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Mohamed Ould Abdel Aziz vs Noël Mamère en justice : Un procès qui risque de dépoussiérer le dossier de la drogue en Mauritanie


Société
Dimanche 10 Mars 2013 - 12:10

Première du genre dans le pays et dans nombre de pays africains, cette plainte déposée par le président de la République qui a la justice pour offenses ou diffamation, devrait provoquer des dommages collatéraux qui pourraient dépasser les frontières nationales. Noël Mamère saura-t-il prouver ses allégations, auquel cas Mohamed Ould Abdel Aziz devra compter avec le retour du bâton, ou ne serait-ce que de simples accusations sans fondement et dans ce cas, le pouvoir de Ould Abdel Aziz n’en sera que plus renforcé sur le plan interne ? L’évènement est dans tous les cas inédit, car à travers le procès de Mamère, c’est toute l’histoire de la drogue en Mauritanie et en Afrique qui risque de refaire surface.


Mohamed Ould Abdel Aziz vs Noël Mamère en justice : Un procès qui risque de dépoussiérer le dossier de la drogue en Mauritanie
Accusé d’implication dans des affaires de drogue par le député français Nöel Mamère, le président Mohamed Ould Abdel Aziz a confié à un bureau d’avocats, dont des français et un Mauritanien, Me Jemal Ould Mohamed, le soin de porter plainte en son nom contre le député français Noël Mamère. Le journal « Le Monde » qui a rapporté l’information affirme que le recours pour diffamation devant les tribunaux français devait être déposé depuis lundi 4 mars 2013.

C’est en principe lundi 4 mars 2013, que les avocats du président Mohamed Ould Abdel Aziz auraient dû déposer une plainte pour diffamation à l’encontre du député français, élu des Verts Ecologistes d’Europe, Noël Mamère. Ce dernier avait en effet utilisé des colonnes de journaux parisiens comme « Le Monde » pour accuser le président Mohamed Ould Abdel Aziz d’implication dans des affaires de drogue. L’information a créé un véritable tollé en Mauritanie. Interrogé par des médias locaux sur ses affirmations, l’élu français a signé et persisté dans ses déclarations, poussant l’opposition dite radicale, à exiger des explications claires face à de si graves accusations. Certes, le président Mohamed Ould Abdel qui fait front à plusieurs dossiers chauds, l’affaire Bouamatou, la crise au Nord Mali, la gestion chaotique des affaires socioéconomiques du pays et la contestation qui monte dans la rue, ente autres, a beaucoup tardé à réagir. Ce silence prolongé a laissé place à des rumeurs de gabegie et de corruption à grande échelle le visant lui et son entourage.

L’accusation de Noël Mamère commençant à prendre des ampleurs internationale, avec l’image d’une Mauritanie de plus en plus décrite comme un « Etat narcotrafiquant », le pouvoir à Nouakchott n’avait que deux alternatives, porter plainte devant les tribunaux et redorer son blason terni ou se murer dans un silence coupable. Si l’on en croit les agences de presse, le président Mohamed Ould Abdel Aziz aurait demandé à ses défenseurs d’aller jusqu’au bout dans cette affaire. Un procès long et difficile en perspective durant lequel aucun des deux parties ne compte y laisser des plumes. Autant, le député français tient à sa crédibilité au niveau européen et mondial, autant le président Mohamed Ould Abdel Aziz tient à défendre son honneur et l’image de son pays.

Un pan du bras-de-fer Aziz-Bouamatou ?

Certains observateurs n'hésitent pas cependant à placer la campagne lancée par Noël Mamère dans le sillage du bras-de-fer qui opposer présentement Mohamed Ould Abdel Aziz et Mohamed Ould Bouamatou, l’intervention du député français ayant coïncidé avec l’ouverture des hostilités entre les deux frères cousins. En effet, c’est suite aux premiers coups de boutoirs portés par le régime mauritanien contre l’empire financer de l’homme d’affaire, que le député Noël Mamère a lâché sa bombe. C’était au cours d’une émission diffusée sur Arte, le 21 janvier 2013.

Il avait d’abord expliqué l’intervention militaire française au Sahel par le fait que « la région du Nord Mali regorge de gaz et de pétrole, qu’il y a déjà un certain nombre de sociétés qui se nomment Total, ENI, une société italienne, et une filiale de la société algérienne Sonatrach qui ont déjà dépensé 100 Millions de dollars pour des études de forages ». Il est alors contré par le journaliste Renaud Dély qui rappelle que même en retirant les sociétés étrangères, les terroristes demeureraient. C’est alors que le député de l’Europe Ecologie Les verts sort une accusation aussi grave qu’inattendue : « est-ce que vous imaginez que les djihadistes vont disparaître et qu’ils ne vont pas se réfugier…en Mauritanie où il y a un président qui est le parrain d’un trafic de drogue par exemple ? ». Le 10 février 2013, Noêl mamère revient en charge, apportant plus de détails à ses accusations.

Ainsi, la grâce présidentielle dont auraient bénéficié des condamnés dans un dossier de drogue où un franco-congolais du nom d’Eric Walter était impliqué, fut citée par Noël Mamère, comme un exemple de protection dont les narcotrafiquants bénéficieraient en Mauritanie. Pour illustrer ses propos, il parlera d’un triumvirat composé d’un consul mauritanien d’origine espagnole en Guinée Bissau et d’un général de l’armée bissau guinéenne fichée comme narcotrafiquant et leur implication dans un réseau de drogue dont les intrigues avaient pour décor la présidence de la République mauritanienne. Ces déclarations feront le tour des journaux, sites et salons de Nouakchott. Des opposants purs et durs s’en saisiront pour tisser un scénario dont les fils se perdraient entre Bogota (Colombie), Bissau et Nouakchott. Il faut dire que c’est la première fois dans l’histoire de la Mauritanie, qu’un Chef d’Etat est la cible de diffamation portant sur des actes aussi graves.

Bien entendu, en matière pénale, nombreux sont les présidents africains et même français à avoir eu recours à la justice pour laver leur honneur. Ce fut le cas du président Téodoro Obiang de la Guinée Equatoriale qui avait porté plainte contre X, après les plaintes de Transparency Internationale France et Sherpa, qui l’avait épinglé lui et deux autres chefs d’Etat africains, le Congolais Sassou NGuesso et le Gabonais Omar Bongo pour enrichissement illicite et blanchiment d’argent. Les chefs d’Etat français eux-mêmes sont des adeptes des recours judiciaires, soit pour diffamation comme ce fut le cas de Sarkozy quand il porta plainte contre le Nouvel Obs ou pour outrage, colle dans le cas de François Hollande contre un agriculteur.

Des affaires de drogue

Ces accusations de plus en plus graves avaient amené les leaders politiques de l’opposition dite radicale à solliciter de la part du président Mohamed Ould Abdel Aziz un démenti sous forme de procès pour diffamation. Ce qui serait en train de se faire. Il faut dire que ce procès sur la drogue risque de dépoussiérer les dizaines de dossier évacuées par la justice mauritanienne. En effet, après la chute de Ould Taya en 2005, un véritable sésame ouvre-toi avait marqué le milieu de la drogue jusque-là absent du paysage nationale. Après l’avion de Nouadhibou, il y eut l’affaire du bus pris en pleine journée, puis la célèbre affaire Mini Ould Soudani-Ould Taya. A l’époque, plusieurs noms avaient circulé, ceux d’hommes d’affaires, de notables, d’hommes politiques et même d’un célèbre officier supérieur de la gendarmerie toujours en activité.

Une commission d’enquête nationale a même été menée du temps du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Ses résultats ne seront jamais connus par l’opinion. Le dossier dort encore dans les tiroirs de la Primature, depuis le temps de Zeine Ould Zeidane. Il faut également se rappeler des propos de l’ancien président Ould Haidalla lorsqu’il déclara en 2009, après l’implication de son fils dans le trafic, que même des officiers supérieurs de l’armée mauritanienne sont impliqués dans le trafic de drogue ainsi que plusieurs nouveaux fortunés. Ainsi, le procès de Noël Mamère permettra peut-être de crever un abcès en édifiant l’opinion publique nationale et internationale sur une problématique de la drogue en Mauritanie qui s’est toujours terminée en queue de poisson dans les allées de la justice en Mauritanie, mais aussi sur le commerce de drogue en Afrique..

Cheikh Aïdara
Pour l'authentique
Mamoudou Kane


              

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