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Mokhis, artiste plasticien : «Une image vaudra toujours plus que mille mots»


Culture
Lundi 19 Mars 2012 - 17:37

Moctar Ould Sidi Mohamed alias Mokhis, artiste peintre et plasticien, est un des doyens de l’art pictural en Mauritanie. Engagé et observateur de l'évolution de la société mauritanienne, il estime l'art graphique comme le meilleur langage pour rapprocher les gens.


Mokhis, artiste plasticien : «Une image vaudra toujours plus que mille mots»
Membre fondateur de l’union des artistes peintres de Mauritanie (UAPM), Mokhis témoigne d’emblée qu’il a été victime d’une injustice à la fin des années 70. «J’avais plus de talent que les élèves de l’école de Mme Rosière, j’ai donc préféré alors rompre avec le CCF pour suivre mon itinéraire» estime Mokhis.

Une passion intérieure qui le pousse à exprimer à travers l’art ce qui le révolte, comme la situation des femmes battues et la précarité des enfants de la rue, thèmes récurrents dans son imaginaire pictural.

Né à Louga au Sénégal en 1956, Moctar a fait ses études à Rosso-Mauritanie avec comme passe-temps favori, la reproduction de bandes dessinées. Son itinéraire artistique prendra forme en 1975 lorsqu’il rencontre l’artiste canadien Denis Red, qui l’invite à Nouakchott autour d’une exposition collective au CCF.

Ses ambitions prennent de l’ampleur, et le jeune peintre d’alors lance son premier (et le premier) atelier de calligraphie de la capitale en 1981, qui formera par la suite selon lui, l’immense majorité des calligraphes de la nouvelle génération de peintres plasticiens.

A l’époque, il lui était plus facile de s’exprimer par la calligraphie, la décoration, la publicité, la sculpture, que par l’art plastique, cette tendance artistique «que les mauritaniens trouvent bizarre». «Les gens avaient une mauvaise perception de ce que je faisais, et n’appréciaient pas particulièrement une quelconque forme d’art graphique, de ma part ou d’un autre. On me demandait souvent, «ça sert à quoi ?»» s’amuse aujourd’hui le cinquantenaire à la moustache grisonnante.

Il se donnera pourtant corps et âme dans cette passion «dévorante de ses nuits». En 2003, il abandonne définitivement la calligraphie pour se consacrer totalement à la peinture ; un retour consacré la même année par une exposition sous-régionale, lors du festival international de jazz de Saint-Louis.

Tout au long de ce parcours engagé, Mokhis est salué par les jeunes générations d’artistes peintres, comme «un maitre, un doyen». Paradoxalement, il n’a à son actif que deux expositions nationales dont une à l’ex-CCF, et au Musée national, avec parallèlement une vingtaine d’expositions individuelles et une quarantaine d’expositions collectives à son actif. «J’ai plus exposé à l’étranger qu’en Mauritanie» concède-t-il l’œil maussade.

Un constat qu’il justifie. «Les étrangers demeurent ceux qui achètent le plus l’art en Mauritanie» explique-t-il avec amertume, brocardant au passage les élites du pays. «Au lieu d’avoir des paysages suisses, il faudrait plutôt penser à décorer éventuellement nos intérieurs avec des tableaux locaux» exhorte Moctar Ould Sidi Mohamed.

Celui qui perçoit l’art plastique comme un langage universel, veut que les nouvelles générations portent haut le flambeau de l’art mauritanien. «C’est facteur incroyable de regroupement, de conscience commune, qui si il est développé peut créer des merveilles» assure Mokhis. «Vous pouvez interpeller, toucher n’importe quel chinois, colombien, ivoirien ou saoudien avec l’image. Pas besoin de parler la même langue» continue-t-il, l’œil luisant.

Après plus de 35 ans d’absence, il a renoué contact avec le CCF à la demande de l’ex-directeur de l’IFM Debriand, il y a un peu plus de deux ans aujourd’hui. Khaled Ould Moulaye Idriss, président de l’UAPM, Mokhis est «un des pionniers de l’art plastique en Mauritanie, une personne remarquable dans la vie artistique mauritanienne, dont il s’est inspiré dans son œuvre. Il y a de la Mauritanie dans son œuvre» affirme Ould Moulaye Idriss.

Marié et père de quatre enfants, grand-père depuis deux ans, Mokhis se juge sincère avec les gens, et rêve juste à ce moment de sa vie, de léguer son expérience d’artiste engagé à ceux qui seraient tentés de suivre ses pas dans un contexte où on assiste à l’évolution de la profession d’artiste plasticien.

Awa Seydou Traoré
Mamoudou Kane


              

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