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Mohamed Ould Abdel Aziz : portrait d’un «président par accident»


Société
Lundi 11 Mars 2013 - 17:35

«Un homme intensément et terriblement complexé» : voilà le trait principal de caractère qui ressort des différents témoignages de gens qui ont eu à côtoyer Mohamed Ould Abdel Aziz, de près ou de loin, de son adolescence à son accession au pouvoir. Portrait inédit du «président des pauvres», enfin devenu khalife à la place du khalife.


Photos : agences/sauf photo du centre : lissnup.wordpress (private source).   Montage: Noorinfo
Photos : agences/sauf photo du centre : lissnup.wordpress (private source). Montage: Noorinfo
Changé par le pouvoir- D’aucuns affirment que le pouvoir et l’argent révèlent les personnalités, enlevant ou confirmant le masque qu’on portait avant cela. L’image est entêtante en observant le changement intervenu, d’abord dans les traits de l’actuel président de la république mauritanienne.

"En quatre ans, Mohamed Ould Abdel Aziz a changé du tout au tout : du moment où il apparaît sur la scène publique mauritanienne (après le coup d’état de 2005), il a un regard plus acéré, plus froid, porté par des traits émaciés, accentué par son "tir accidentel ami". Le visage rond et jovial, même en étant un peu pince-sans-rire, a laissé la place à un «carnassier»", décrit un proche du temps où il était colonel.

«La ruse s’est installée en lui» conclut-il. On le disait affable, convenant. On ne trouverait plus qu’arrogance et orgueil démesurés. «Au début, je suis convaincu qu’il avait une réelle volonté politique face à l’immense chantier mauritanien, rendu encore plus imposant par son manque évident de formation pour la chose, et son manque de carrure pour le rôle : finalement il s’est rendu compte qu’on ne dirige pas un pays comme une caserne. Les jeux d’influence ont fait le reste pour le tirer vers le côté des pseudo-arabes baathistes» ajoute le vieil ami.

«Si vous le connaissiez avant : discret, chaleureux, relativement disponible. Le pouvoir l’a totalement métamorphosé ; je ne le reconnais plus» dit-il tristement.

Arrogant ? «Il ne l’était assurément pas ! Certainement fier, comme le lion Oulad Bousbah que sa tribu représente, mais un bon fond. Des traits nouveaux se sont révélés depuis une nouvelle proximité, inédite, avec le pouvoir».

Nouveaux traits, mais aussi nouvel entourage, nouveaux amis. «Il s’est mis à dos une bonne partie de sa tribu, il a perdu la confiance des négro-mauritaniens, les harratines s’éveillent, lentement mais sûrement ; il s’est tourné vers une néo-oligarchie nouakchottoise, dont il veut faire le nouveau noyau économico-financier du pays» analyse l’ancien ami.

«Certainement pas raciste», mais…- L’ascension de l’homme est discrète, mais presque fulgurante dans le monde de l’armée, de son accession au poste d’aide de camp de Maouiya en 1987, jusqu’à sa promotion au grade de colonel en 2004, ayant entre-temps permis l’existence, grâce à un blanc-seing total laissé par son ancien maître, de ce qui s’avère être aujourd’hui une armée dans l’armée, et qui n’obéit réellement qu’à lui seul, et qui est son assurance-pouvoir aujourd’hui : le bataillon pour la sécurité présidentielle (BASEP), sise juste en face du palais ocre.

Durant tout ce parcours, dans l’ombre, il observe la scène politique mauritanienne, qu’il connaît bien et qui le révulse: «ses petitesses, ses petites gens, ses ruses, ses alliances, ses trahisons ; et ce sont ces années d’attentive observation qui vont le défier plus tard, quand il arrivera au pouvoir, de tout ce qui peut toucher à ce monde : il ne fait confiance à aucun d’entre eux ; même, il les méprise» explique un éditorialiste d’un des quotidiens de la place.

Les nationalistes arabes, et certains d’entre eux qui se sont révélés comme tels plus tard, comme l’actuel premier ministre, Mohamed Ould Laghdaf, ou l’ambassadeur mauritanien en France, Brahim Ould Khlil, ont perçu cette défiance, et cette peur qui en découle menant à une certaine paranoïa. «Les baathistes du pays l’ont serré dans leurs griffes ; et ce sont eux qui mènent de front la bataille actuelle de l’arabisation totale du pays, à travers son administration, son éducation ou sa culture. Ce sont eux aussi qui ont restauré ce racisme d’état qu’on croyait disparu. Le silence perpétuel d’Aziz à cet égard est éloquent» continue l’éditorialiste.

Là serait sa plus grande faiblesse, qu’il refuserait par orgueil de considérer : «Il a d’énormes lacunes intellectuelles. C’est ce que son silence voudrait couvrir, même dans les moments d’intenses crises sociales, comme lors de l’avènement de TPMN, ou les batailles ethniques à l’université il y a deux ans» développe l’éditorialiste.

Pourtant, il ne serait pas raciste. «Loin de là ! Certainement pas raciste, ni baathiste. Il a fait avec les circonstances et les alliances du moment. Mais ces alliances lui font faire des choix qui causeront en même temps sa perte, car on ne peut plus dans ce pays remuer les plaies de la division» selon cet ancien ministre du gouvernement de Sidi Ould Cheikh Abdallahi.

Aziz manipulé donc ? L’ancien ambassadeur américain en Mauritanie, Mark Boulware, esquissait cette hypothèse. Il affirmait à sa hiérarchie, dans un câble daté du 16 juillet 2009, et révélé par le scandale wikileaks, que l’actuel président mauritanien ne «maitrisait pas le hassanya», et que c’était probablement dû au fait de son «enfance sénégalaise», lui le "natif de Sin Saloum" dans la région de Louga au Sénégal, et de ses «origines marocaines, entre Smara et Marrakech». D’ailleurs continuait alors le diplomate américain, il ne serait entouré que de mauritaniens proches de ces deux villes.

Ce qui lui faisait conclure que l’entourage du président était comparable à un «petit Rabat autour du palais présidentiel».

Le complexe des notables et des «bons»- «Ce que vous devez vous mettre dans la tête avant de penser aux différentes facettes de la personnalité de Mohamed Ould Abdel Aziz, c’est que c’est un homme qui a grandi à l’ombre de Maouiya Ould Sid’Ahmed Taya» mentionne un des amis d’adolescence du président, que ce dernier ne fréquente plus et qui a requis l’anonymat. «C’est un individu qui a vu passer à la présidence les plus grandes richesses du pays, ses plus grands intellectuels, qui ne lui ont, globalement, jamais témoigné la considération que lui se sentait mériter» continue-t-il.

De ce fait, il aurait développé un complexe hypertrophié à l’égard de tout ce qui peut s’accompagner du vocable de «grand». «Il n’aime pas les notables, les riches, les intelligents, les forts caractères, particulièrement tous ceux de l’époque de son ex-maître» assène un ancien camarade.

«Le Hammam sur la route de Nouadhibou que sa femme possède, il y venait en personne pour réclamer le paiement hebdomadaire, parfois avec une certaine violence verbale. Ça équivalait à une centaine de milliers d’ouguiyas. Parfois plus, parfois moins» explique-t-il.

Aujourd’hui, il a créé toute une nébuleuse liée à sa tribu Oulad Bousbah, dans le domaine des mines, participant ainsi, et organisant même le pillage des ressources du pays.

«Il a toujours envié la richesse de ses cousins Ely Ould Mohamed Vall, ou Bouamatou, à qui il mène la guerre ces temps-ci. Il veut être l’homme le plus riche de Mauritanie. Tous les gens valables autour de lui, qui pouvaient lui faire de l’ombre, il les a enlevés, et il n’est plus entouré que d’opportunistes et d’incompétents» suppute son ami d’adolescence.

«Mohamed Ould Abdel Aziz, c’est finalement quelqu’un qui est devenu président un peu par accident et qui a entre les mains des responsabilités qui le dépassent totalement, et qui laissera un héritage terrible pour la Mauritanie, pire que celui de Taya» conclut-il.

Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

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