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Mohamed Ould Abed, ancien ministre des Affaires économiques de la transition : “Depuis le coup d’Etat de 2008, nous avions eu droit à des comportements extra budgétaires et même extra-logiques, avec beaucoup de fantaisies et de populisme”


Actualité
Dimanche 30 Septembre 2012 - 09:57

Mohamed Ould Abed, ministre technocrate du premier gouvernement de transition mis en place après le coup d’Etat de 2005 sur Ould Taya revient sur plusieurs questions d’actualité. Il évoque dans ces lignes, le bilan de ses deux ans (2005-2007) passés à la tête du département des Affaires économiques et du développement du pays. Il livre également sa propre analyse sur des questions économiques (assainissement, hausse des prix, hydrocarbures, lutte contre la pauvreté, etc) mais aussi sur son engagement politique dans le camp de l’opposition et sur le thème du "Rahil". Entretien.


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Vous étiez ministre des Affaires économiques et du développement durant la transition 2005-2007, quel est le legs que vous aviez-vous laissé à l’époque à vos successeurs, citez en les principaux ?

Le legs que j’ai fait à mon remplaçant au ministère des Affaires économiques et du développement en 2007 fait partie du legs que le gouvernement de transition d’une manière générale avait laissé au peuple mauritanien, en termes de rupture totale avec le système de gestion du pays qui prévalait auparavant, d’instaurer les bases d’une véritable démocratie pluraliste, d’une saine gestion de la chose publique, d’une gestion indépendante de la justice et de rendre la liberté aux citoyens. Pour l’aspect économique qui nous intéresse ici, nous avons pu, avec l’aide d’Allah, réconcilier les Mauritaniens avec l’économie de leur pays et leur redonner espoir, un espoir né avec les réformes économiques entreprises sous la transition, l’espoir d’une Mauritanie qui allait entrer dans une nouvelle ère de stabilité politique, avec la possibilité d’une alternance pacifique au pouvoir et des efforts communs pour relever ensemble les défis du développement.

Pour être plus précis, vous vous souvenez que la Mauritanie avant la transition de 2005 était en rupture de confiance avec ses partenaires économiques et financiers à cause des données macroéconomiques erronées. Nous avons rétabli cette confiance en jouant la transparence totale. Ceci ce n’était pas seulement destiné à satisfaire les bailleurs de fonds, mais parce que nous pensions que les politiques économiques ne peuvent se bâtir que sur des données réelles et que le devoir de responsabilité vis-à-vis de nos concitoyens nous dictait de dire les choses telles qu’elles sont en fondant les politiques publiques sur des données les plus précise possibles. C’est ce qui fait que l’un de nos principaux chantiers reposait sur la transparence des données qui reprenait la situation économique de 1999 à 2004. Vous vous souvenez aussi qu’en 2005 la Mauritanie a été privée de l’accès à la réduction de sa dette. Grâce aux différentes réformes que nous avions menées, nous avions pu faire bénéficier notre pays de cette importante réduction de sa dette.

Je crois que le plus fondamental, c’est cette nouvelle dynamique que nous avions lancée et qui pour tous allait se perpétuer. Et elle s’est effectivement perpétué sous le gouvernement de Zeine Ould Zeidane. Une dynamique de responsabilité, de transparence et de primauté de l’intérêt national au détriment des intérêts individuels. Malheureusement, il y a eu ce qu’il y a eu après. Pour être exhaustif, nous avions en tête cette question primordiale du rétablissement de la confiance avec nos partenaires, le bénéfice de la réduction de la dette, l’amélioration des différents indicateurs économiques, ce qui a permis les mesures telles que l’augmentation des salaires des agents de l’Etat, la réforme des finances publiques et l’instauration des règles d’une gestion saine des finances publiques. Sur ce plan je crois, la contribution de la transition a été importante et l’effort s’est poursuivi jusqu’avant le coup d’Etat de 2008.

En 2006, le budget consolidé d’investissement s’élevait à 7 milliards d’UM, dont près de 90% consacrés aux infrastructures destinés à l’amélioration des conditions de vie des populations, cinq après, on se rend compte de manques cruelles, en matière de routes, d’eau potable, de santé, d’éducation ; n’est-ce pas là un échec dans les programmes de mise en œuvre des programmes infrastructurels du gouvernement de l’époque ?

Non, je ne crois pas qu’il faille raisonner comme ça. Sachez que 2006 était une année d’abord assez exceptionnelle d’un point de vue budgétaire. C’est l’année pendant laquelle nous avions obtenu l’annulation de la dette publique, accordé une troisième licence pour la téléphonie mobile et procédé au règlement du différend qui nous opposait à l’époque avec Woodside. Et cela avait donné une bonne marge à l’Etat qui lui a permis d’augmenter le salaire de ses agents et conforté son budget d’investissement. Je crois que la problématique de l’investissement, il faut l’examiner plutôt du côté de la capacité d’absorption du pays et de son système de passation des marchés.

Sur ce dernier point, nous avions fait à l’époque ce que nous avions pu faire dans les délais qui nous étaient impartis pour améliorer la transparence avec la mise en place d’une publication régulière des résultats de la commission des marchés, ainsi que toute une panoplie de mesures qui étaient destinés à garantir la transparence totale de la commande publique. Ce qu’il faut, c’est de voir pourquoi le taux d’exécution de l’investissement n’a pas suivi. Selon les données dont nous dispositions, nous avons obtenu pendant la période de transition, notamment en 2006 (la seule année de pleine exercice budgétaire), le taux d’exécution de l’investissement la plus importante jamais réalisé. Il n’en demeure pas moins qu’il existe en Mauritanie un certain nombre d’obstacles, liés aux passations des marchés et à la capacité d’exécution des entreprises publiques. Je considère néanmoins que nous avons fait pendant notre période des efforts considérables salués à l’époque par tous nos partenaires, notamment en matière de rythme d’exécution. Vous vous souvenez sans doute que nous avions des revues trimestrielles avec nos partenaires et que nous avions même un système de productions pour suivre l’application dans le domaine de l’exécution rapide des investissements. Donc il faut relativiser et savoir que nous avions fait de notre mieux à l’époque.

Cinq ans après votre départ, quel bilan faites-vous aujourd’hui des projets prioritaires que la transition avait arrêté en termes d’emploi, de pêche artisanale, d’approvisionnement en eau potable et surtout d’assainissement si l’on sait que Nouakchott continue de baigner sous les eaux à chaque averse ?

Vous savez bien que la particularité du gouvernement de transition est qu’il est venu dans une période assez exceptionnelle, avec des priorités politiques, dont celle de remettre le pays dans un contexte favorable à l’émergence d’un Etat de droit et sur le plan économique, des priorités liées au rétablissement de la confiance rompue aussi bien avec les opérateurs nationaux qu’avec les partenaires internationaux, tout en faisant avancer tous les grands projets porteurs. Tout le monde sait que la conclusion du bouclage de l’important projet d’Aftout Essahili avait été faite sous la transition. Pendant les dernières semaines de la transition, lorsque nous avons constaté que le coût du projet dépassait l’enveloppe initiale, nous avions fourni des efforts pour couvrir le gap et nos partenaires, en particulier le FADES et le BAD entre autres, avaient répondu favorablement. C’est le plus grand projet qu’a connu la Mauritanie et plusieurs gouvernements, depuis l’époque du défunt Président Mokhtar Ould Daddah, avaient contribué à sa conception. Mais c’est sous le gouvernement de transition que le calendrier pour son exécution a été réalisé. Pour ce qui est de l’assainissement, nous avions eu également durant cette

période élaboré des documents et pris un ensemble de contacts avec nos partenaires pour nous assurer que l’arrivée de l’Aftout Essahili sera accompagnée de l’installation d’un réseau d’assainissement pour la ville de Nouakchott. Vous vous rappelez certainement que nous avions avec le gouvernement chinois signé un certain nombre de projets dont celui relatif à l’assainissement. Il faut cependant savoir que les grands projets comme celui -ci ont une durée plus importante. Pour être équitable vis-à-vis de n’importe quel gouvernement, la question essentielle à poser est de savoir si, dans les délais qui lui étaient impartis, ce gouvernement-là a fait preuve de diligence ou pas. Je crois à ce niveau que sous la transition, le gouvernement avait fait preuve de beaucoup de diligence, avec des équipes assez motivées, prises dans l’euphorie de l’instant historique qu’ils vivaient et où chacun tenait à apporter sa pierre à l’édifice national qui se construisait. Il y a eu beaucoup d’autres projets qui ont été initiés sous la transition, notamment dans le domaine de l’électricité, de la production agricole, de la diversification de l’économie nationale. Je crois que nous étions à l’époque un gouvernement qui tournait à plein régime.

Permettez-moi de revenir un peu sur l’assainissement pour lequel votre gouvernement avait destiné une enveloppe de 700 Millions d’UM, en particulier pour le traitement des eaux à Nouakchott, qu’est-ce que vous aviez fait à l’époque et pourquoi le problème d’assainissement de la capitale continue à se poser avec acuité ?

Je ne peux pas vous dire dans les détails ce que nous avions fait à l’époque, car vous savez qu’il y a des ministères sectoriels qui gèrent chacun l’aspect qui le concerne. Pour la gestion de l’eau proprement dit et de l’assainissement, cela relève du ministère de l’Hydraulique. Il me revenait à moi, en tant que ministre des Affaires économiques et du développement, une fois convaincue de l’utilité du projet de lever la ressource financière pour l’exécution de ce projet-là. Mais comme je vous l’ai dit, il y a deux aspects qu’il faut distinguer, à savoir le traitement ponctuel et la recherche de solutions durables. Le traitement ponctuel, c’est en période d’inondation, en période de pluie. Il consiste au pompage des eaux et à la sécurisation des quartiers les plus exposés. Et ceci avait été fait sous la transition. Certainement, une partie de l’enveloppe que vous avez évoquée était destinée à ce genre d’opération, mais je ne me rappelle plus dans quelle proportion. Le point le plus important consiste cependant dans la recherche d’une solution durable pour l’évacuation des eaux à Nouakchott. Tout le monde connaît la particularité de la Capitale politique du pays et l’inexistence d’u n système centralisé pour l’évacuation ses eaux usées. Donc tout système à mettre en place sera assez coûteux et il faut savoir bien le préparer. C’est ce qui explique en partie pourquoi nous ne sommes pas encore parvenus à résoudre ce problème. Mais nous avions fait de notre mieux à l’époque pour que la mise en place de ce système se fasse au moment de l’arrivée de l’Aftout Essahili. Nous avions à l’époque réuni, si je me rappelle, une table ronde des bailleurs sur la question et nous avions bien avancé en termes de promesses de financement. Je considère qu’en termes d’obligations, de moyens et de résultats, nous avions fait ce que nous pouvions.

L’Authentique : pensez-vous monsieur le ministre que les augmentations constatées aujourd’hui dans le marché des produits alimentaires et des hydrocarbures s’explique raisonnablement ?

Mohamed Ould Abed : je pense qu’il faut distinguer entre la hausse des prix d’une manière générale et l’augmentation du prix du carburant. D’une manière général, en ce qui concerne la hausse des prix, tout le monde s’accorde à dire que l’indice des prix à la consommation est dans sa formule actuelle un indice qui ne reflète plus la réalité. Il était question de le réviser depuis 2008 et nous avions fait à notre époque ce qu’il fallait en termes de préparation pour cette révision avec nos partenaires, le FMI et la Banque mondiale. Depuis 2008, rien n’a été fait parce qu’il y a une certaine aversion du régime avec tout ce qui est étude ou statistique. Je me réjouis aujourd’hui que cette question soit inscrite dans les priorités du gouvernement, et le FMI aide pour cela, mais cela tarde à venir. La question est de savoir pourquoi une question aussi importante que la révision de l’indice des prix n’a pas été faite jusqu’à présent. Aujourd’hui, tout le monde constate qu’il y a un net décalage entre le taux d’inflation annoncé et la perception des prix qu’en ont les citoyens. Quand on nous dit que le taux d’inflation est de 5,7% en 2011, je veux bien y croire mais on constate que les prix ont augmenté de plus de 5%.

Pour ce qui est du prix du carburant, il existe un mécanisme qui permet de calculer ce prix. Ce mécanisme a été revu tout dernièrement. On nous dit aujourd’hui que les augmentations répétitives sont destinées à résorber le manque à gagner des opérateurs et distributeurs pétroliers, manques à gagner qui se seraient accumulés depuis fin 2008. Tout le monde sait que sous le gouvernement de Zeine Ould Zeidane, il y avait la révision du système de calcul de la formule du prix du carburant qui avait permis d’éponger le manque à gagner des distributeurs pétroliers. On se disait après qu’il ne devait plus y avoir d’évolution du prix à la pompe qu’en fonction des prix sur le marché international. Aujourd’hui, on constate qu’il y a une diminution du prix du baril du pétrole sur le plan mondial depuis quelques mois, alors que chez nous, il y a des augmentations. Ce qu’il faut, c’est d’expliquer d’une manière plus claire à l’opinion publique nationale, la structure du prix et de dire quand est-ce qu’on va résorber cet alibi lié aux supposées manque à gagner des opérateurs du secteur. Nous ne sommes pas dupes, et nous voudrions qu’on nous dise les choses d’une manière très claire.

L’Authentique : pensez-vous monsieur le ministre que les augmentations constatées aujourd’hui dans le marché des produits alimentaires et des hydrocarbures s’explique raisonnablement ?

Mohamed Ould Abed : je pense qu’il faut distinguer entre la hausse des prix d’une manière générale et l’augmentation du prix du carburant. D’une manière général, en ce qui concerne la hausse des prix, tout le monde s’accorde à dire que l’indice des prix à la consommation est dans sa formule actuelle un indice qui ne reflète plus la réalité.

Il était question de le réviser depuis 2008 et nous avions fait à notre époque ce qu’il fallait en termes de préparation pour cette révision avec nos partenaires, le FMI et la Banque mondiale. Depuis 2008, rien n’a été fait parce qu’il y a une certaine aversion du régime avec tout ce qui est étude ou statistique. Je me réjouis aujourd’hui que cette question soit inscrite dans les priorités du gouvernement, et le FMI aide pour cela, mais cela tarde à venir. La question est de savoir pourquoi une question aussi importante que la révision de l’indice des prix n’a pas été faite jusqu’à présent. Aujourd’hui, tout le monde constate qu’il y a un net décalage entre le taux d’inflation annoncé et la perception des prix qu’en ont les citoyens. Quand on nous dit que le taux d’inflation est de 5,7% en 2011, je veux bien y croire mais on constate que les prix ont augmenté de plus de 5%.

Pour ce qui est du prix du carburant, il existe un mécanisme qui permet de calculer ce prix. Ce mécanisme a été revu tout dernièrement. On nous dit aujourd’hui que les augmentations répétitives sont destinées à résorber le manque à gagner des opérateurs et distributeurs pétroliers, manques à gagner qui se seraient accumulés depuis fin 2008. Tout le monde sait que sous le gouvernement de Zeine Ould Zeidane, il y avait la révision du système de calcul de la formule du prix du carburant qui avait permis d’éponger le manque à gagner des distributeurs pétroliers. On se disait après qu’il ne devait plus y avoir d’évolution du prix à la pompe qu’en fonction des prix sur le marché international. Aujourd’hui, on constate qu’il y a une diminution du prix du baril du pétrole sur le plan mondial depuis quelques mois, alors que chez nous, il y a des augmentations. Ce qu’il faut, c’est d’expliquer d’une manière plus claire à l’opinion publique nationale, la structure du prix et de dire quand est-ce qu’on va résorber cet alibi lié aux supposées manque à gagner des opérateurs du secteur. Nous ne sommes pas dupes, et nous voudrions qu’on nous dise les choses d’une manière très claire.

N’avez-vous pas l’impression que la Mauritanie est en train de vivre de nouveaux ajustements structurels quand par exemple le FMI exige la suppression des subventions publiques sur matières essentielles, comme le carburant et les denrées de première nécessité ?

La Mauritanie a connu, avec le coup d’Etat de 2008 des dérapages importants, qui nécessitaient des mesures exceptionnelles. Mais je crois que le Fonds monétaire comme tout partenaire mène des dialogues avec les autorités ; tant que ces dernières ont des idées claires et possèdent des priorités assez réalistes et logiques, les partenaires s’alignent. Depuis le coup d’Etat de 2008, nous avions eu droit à des comportements extra budgétaires et même extra-logiques, avec beaucoup de fantaisies et de populisme. Il est très logique dans ces conditions que les fondamentaux économiques s’en ressentent et que le FMI dans le cadre de ses dialogues avec les autorités du pays, cherchent à rétablir certains indicateurs. Mais de là à dire que nous sommes revenus à l’ajustement structurel, je ne crois pas que nous sommes revenus à ce point-là, mais nous avons un sérieux problème de cohérence dans notre politique économique qui a été largement dominée ces derniers temps par la démagogie et la théâtralisation. Dans ce contexte, les indicateurs n’ont pas une grande signification.

Qu’en est-il du plan quinquennal 2005-2010 que votre gouvernement avait initié pour faire reculer la pauvreté pour la ramener de 46,7% en 2004 à 35% en 2010,pensez-vous que les résultats ont été atteintes et si non pourquoi à votre avis ?

Je ne pense pas que les résultats aient été atteints, parce que nous sommes rentrés depuis 2008 dans une zone de turbulence. Il était prévu qu’en 2010 de ramener l’incidence de la pauvreté à 35%, alors qu’en 2008, les résultats de l’EPCV (enquête sur les conditions de vie des ménages) indiquaient un taux de pauvreté de 42%. Donc, le rythme de réduction de la pauvreté n’a pas été aussi important, alors que c’était l’une des meilleures périodes en termes de croissance exceptionnelle. Vous vous rappelez qu’en 2009, nous avions eu une croissance négative ; en 2010, la croissance était de 5,5 % et en 2011 elle était de 4%. Si l’on prend en considération le taux d’accroissement naturel de la population, ces taux sont assez faibles pour induire une diminution sensible de la pauvreté. Pour diminuer la pauvreté, il faut nécessairement des taux de croissance plus élevés et surtout que la croissance profite aux secteurs ancrés dans la sphère des pauvres. Or, si nous prenons l’année 2011, nous avions enregistré une réduction de 30 % de la production agricole, donc logiquement il y a eu un accroissement de la pauvreté en milieu rural, si l’on sait que 75% des pauvres sont issus de ce milieu.

La réalisation des objectifs du plan quinquennal 2005-2010 supposait un certain nombre de conditions qui n’ont pas été réunies, notamment du fait du coup d’Etat de 2008 qui a d’abord privé la Mauritanie d’énormes ressources en financements extérieurs et a sapé le moral des opérateurs économiques nationaux qui ont fui le pays pour investir dans les pays limitrophes, craignant l’effet du Prince.

Maintenant, il faut voir avec le CSLP 2011-2015 et étudier si ses résultats sont réalistes. Normalement, on s’attend à un EPCV cette année ou l’année prochaine, alors qu’elle devait se dérouler depuis 2011. Encore une fois, le régime actuel, dans sa phobie des chiffres, n’a pas réalisé cette enquête ou n’a pas réuni les conditions pour qu’elle se fasse, alors qu’elle aurait donné des informations importantes sur la réduction de la pauvreté et l’inégalité. En l’absence de ces données, nous ne pouvons que faire des suppositions. En tout cas, vu la politique actuelle, avec l’absence de crédits agricoles, les effets de la sècheresse, même si le président a dit à Nouadhibou qu’elle n’existe pas, la situation fait craindre une forte accentuation de la pauvreté en milieu rural. En milieu urbain, je suppose que c’est pratiquement la même chose, parce que l’un des moteurs essentiels, comme l’emploi informel, la microfinance, l’emploi des jeunes, sont en panne. On sait que l’Agence d’insertion et d’emploi des jeunes, les Procapec ont tous actuellement des difficultés. Donc toutes les sources de revenus qui permettaient aux pauvres de vivre, se sont taries. Dans ce contexte-là, avec un taux d’accroissement de la population que l’on connaît, la crise du système éducatif, il y a probablement un important accroissement de la pauvreté également en milieu urbain.

Depuis l’arrivée du régime de Ould Abdel Aziz au pouvoir, vous vous êtes inscrit dans l’opposition radicale, au sein du parti que dirige votre ancien collègue du gouvernement de transition, Mahfoudh Ould Bettah, pouvons-nous savoir ce qui a guidé votre choix politique ?

Je me suis toujours intéressé à la politique, même si auparavant, je n’ai jamais milité au sein d’un parti politique, si on enlève la parenthèse de 1991 où je fus membre fondateur d’un parti politique aux premières années de la pluralité. Quand il y a eu le coup d’Etat de 2008, un groupe de personnalités dont Me Mahfoudh Ould Bettah, et bien d’autres personnalités nationales comme Cheikh Sid’Ahmed Ould Babamine, Mohamed Saïd Ould Homody, Habott, Ely Ould Alaf avaient à l’époque pris une initiative pour une sortie de crise. Ils avaient tapé à toutes les portes du régime, qui sont restées hermétiquement fermées. De là est née l’idée de créer un cadre formel et nous avions commencé à prendre contact avec certains partis de la place. Néanmoins, pour des raisons qu’il serait inutile d’évoquer ici, nous avions vu qu’il était plus approprié de créer notre propre structure politique même si notre souhait le plus ardent était de ne pas le faire, car nous étions conscients des défis à relever lorsqu’on veut créer une nouvelle structure. L’idéal était pour nous d’intégrer un parti déjà existant. Mais nous avons finalement opté pour la création d’un cadre propre, conscient pour notre part qu’il y a des moments cruciaux où chaque citoyen doit donner de ses moyens et de son temps pour s’occuper de l’intérêt national.

Mahfoudh Ould Bettah et moi, nous ne nous connaissions pas avant la transition. Il m’a semblé assez sincère, et je le pense toujours, pour l’histoire de son combat en faveur des droits de l’homme. Je me suis donc retrouvé dans son nouveau combat politique et cela correspondait aussi pour moi à la perception que je me faisais de la politique, surtout si elle est faite d’une manière nouvelle, d’une manière sincère, honnête et désintéressée. Tous les deux, nous avons fait de la politique parce que nous estimions qu’en cette période, c’est une lâcheté de se taire. Nous croyions qu’avec les réformes de 2005, nous étions rentrés dans une nouvelle phase de transmission du pouvoir, que les acteurs politiques allaient se donner la paix, et que tout le monde allait travailler dans un climat de sérénité. Il y avait eu tellement de réformes qui ont été menées sous la transition, le financement des partis, l’institution du chef de file de l’opposition démocratique, la loi sur la presse et l’audiovisuel, etc. Nous croyions qu’avec toutes ces réformes qui ont été faites, la Mauritanie allait devenir un pays normal ; pourquoi est-ce qu’il peut y avoir des transitions pacifiques au Sénégal, au Maroc et dans d’autres pays africains ayant les mêmes réalités que nous et que cela ne puisse pas se produire chez nous ? Quand il y a eu le coup d’Etat en 2008, c’était dramatique et personne ne pouvait rester les bras croisés. D’où mon engagement politique.

Pensez-vous que le choix du Rahil demandant le départ du président Mohamed Ould Abdel Aziz du pouvoir, est une bonne stratégie politique pour l’opposition ?

Je crois que nous n’avons pas d’autres alternatives. Comment Mohamed Ould Abdel Aziz est venu au pouvoir ? Il est venu au pouvoir par un coup d’Etat que l’opposition démocratique a fait échouer, parce que s’il n’avait pas échoué, il aurait fait ses élections le 6-6 et Sidi Ould Cheikh Abdallahi ne serait pas revenu au pouvoir pour désigner un gouvernement de transition. Il y a eu les Accords de Dakar, mais Mohamed Ould Abdel Aziz a profité du haut degré de responsabilité de l’opposition démocratique, qui voulait éviter à la Mauritanie l’enlisement, pour faire un autre coup d’Etat. Il n’a appliqué de l’Accord de Dakar que la clause qui l’intéressait, c’est-à-dire les élections, et il a fait traîner son application pendant pratiquement trois semaines, et il l’a vidé de sa substance. La preuve, il dira par la suite n’être pas lié à cet accord. Donc sur la légitimité même du président, il y a beaucoup de choses à dire, d’un point de vue purement juridique. Car, faut-il le rappeler, la crise a été résolue non pas par les formes constitutionnelles, mais par un accord politique.

Et un accord, on l’applique dans sa globalité et il était prévu un dialogue inclusif qui incluait l’ensemble des forces politiques du pays. Il était question de débats sur le rôle de l’armée, de la liberté de presse, de l’accès aux médias publics, de la neutralité de l’administration publique, etc. Il s’est avéré malheureusement que Mohamed Ould Abdel Aziz n’avait pour objectif que de légaliser en quelque sorte son coup d’Etat sans accorder aucune importante aux conséquences que cela pouvait entraîner pour le pays. Il a essayé de mettre l’opposition hors jeu, à traves un dialogue partiel qui a donné les résultats que vous connaissez. Il a démontré par ailleurs son incapacité à gérer le pays comme on peut l’exiger d’un président. Dans ce contexte, je crois comme l’a dit la Coordination de l’opposition démocratique (COD), la seule solution réside dans le départ de Mohamed Ould Abdel Aziz. Après son départ, la classe politique trouvera une formule pour reprendre le processus, s’accorder sur les règles du jeu. Mais il ne faut pas se faire d’illusion. Ce n’est pas une question d’humeur ou de reproches en la personne même de Mohamed Ould Abdel Aziz, mais le constat est qu’il y a une incurie et qu’il faut que le régime change.

Quelle lecture, la Convergence démocratique fait-elle aujourd’hui de l’avenir politique en Mauritanie ? En d’autres termes, avez-vous des solutions de sorties de crise pour mettre fin au bras de fer entre les tenants du pouvoir et l’opposition ?

La Convergence démocratique dans le cadre de la COD a une vision très claire. Nous considérons aujourd’hui que du fait du non respect des engagements qu’il a pris à travers l’Accord de Dakar, du fait de la gestion chaotique du pays, Mohamed Ould Abdel Aziz doit en tirer les conséquences et se retirer. Et qu’on ne nous dise pas qu’il a un mandat à achever. Sidi Ould Cheikh Abdallahi avait aussi un mandat. Pour la COD, et la Convergence démocratique, il faut mettre définitivement fin à ce type de régime d’essence militaire et dictatoriale. Après le départ inéluctable de Mohamed Ould Abdel Aziz, l’ensemble des acteurs politiques devront définir ensemble une formule transitionnelle consensuelle qui garantirait dorénavant l’interdiction de toute usurpation du pouvoir par la force.

Propos recueillis par Cheikh Aïdara
Pour l'authentique
Mamoudou Kane


              

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