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Migrants: rendez nous Aron, Sartre…l’esprit français !


Société
Jeudi 27 Août 2015 - 15:45

En 1979, les plus grands intellectuels français se mobilisaient en faveur des boat peoples vietnamiens. Trente-six ans plus tard, on cherche encore l'once d'une mobilisation pour les hommes et les femmes qui meurent en Méditerranée dans l'indifférence.


Jean-Paul Sartre, André Gluscksmann et Raymond Aron MICHEL CLEMENT
Jean-Paul Sartre, André Gluscksmann et Raymond Aron MICHEL CLEMENT
"Ce sont des hommes en danger mortel qu’il faut secourir, parce que ce sont des hommes…". Ainsi parlait…Jean-Paul Sartre aux côtés de Raymond Aron. Les deux plus grands intellectuels français réunis –après trente années de brouilles politico-philosophiques !- pour une conférence de presse commune en faveur des "boat peoples" vietnamiens.

Il y avait aussi Yves Montand, Simone Signoret, Michel Foucault, Bernard Kouchner qui lançaient ce 20 juin 1979 un appel vibrant afin d’armer un bateau – ce sera "l’Ile de lumière"- pour aller repêcher les naufragés du communisme.
 
Un formidable élan de générosité s’ensuivait qui emportait les élites de l’écrit comme du cinéma, les autorités spirituelles, les évêques comme les imams, ceux qui croyaient au ciel comme ceux qui n’y croyaient pas, les illustres et les anonymes, de gauche comme de droite, les Français en somme et le président Valéry Giscard d’Estaing aussi. La France humaniste accueillera plus de 120.000 réfugiés vietnamiens et cambodgiens, alors même qu’elle avait suspendu l’immigration de travail !
 
En ces années giscardiennes et encore généreuses, aucun leader politique responsable n’aurait alors osé comparer tel Nicolas Sarkozy "l’afflux des réfugiés à une fuite d’eau" dans un sketch  de mauvais goût qui ne lui vaudrait pas le statut de remplaçant bourricot au cabaret chansonnier des Deux Anes…
 
Il y a un niveau qui est monté, c’est celui de la xénophobie et la comparaison sarkozyste n’est que la version plombière du Grand remplacement, ce fantasme de la peur qui gagne les esprits qu’on croyait prémunis puisque "l’enfant de sang mêlé", Nicolas sarkozy, avait lui même revendiqué autrefois ses ascendances hongroises, notamment, qui ne l’empêchaient pas d’être furieusement français. Au contraire !
 
Où sont les intellectuels?
 
Les temps changent, et pas pour d’avantage d’humanité, sinon dans leurs versions grecques et latines puisque nos intellectuels ne se mobilisent quasiment plus que pour la défense des langues anciennes. Les damnés de la mer ne les poussent plus sur le devant de la scène jusqu’à se rassembler au delà de leurs divergences et de leurs querelles picrocholines pour la seule cause qui vaille, dit-on pourtant, celle de l’homme! La mer Méditerranée, le "berceau de la civilisation" se transforme en cimetière marin dans une quasi indifférence navrée.
 
Il est vrai qu’au temps de la grande mobilisation pour les boat peoples, il n’était quasiment d’intellectuels qu’engagés. Ceux qui avaient participé de l’idéal communiste, et ils étaient nombreux,  en ressentaient de lourds remords. Quant aux conservateurs, ils avaient une occasion rêvée de prendre leur revanche en générosité.
 
L’aide aux déshérités était censément le monopole de la gauche. Aron l’avait emporté sur Sartre, sans jubiler d’ailleurs, ce n’était pas son style. Car il en avait. Mais nous étions alors dans la catégorie des plumes Sergent Majors, ce n’était pas le bataillon des plumitifs…
 
Bien sûr, après les "Trente glorieuses", la crise n’était pas de même ampleur. Le chômage tournait autour des 4% de la population active.  Les économistes pouvaient encore se souvenir que l’accueil des rapatriés d’Algérie avait contribué en son temps à booster l’économie nationale. Les "intellos" petits ou grands croyaient encore à l’avenir comme à l’éthique, et ne se drapaient pas dans des cyniques postures déclinistes parce que les écrits les plus beaux sont les plus tristes.
 
Aujourd’hui, Bernard Kouchner persiste dans la croisade. Il est très seul. Aron, Montand, Signoret, Foucault etc…ne sont plus. L’hôtel Lutétia où ils tenaient une conférence de presse non pas seulement pour les médias français mais pour le monde entier, ce palace est fermé. En travaux. Il faut tendre l’oreille pour entendre encore l’écho de ces Mots de Sartre : "des hommes vont mourir. Il s’agit de les sauver. C’est une exigence purement morale".

Nicolas Domenach
Challenges.fr
 
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