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Mohamed Ould Bouamatou, portrait d’un milliardaire mauritanien nébuleux


Actualité
Samedi 3 Octobre 2015 - 12:20

Mohamed Ould Bouamatou est à la tête d’un groupe industriel et financier qui fait de lui l’un des hommes d’affaires les plus importants – et de l’avis de beaucoup, le plus riche – de Mauritanie. Banquier, assureur, industriel, distributeur, actionnaire de la nouvelle compagnie Mauritania Airways et de l’opérateur de téléphonie Mattel, rien ne semble pouvoir arrêter le « diable Bouamatou », comme on le surnomme.


Mohamed Ould Bouamatou, l'un des plus riches citoyens mauritaniens
Mohamed Ould Bouamatou, l'un des plus riches citoyens mauritaniens
 Ou plutôt, rien ne semblait. Aujourd’hui fragilisé par des affaires d’évasion fiscale et de trafic d’influence, la plus grande réussite du pays semble perdre de sa superbe. Retour sur un parcours hors-norme, où la folie des grandeurs semble avoir une fois de plus laissé sa marque.
 
Itinéraire d’un Mauritanien sans limites
 
Tout commence à la Médina G, un quartier de la capitale mauritanienne Nouakchott. Bouamatou y fonde une fabrique de pain et organise un réseau de distribution, une innovation en soi dans la Mauritanie d’alors. La mayonnaise prend et, très vite, son activité dépasse les murs de la ville pour se développer dans le reste du pays.
 
Fort de sa réussite, Bouamatou cherche à lever des fonds afin de pousser son aventure plus loin. En 1983, l’État lance son Fonds national de développement, ayant vocation à financer le secteur privé. Bouamatou obtient un crédit grâce auquel il fonde Cogitrem, une confiserie dont les produits marchent aussi bien en Mauritanie qu’au Sénégal ou au Mali.
 
C’est en se tournant ensuite vers l’étranger que Bouamatou continue son ascension : lors d’un déplacement en Espagne, il rencontre un dirigeant de Gallina Blanca, une marque célèbre dans presque toute l’Afrique pour ses bouillons, mais inconnue en Mauritanie.

Plus pour longtemps. Bouamatou, qui parle l’espagnol, devient le représentant de la marque dans son pays. Grâce à un réseau de vente efficace et des campagnes d’affichage d’envergure, il réussit à concurrencer le mammouth Maggi, dont la domination était jusqu’alors sans partage en Mauritanie.
 
Dans la foulée, il accapare le marché de la revente des cigarettes Philip Morris, en obtenant l’exclusivité sur le territoire mauritanien. C’est là que les premières voix se font entendre pour dénoncer les stratégies léonines de celui qu’on commence à appeler le « diable Bouamatou. » Pour ses détracteurs, il s’est approprié le marché « à coups de liasses de billets. »
 
Sur sa lancée, celui qui est désormais Commandeur de l’Ordre du mérite national devient concessionnaire de la marque automobile Nissan.

Et comme pour confirmer que rien ne l’arrêtera, en 1995, l’ancien fonctionnaire s’improvise banquier, en créant la Générale de banque de Mauritanie (GBM), première banque privée du pays. Il obtient le support d’un actionnaire de poids, la Belgolaise (filiale de Fortis, aujourd’hui disparue) qui lui confère son sérieux et sa crédibilité et lui permet d’obtenir des crédits de la Société financière internationale (SFI), agence de la Banque mondiale. Très vite, la GBM bénéficie des dépôts de l’État qu’elle prête au secteur privé dans les domaines de l’agriculture et de la pêche, entre autres.
 
Bouamatou, entrepreneur sans peur et sans reproche ?
 
Là encore, les critiques se multiplient. Le terme « népotisme » revient souvent. De fait, Bouamatou, issu d’une famille de la tribu Ouled Besbah, s’est un temps attaqué aux positions commerciales des Smassides, la tribu de l’ex-chef de l’État Maaouiya Ould Taya.
 
Son rôle politique s’accroît considérablement. Il devient dans la deuxième moitié des années 90 l’un des principaux sponsors des candidats sérieux aux élections dans le pays. L’idée est d’être dans les petits papiers de la classe dirigeante dans son ensemble – on ne sait jamais de quoi demain sera fait.
 
Ahmed Ould Hamza, président de la Communauté urbaine de Nouakchott (CUN) et ami personnel reconnaît dans Jeune Afrique que, « lors des campagnes présidentielles, Bouamatou est celui qui donne le plus et finance chaque candidat. » De quoi faciliter les relations avec le pouvoir, quel qu’il soit : « ici, certains disent que, avec tout l’argent qu’il a dépensé pendant les campagnes, il devrait déjà être président de la République. »
 
En plus de ce rôle moralement ambigu, l’absence de chiffres publics et de communication autour de la gestion de ses fonds dans la nébuleuse qu’il a constituée commence à faire jaser. Immanquablement, Bouamatou se retrouve dans le viseur du fisc, et c’est la douche froide.

Fin 2012, trois sociétés dans lesquelles Mohamed Bouamatou détient des actions (Générale de Banque de Mauritanie – GBM, BSA Ciment et Mauritano-Tunisienne de Télécommunication – Mattel) ont reçu des avis de redressement de la Direction générale des impôts de Mauritanie (DGI) pour un montant total de 4,3 milliards d’ouguiyas (10,3 millions d’euros).
 
Fuyant le scandale, il s’exile, et vit désormais à l’étranger – principalement à Marrakech, Maroc. Si certains observateurs ont d’abord crié à l’acharnement fiscal, la majorité des avis semble désormais considérer que l’homme a toujours tenté de contourner le fisc.
 
Bouamatou, faut-il le rappeler, est un grand ami de Karim Wade, fils de l’ancien président du Sénégal Abdulaye Wade, également poursuivi par la justice sénégalaise pour biens mal acquis. Lors de la présidentielle de juillet 2009, l’opposition mauritanienne avait justement accusé Bouamatou et Wade de complicité pour frauder cette élection.
 
Des langues dans son entourage se délient (son exil l’empêche d’assurer le contrôle de son empire aussi méticuleusement qu’avant) et commencent à parler de trafic d’influence, de pillage des ressources halieutiques, etc.
 
 Une success-story entachée de zones d’ombre
 
Plus grave encore, la presse burkinabé jette un pavé dans la marre en avançant, par l’intermédiaire du journal Rapide Info : « Les services de sécurité du Burkina Faso ont dévoilé des documents portant sur un vaste réseau de trafic de cocaïne visant le Mali, le Burkina Faso, la Mauritanie et le Niger sous la houlette d‘influents hommes d‘affaires d‘Afrique de l’Ouest dont deux hommes d‘affaires de nationalité mauritanienne », avant de préciser « que les deux hommes d’affaires mauritaniens ne vivent pas dans leur pays, l’un a trouvé refuge dans un pays d’Afrique du nord (exile doré) et l’autre a pris la fuite et s’est réfugié en cote d’ivoire et se rend régulièrement au Maroc. » L’accusation est à peine voilée, et s’il semble difficile de l’étayer, rien ne permet non plus d’affirmer qu’elle est totalement infondée.
 
A mesure que l’étau se resserre et que les affaires se multiplient dans son sillage, un versant bien plus sombre de la success-story Bouamatou se révèle. Il faut bien sûr laisser la justice trancher avant de tirer des conclusions hâtives, mais cette accumulation de poursuites fait présager un envers du décor bien moins heureux que l’image de petit génie touche à tout que Bouamatou avait jusqu’à présent su véhiculer.
 
Article proposé par R. B Mebarek
ladiplomatie.fr
Noorinfo


              

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