américains rappent ne sont pas les nôtres; de même leur style vestimentaire issu de leur identité afro-américaine n'est pas la nôtre. Nous nous devons d'avoir, de mettre en avant notre identité propre» revendique le directeur de Zaza productions, son studio musical créé il y a quelques mois à peine, situé à Basra, en périphérie nouakchottoise.

Monza ne renie pas pour autant cet héritage musical outre-atlantique. Bercé par la musique très jeune, «dès l’âge de 8 ans», il embrasse le rap à 14 ans influencé à l’époque par les raps américain et français, avec une attention particulière pour Michael Jackson et Bob Marley. «Bob Marley a allié la qualité musicale à une profondeur textuelle, un engagement, qui est un exemple» apprécie le jeune rappeur de 32 ans.

Le rap comme un «évident moyen d'expression»

Monza avec le large crew de la Rue Publik à l'occasion du Assalamalekoum festival de juin 2011. Crédit photo : Béchir Malum
Monza avec le large crew de la Rue Publik à l'occasion du Assalamalekoum festival de juin 2011. Crédit photo : Béchir Malum
«Réservé et solitaire» comme le décrivent quelques-uns de ses proches, Limam Kane est issu d’une famille maraboutique de Maghama dans le Gorgol. Malgré les préjugés sociaux, il entre dans le rap en découvrant un genre propice à ses «instincts de révolte face aux trop nombreuses injustices observées dans ce pays». Il perçoit ainsi le rap comme une obligation, une «révolte», persuadé que «le rap dit très haut ce que les gens racontent tout bas dans les salons», le hip-hop demeurant à ses yeux, un des meilleurs vecteurs de responsabilisation et de conscientisation des «jeunes surtout».

Après son bac C obtenu en 2000, il poursuit ses études en télé-informatique à Dakar au Sénégal pendant deux ans avant de faire son «envol musical» à la rencontre des artistes de la Teranga, tels que Didier Awadi, «un grand de la musique africaine». Après ces rencontres, il rentre au pays, range ses cartables, pour se consacrer entièrement à sa passion musicale.

«Nous sommes dans un pays magnifique, avec un potentiel artistique et multiculturel quasi-unique en Afrique. Mais ce potentiel n'a toujours pas été mis à jour, après plus de 50 ans d'indépendance» déplore Monza, fiché dans une des chaises de la cafétéria de l'institut français.

Fort de ce constat, le jeune de Maghama s'efforcera depuis dans sa musique, notamment à travers ses collaboration avec les artistes nationaux, que ce soi Malouma, Noura ou feue Dimi, d'être un «vecteur de cohésion et d'éducation», à travers cette mouvance, «une forme d’expression urbaine» pour dénoncer «la réalité dans laquelle chacun se porte comme témoin». Un mouvement musical, dont les politiciens surtout ont pris conscience, par rapport au monde qu'il fédère notamment, «surtout en période électorale, où les rappeurs se font désirer par certains partis» constate avec un sourire amusé Monza.

Les injustices en toile de fond

Avec des talibés. Crédit photo : Béchir Malum
Avec des talibés. Crédit photo : Béchir Malum
Face à un quotidien social marqué aujourd’hui encore par «l’inégalité, l’injustice, le chômage, la précarité des établissements publics comme l’école», le président de la rue publik veut garder sa liberté de ton. L'occasion pour lui de critiquer le développement anarchique des écoles privées qui se mettent en place comme «des boutiques alors que celles du public sont entrain de se casser la gueule» s'énerve-t-il.

«C'est certainement un de nos artistes les plus mûrs, musicalement et textuellement. Il a une profondeur que peu ont ici, et une quête perpétuelle de fusion, de nouveauté, avec en toile de fond le refus de toute forme d'injustices» explique Mister X, du groupe Minen Teyi, un de ses camarades de rap.

C'est donc avec maturité aussi que Monza estime que «l’engagement n’est pas forcément l’insolence», qu'il a eu à manier par le passé de façon «déplacée». Un mea culpa qui en dit long sur la perspective de l'artiste. «C'était une époque de ma vie artistique où je percevais le rap à travers le prisme étroit du rap américain, lié à une certaine image de bad boy» se souvient-il. Aujourd'hui, trentenaire et marié, avec l'expérience des voyages et des rencontres, il essaie de faire passer son message de façon plus «constructive et positive». Sans pour autant se renier, en n'hésitant pas à pousser des coups de gueule quand il faut, comme dans un de ses opus, «mon pays va mal». Envers et contre tout. D'où sa devise taguée sur un bout de mur de son studio de musique: «quand tous les chats sont là, je suis le rat qui danse».

Une ligne dont il tentera à travers ses albums, de ne pas se démarquer. Que ce soit dans «InconteXtablement» en 2004, ou «Mauritaniana» en 2010, un album distribué gratuitement, avec entre les deux une série d'apparitions dans des compilations remarquées, comme Rue Publik. «Ces étapes me permettent de faire mes premiers pas dans les concerts, d'être remarqué dans certains médias, surtout à l'étranger» dit-il.

La casquette d'opérateur culturel

Avec le rappeur français Sefyu lors de la dernière édition d'Assalamalekoum festival
Avec le rappeur français Sefyu lors de la dernière édition d'Assalamalekoum festival
Appelé «Président de de la Rue Publik» depuis 2005, Limam a longtemps réfléchi à la mise en place d’une structure de production, un centre de ressources musicales, pour d'autres talents musicaux qui pourraient avoir «plus de facilités que leurs aînés». Une idée qui va germer et éclore dans la foulée de l'avènement de son festival annuel en juin de chaque année, Assalamalekoum festival, qui vise la promotion du hip-hop. À travers son label Zaza production, c'est l'accompagnement de plusieurs «talents prometteurs» qui est assuré, dont Eben, enfant de la rue, Ziza, Microb group.

Dans le même temps, Monza prévoit des ateliers de formation pour les rappeuses afin de contribuer à la féminisation du mouvement. Une promotion qui pourrait avoir selon lui, plus de chances d'aboutir à travers la mise en place d’un bureau de droits d’auteur en Mauritanie un jour, afin de protéger les œuvres des artistes pour que ces derniers puissent vivre de leur art.

Monza qui a côtoyé de grands noms de la musique, lors de premières parties de concerts, avec notamment Malouma, Baba Maal, Youssouf Ndour, Daara J, Pee Froiss, Disiz la peste et récemment Zaho, Sefyu ou encore Tunisiano, a participé à la traduction de la déclaration universelle des droits de l’homme en pulaar pour les nations-unies.

Il donnera un concert le jeudi 23 Février à l’IFM pour revisiter son répertoire et donner un avant-goût de son prochain album.

Awa Seydou Traoré et Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

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