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Mise au point sur l’article « Selon cette anthropologue les chercheurs mauritaniens observent leur peuple comme des rats de laboratoire » de Vlane


Tribunes
Jeudi 26 Mars 2015 - 23:38

Le journaliste « Vlane » a publié un texte concernant mon essai « La situation des droits humains et les tensions sociales en Mauritanie. Le cas de l’emprisonnement de Biram ould Abeid et de la condamnation à mort de Mohamed Cheikh ould Mkhaitir » (Noor Info du 9 mars 2015).


Mise au point sur l’article « Selon cette anthropologue les chercheurs mauritaniens observent leur peuple comme des rats de laboratoire » de Vlane
Cependant, l’intitulé de son article laisse penser que j’aurai affirmé que « les chercheurs mauritaniens observent leur peuple comme des rats de laboratoire», ce qui est complètement faux et déplacé. Certes, Vlane explique dans son introduction que l’expression est sienne, mais il n’en reste pas moins que la placer comme titre de son article, laissant croire que c’est moi qui l’avance, est malvenu.

Tout en considérant que les analyses de Vlane sur les faits de société de la Mauritanie sont très intéressantes et révélateurs d’une nouvelle génération de journalistes qui savent bien se servir de la liberté d’expression acquise dans le pays, je me dois d’exprimer mon désaccord avec son interprétation, très personnelle, de mon texte lorsqu’il écrit :


« Dans un essai de 79 pages à propos de la situation des droits de l’homme et les tensions sociales en Mauritanie, l'anthropologue Mariella Villasante Cervello, très impliquée dans la médiatisation de l’affaire Ould Mkheitir, explique pourquoi le Pr Abdel Wedoud Ould Cheikh et d’autres, notamment le pape de l’anthropologie en Mauritanie Pierre Bonte, tiennent pour sacré « ce regard éloigné » si cher à Lévi- Strauss, gage de neutralité scientifique indispensable pour approcher sans parti pris les sujets étudiés, ce qui, pour Dr Mariella, n’est rien d’autre qu’une forme de démission coupable car on ne peut pas observer les peuples comme des « souris de laboratoire...» (L’expression n’est pas d’elle surtout que les souris de laboratoire sont manipulées par d’autres, notamment le pouvoir et les politiques en général, alors que nos chercheurs ressemblent plus aux murs dudit laboratoire ; murs qui ont des oreilles d’autant plus académiques, selon Lévi-Strauss, qu’ils sont éloignés des manipulations sans rien perdre de ce qui se trame). » [C’est moi qui souligne].

http://www.noorinfo.com/Selon-cette-anthropologue-les-chercheurs-mauritaniens-observent-leur-peuple- comme-des-rats-de-laboratoire_a15309.html

Il me semble nécessaire de mettre les points sur les i. Je n’ai pas écrit que la « neutralité scientifique » est « une forme de démission coupable » et encore moins comparé les « peuples » à des « souris de laboratoire ». Cela est le fruit des interprétions de Vlane qui, bien évidemment, a toute la liberté de s’exprimer sur les chercheurs ou sur la recherche, mais non de modifier mes propos.

En effet, dans mon essai, j’ai tenté d’examiner la question des hiérarchies d’ancien régime qui perdurent dans le pays, la seconde partie concerne l’esclavage et l’affranchissement, la troisième aborde les mesures officielles adoptées pour lutter contre l’esclavage, issues des recommandations des Nations Unies. Sans surprise, on constate que le déni et la répression continuent à caractériser les positions officielles sur les formes extrêmes de dépendance. Et que le Rapport des Nations unies sur l’esclavage n’est pas conciliant avec le régime, comme on l’a laissé croire, mais que, bien au contraire, il demande des efforts renouvelés au gouvernement pour affronter ce grave problème, source de forte tension sociale dans le pays.

Enfin, l’examen du Rapport du CRAN a laissé voir son positionnement partisan. Les dérives actuelles des droits humains sont illustrées par l’emprisonnement de Biram ould Abeid, président de l’IRA,
 et la condamnation à mort de Mohamed Cheikh ould Mkhaitir. Ce sont là les thèmes centraux de mon texte. 
 
Étant donné que les questions examinées concernent, d’une part, la recherche fondamentale sur les questions de hiérarchie sociale en Afrique, et la perspective des droits humains, j’ai présenté un avant-propos sur le bien fondé de la relation entre ces deux aspects, rarement pris ensemble. Et dans ce cadre là, je fais référence à la perspective d’étude de l’anthropologie sociale, censée privilégier le regard éloigné dont parlait Claude Lévi-Strauss, et les positions de certains chercheurs qui l’ont adopté, alors que d’autres, dont moi-même, considérons que la recherche de l’objectivité ne doit pas faire oublier la nécessaire vision humaniste et engagée dans le cas de sujets d’étude délicats, dont les formes extrêmes de dépendance.

S’intéresser à ces faits à partir de l’anthropologie n’implique pas de « faire de la politique » comme certains collègues le pensent. Il s’agit pour nous, chercheurs des sciences humaines, de participer d’un point de vue universitaire et citoyen à la meilleure compréhension des problèmes sociaux actuels, qui ont un lien direct avec nos savoirs et nos compétences. En effet, nos savoirs et nos compétences, acquises au long de plusieurs années d’études et de recherches, doivent servir, d’une part, à mieux comprendre les faits sociaux, d’un point de vue savant et érudit, comme cela se fait dans les nombreuses rencontres internationales à propos de l’esclavage en Afrique, par exemple. Et, d’autre part, à mieux exprimer, d’un point de vue citoyen, nos avis sur les faits de société en Mauritanie et ailleurs dans le monde. C’est ce que je tente de faire et de présenter comme matière à réflexion et à débat dans le cadre académique et public. 

 
Dr Mariella Villasante Cervello,
Institut de démocratie et droits humains (IDEHPUCP),
Noorinfo


              

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