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Mohamed Ould Cheikh Ould Ahmed Mahmoud : Pourquoi il mériterait un billet de banque à son image


Tribunes
Lundi 19 Août 2013 - 19:37

Le marxiste qu'il a été, et le rebelle dont son être était viscéralement imprégné aurait éventuellement été contre cette idée d'en faire un motif de planches à billets, "certainement même", murmure un de ses proches. Mais voilà bien un individu qui était la quintessence de l'honnêteté intellectuelle. De ceux qui portaient haut cette velléité d'une Mauritanie multiculturelle dans les faits, d'une nation naissante, unie dans sa diversité.


Mohamed Ould Cheikh Ould Ahmed Mahmoud : Pourquoi il mériterait un billet de banque à son image
Un monolithisme et une rigueur intellectuels répandus dans une famille de "grosses têtes", comme son frère aîné d'Abdel Wedoud Ould Cheikh, éminent professeur d'anthropologie à Metz, spécialiste du monde arabo-musulman, et qui a écrit la préface "savoureuse" du recueil des Mauritanides de Habib Mahfoud.
 
A ce titre, pour l'exemple, pour la postérité, pour créer de jeunes vocations, son inspiration doit être perpétuée. Et quelle plus belle (et ironique) marque de perpétuation que celle laissée en effigie sur ce qui représente la valeur symbolique, l'alpha et l'oméga de l'ère capitaliste qu'il a laissée derrière lui, et qu'il a tant critiquée.
 
Un ministre de la défense de toutes les communautés
 
"Mohamed Ould Cheikh était harnaché de la fureur des Justes. A ce titre, toutes les formes d'injustice le heurtaient. Et il a ainsi dénoncé la condition de ses frères et concitoyens noirs, en co-signant avec ses camarades noirs et maures, le premier manifeste contre l'oppression des noirs mauritaniens, ce qui leur valut à tous d’être virés du gouvernement en 1966" rappelle un ami proche.
 
Cet acte, parmi d'autres, consacre l'indépendance d'esprit d'un homme loin de tout tribalisme, communautarisme destructeurs, et qui est déjà conscient du danger lié à la crise identitaire d'une élite maure, qui se ferait sur le dos des autres communautés. "Vouloir que ceux qui savent à quoi s’identifier abandonnent leurs valeurs propres pour être embrigadés dans l’aventure de ceux qui se cherchent une identité est non seulement de l’arbitraire, mais d’une politique culturelle imbécile" clamera-t-il lorsque le colonel Taya donnait le premier, le cadre juridique à travers la constitution, qui imposerait désormais la langue arabe comme seule langue officielle.
 
"En avance sur son temps..."
 
Né en 1930, Mohamed OuId Cheikh OuId Ahmed Mahmoud "a marqué son époque" estime un blogueur sénégalais. Dans ses mémoires, "Contre et marées" feu Mokhtar Ould Daddah évoque l'homme "en avance sur son temps". Une avance dans le domaine des idées héritée d'un parcours académique et professionnel d'excellence, de la médersa de Boutilimit, à l'enseignement à Atar, son premier pas dans le monde du travail. C'est cette excellence et l'intégrité qui l'accompagnent, qui le feront élire secrétaire général du syndicat des enseignants de l'AOF, "dont le Président, à l'époque, n'était autre que le futur président de la Guinée, Sékou Touré" rappelle la page biographique qui lui est dédiée sur le site de l'armée.
 
Une fois devenu président de la Guinée, ce dernier lui proposera en 1958 de se rendre en son pays nouvellement indépendant, pour l'aider à bâtir les bases d'une administration forte. Beaucoup d'africains répondront à cet appel, dont le bâtisseur de l'éducation nationale mauritanienne, Mame Diack Seck (lien). Mohamed Ould Cheikh,lui, décline la demande, désireux de continuer à "préparer et consolider l'indépendance mauritanienne qui pointait à l'horizon". Un des aspects de cette "préparation" prend la forme de l'association de la jeunesse de Mauritanie (AJM), dont il souhaitait qu'elle représente "la traduction authentique de ce que le pays recélait à l'époque de potentialités nationalistes. (...) L'AJM joua le rôle à la fois d'une presse interne inexistante et d'une opposition légale" (dans son ouvrage "l'indépendance coloniale" publié sous son pseudo de Hamid El Mouritany).
 
"Cet activisme politique lui valut d'être muté par mesure disciplinaire, de Boutilimit à Moudjéria, à dos de chameau au lieu d'emprunter un véhicule de l'administration coloniale comme tous les autres fonctionnaires. Il fit objet d'une surveillance particulière, et de toutes sortes de tracasseries administratives pour le dissuader de son engagement anti-colonial" conclut un ancien secrétaire général du ministère de la défense.
 
Une force dans l'engagement, un art dans le langage et la rhétorique qui lui permettent à l'aube de l'indépendance mauritanienne, en 1961, alors chef de sa diplomatie, d'arracher la reconnaissance historique de l'existence du pays auprès de l'ONU.  
 
Le fondateur de l'armée mauritanienne
 
Dans la foulée de cette même année, Mohamed Ould Cheikh est nommé ministre de la défense par Mokhtar Ould Daddah. Il s'attelle alors à la création du premier noyau de l'armée nationale avec un sérieux et un dévouement tels que le père de l'indépendance écrira dans une note administrative :
 
"Monsieur Mohamed Ould Cheikh s'acquitte de ses importantes responsabilités avec un sens de l'autorité, un souci de l'efficacité et une compétence également  remarquables. Animé par un patriotisme Intransigeant, il s'est entièrement consacré à la création et à l'organisation de l'armée nationale tâche considérable, au service de laquelle il a pu déployer ses exceptionnelles qualités. Il a affronté les multiples problèmes à résoudre avec un réalisme et une ténacité qui lui ont permis d'obtenir des résultats dont le bilan est particulièrement positif et mérite les appréciations les plus élogieuses..."
 
Ibrahim Mariam Diallo
Mamoudou Kane


              

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