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Mohamed Ben Othman, DG de la BIM: «La demande de finance islamique progresse à pas de géants»


Economie
Jeudi 15 Décembre 2011 - 16:16

Inaugurée il y a un mois à peine, la banque islamique de Mauritanie (BIM) est la nouvelle venue dans le carré de la finance islamique dans le paysage bancaire et financier national. Son directeur, Mohamed Ben Othman reste optimiste quant à l'avenir de cette finance, et la perçoit, techniquement et éthiquement, comme une véritable voie à explorer pour sortir du cycle de la crise financière qui perdure depuis quelques années. Entretien.


Mohamed Ben Othman, DG de la BIM: «La demande de finance islamique progresse à pas de géants»
La demande financière islamique est-elle de plus en plus importante en Mauritanie?

Je le pense. Il n’y a pas de statistiques sur le sujet, mais j’imagine que la Mauritanie ne fait pas l’exception dans ce domaine. La demande de finance islamique progresse à pas de géants. D’ailleurs aujourd’hui même les banques conventionnelles soucieuses de servir leurs clientèles et d’enrichir leur gamme de produits, se mettent à offrir des produits islamiques. Ceci illustre bien une croissance de la demande mais aussi l’importance de cette niche de clientèle pour les banques.

Certains financiers pointent du doigt la cherté des produits financiers islamiques par rapport à ceux issus de la finance «conventionnelle». Est-ce un un constat juste?

Commercialement ça ne tient pas. Si on regarde les résultats enregistrés par les banques islamiques, on constate que la progression de leur chiffre d'affaire, est une progression à deux chiffres, largement plus importante que pour les banques conventionnelles.

Pour qu'il y ait un tel succès commercial, il faut que les produits proposés, spécifiques il est vrai, soient viables, par rapport aux autres produits proposés. Viables veut dire qu’ils correspondent à des besoins latents de la clientèle, mais aussi proposés à des conditions et des prix compétitifs. Car la clientèle des banques islamiques aujourd'hui, n'est pas forcément et exclusivement musulmane. Elles doivent pouvoir attirer des clients qui ne soient pas particulièrement sensibles à la religion; et j’imagine que si elles ont pu le faire ,c’est certainement avec des prix moins élevés. Donc cet argument ne tient pas.

Mohamed Ben Othman, DG de la BIM: «La demande de finance islamique progresse à pas de géants»
Vous venez d'arriver en Mauritanie. Quelles sont vos ambitions?

Elles sont mesurées, avec nos moyens financiers et humains. Nous proposons aux mauritaniens un produit islamique pur. Filiale du Groupe Tamweel Holding Africa, qui est détenue à 60% par la Société Islamique pour le développement du secteur privé (filiale à 100% de la BID), et à 40% par Bank Asya première banque islamique en Turquie.
L'origine des fonds est une origine déjà islamique. On a investi également dans un système informatique exclusivement islamique (système certifié par l’organisation de l’audit et de Comptabilité des institutions financières islamiques connue sous le nom de AAOIFI). Ce système ne peut appréhender que les opérations islamiques. En d'autres termes, si je veux faire passer une opération conventionnelle, non islamique dans le système, ce dernier ne peut pas l'appréhender.

Comme toutes les banques, pour que nous puissions évoluer, il faut que notre offre corresponde aux attentes de nos clients. Nous savons qu’il y a de véritables attentes en matière de produits islamiques; aussi nous veillerons à ce que notre offre puisse répondre à toutes ces attentes en matière de prix et de qualité de service. Quant à notre positionnement nous sommes une banque conventionnelle, et à ce titre on va s’intéresser aux deux segments important de l’économie mauritanienne: les Entreprises et les Particuliers, avec une offre islamique spécifique à chaque segment.

Dans le contexte international de crise financière persistante, la finance islamique peut-elle être perçue comme une voie de sortie crédible?

Bien sûr. C'est pour cela que je disais que les banques internationales, prenant la juste mesure de la finance islamique, commencent à sérieusement proposer des produits islamiques. Ce ne sont pas des banques appartenant à des actionnaires musulmans. Les plus grandes banques occidentales s'y mettent, parce qu'elles ont constaté que cette approche est peut-être l'antidote de cette crise, qui résulte d'un saut périlleux dans une finance virtuelle.

Rappelez-vous que lorsqu'on a essayé d'analyser la crise, notamment de comprendre les fondements de ces produits toxiques, élaborés avec des modèles mathématiques extrêmement complexes, personne au final, n'a pu étayer les bases concrètes, matérielles, sur lesquelles ces modèles ont été construits.

La finance islamique ne crée pas la monnaie; à ce titre elle n’est pas inflationniste. C'est une finance qui a plus tendance à augmenter la production, car il y a toujours ce sous-jacent tangible et économique. On n'est pas dans une logique de spéculation, de loterie financière, avec des produits toxiques, qui donnaient des revenus bien supérieurs aux produits classiques bancaires, mais dont les dérives ont causé sans nul doute la plus grande crise financière de l’histoire de la finance.

Du côté de la finance islamique, les choses se passent différemment puisqu’il y a toujours un sous-jacent tangible sur lequel est adossé le financement. Si vous voulez acheter une voiture, je ne vous prête pas l'argent, mais je vais l’acheter et vous la vendre. C'est le principe de la Mourabaha.

Mohamed Ben Othman, DG de la BIM: «La demande de finance islamique progresse à pas de géants»
On met souvent en avant des montages financiers islamiques parfois tout aussi compliqués, sinon qui nécessiteraient plus de compétences techniques, par rapport au lien nécessaire entre l’éthique musulmane et un rendement commercial et financier...

Je ne pense pas que cet avis est correct. La finance islamique n’a pas la réputation d’être élaborée sur des montages complexes. C’est plutôt le contraire, car elle est basée sur des principes de la Charia qui, eux sont simples, pour être compris par tout le monde.

Maintenant je peux comprendre la difficulté de certains de comprendre ces principes. Cette difficulté, selon moi, est née soit de la méconnaissance de l’islam et de ses principes généraux, soit de la déformation culturelle des gens comme nous qui ont grandi avec les banques conventionnelles ne proposant que des produits basés sur le crédit, les intérêts…

J'ai donc plus tendance à dire que la finance islamique est moins complexe que la conventionnelle; et c’est peut-être là, une des explications de son succès. Les opérations dans la finance islamique sont normalement adossées soit à une location (la Ijara…) soit à une vente avec marge (la Mourabaha) soit à une participation en capital (Moucharaka et Moudharaba). Je ne vois pas où est la complexité dans tout cela.

Depuis votre récente ouverture, les biens matériels auxquels sont adossées vos premières opérations de financement sont de quelles natures?

Un certains nombre de dossiers sont à l’étude. On essaye de faire notre évaluation du risque correctement. On ira ensuite crescendo avec une approche prudente. On va monter en volume de financement en fonction des projets bancables qu'on verra.

Plusieurs paramètres sont à considérer pour nous ajuster au marché mauritanien. Nous avons la prétention d'être une banque active. On n'est pas venu pour ouvrir des comptes simplement, ça ne peut pas être l'objet d'une banque islamique. On étudiera avec le même intérêt des financements à court, moyen et peut-être à long terme. Une banque islamique a plus cette nécessité qu'une banque conventionnelle, d'avoir un portefeuille à moyen et long terme. En attendant de développer un marché de Sukuk Islamiques en Mauritanie qui permettra une gestion dynamique de l’excédent de trésorerie à l’instar de ce qui existe aujourd’hui avec les banques conventionnelles avec des produits de marché monétaire.

Appréhendez-vous la bancarisation très faible en Mauritanie?

La Mauritanie est un pays dans lequel une banque islamique a toutes les chances de réussir, compte tenu du degré d'islamisation du pays, mais également du taux des pratiquants. Le contexte est donc favorable au développement d’une finance islamique. D’ailleurs, nous commençons à le percevoir au travers de nos contacts avec nos clients et prospects. Pour beaucoup d’entre eux la banque Islamique de Mauritanie est leur première banque dans laquelle ils ont ouvert de compte. Ce qui est un paradoxe et étonnant, quand on considère les moyens de ces personnes.

Donc par rapport à l’appréhension du faible taux de bancarisation, et par rapport à notre apport à améliorer ce taux, nous sommes convaincus que nous allons jouer un rôle qu’on espère important, car nous constatons que nous sommes entrain d’ouvrir des comptes pour des gens non bancarisés. Forcément, si ce trend se confirme, cela impactera sans doute le taux de bancarisation, qui faut-il le rappeler est un des fondamentaux d’une économie.

Propos recueillis par Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

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