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Michel Platini : L'homme aux deux visages


Lu sur le web
Lundi 25 Juin 2012 - 12:30

Bon vivant et sympathique, le président de l’UEFA n’a pas toujours bonne presse. En cause, ses relations troubles avec un magnat du pétrole chypriote et les affaires de son fils Laurent au sein de Qatar Sports Investments.


Michel Platini dans les tribunes du stade de Gdansk (Pologne) après Italie - Espagne, le 10 juin.
Michel Platini dans les tribunes du stade de Gdansk (Pologne) après Italie - Espagne, le 10 juin.
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Il est 17 h 30 à Nyon : le siège de l’UEFA – idéalement situé au bord du lac Léman – se vide rapidement. Un homme, 55 ans envion, se dirige lentement jusqu’à la sortie. Un type à la Columbo : costume froissé, chemise ouverte, quelques dossiers sous le bras gauche, un énorme plateau dans la main droite. Au menu : melon et jambon. L’homme invite les réceptionnistes à se servir. Non, il n’est pas envoyé par un traiteur. Ici, c’est lui le chef. Remarquant les regards étonnés qu’il suscite, il lance en souriant : “Je viens de recevoir des visiteurs espagnols, je ne vais pas laisser ces bonnes choses se perdre !” Surtout pas. Il emporte donc le plateau chez lui, où il est certain de pouvoir l’accompagner d’une bonne bouteille.



La scène est révélatrice du personnage, et notamment de son charme désarmant. Michel Platini, la star internationale, l’un des meilleurs footballeurs qu’on ait jamais vu et aujourd’hui l’un des responsables les plus puissants dans le monde du football, a toujours eu ce petit côté terre à terre. Cela fait partie du mythe. La plupart de ses collègues vivent retranchés dans des suites et des hôtels de luxe, se déplacent dans des limousines qui vont les chercher au fin fond de leurs garages et évitent autant que possible d’apparaître en public. Platini, lui, utilise l’entrée principale. Même multimillionnaire, le président de l’UEFA et membre du comité exécutif de la FIFA reste un homme accessible.

Platini, qui vient de souffler ses 57 bougies, n’est pas dévoré par la même soif de pouvoir que son homologue de la FIFA, Joseph Blatter. Contrairement à son mentor politico-sportif qui n’a jamais été un grand joueur, Platini n’a rien à prouver. Sa carrière parle pour lui. Ses paroles ont du poids. Platini n’a besoin ni d’argent ni de reconnaissance. Le pouvoir est pour lui, d’une certaine façon, une question subsidiaire. Profiter ou bien travailler ? Sans cesse, on lui demande quand il prendra la suite de Blatter aux commandes de la FIFA. L’intéressé esquive la question. “C’est suffisamment fatigant comme ça de voyager aux quatre coins de l’Europe, mais au moins il y a toujours un vol pour le retour le soir, explique-t-il. Vous imaginez les déplacements du président de la FIFA ?” De fait, ce dernier voyage 300 jours par an, en première classe ou en jet privé, mais tout de même… “Aujourd’hui l’Océanie, demain l’Amérique du Sud, après-demain l’Afrique. Il faudrait que je subisse ça ?” s’interroge Platini.

Impitoyable, pas uniquement sur la pelouse



Mais ne vous y trompez pas. Sur le terrain, Platini donnait déjà souvent l’impression d’être absent, comme s’il ne fallait pas compter sur lui. Légèrement rondelet, le maillot dépassant du short, les chaussettes tombantes. Et pourtant, quel génie. Raffiné et toujours dangereux.

Platini a nettement moins bonne presse aujourd’hui. Aussi bien au sein de l’UEFA que de la FIFA, où il garde un silence de marbre à propos de la corruption généralisée et où il ne compte pas parmi les réformateurs. C’est grâce à lui que l’Ukraine et la Pologne ont obtenu l’organisation de l’Euro 2012. Sur ce point, tout le monde est d’accord pour dire qu’il s’agissait d’un renvoi d’ascenseur à ceux qui l’ont soutenu dans la région, notamment le président de la fédération ukrainienne, le mystérieux Grigoriy Surkis. Platini a furieusement défendu sa décision et a dû remettre à sa place le défenseur allemand Phillip Lahm, qui appelait à une prise de position politique. Platini le charmeur a subitement montré un visage impitoyable.



Platini a succédé au Suédois Lennart Johansson en janvier 2007 grâce à trois hommes en particulier : Grigoriy Surkis, Joseph Blatter et le Chypriote Marios Lefkaritis, sulfureux magnat du pétrole. Cet entourage n’est guère à l’honneur de l’ancien joueur et soulève de nombreuses questions qui restent encore sans réponse. Il y a les accusations de corruption lancées fin 2010 par l’ancien joueur grec Spyros Marangos à propos de l’attribution de l’Euro à l’Ukraine et à la Pologne. Il serait question de millions distribués à des fonctionnaires de l’UEFA. L’institution – et son président – ont balayé ces accusations et déposé plainte contre Marangos. L’UEFA n’est guère pressée de s’expliquer. Marangos n’a de toute manière pas apporté de preuve. 


Des accusations de népotisme



L’ancien fonctionnaire craindrait pour la sécurité de sa famille. Cela n’est peut-être pas étranger au fait que de nombreuses pistes mènent à Chypre, où règne en maître le richissime Marios Lefkaritis, l’un des directeurs du groupe Petrolina et membre des comités exécutifs de l’UEFA et de la FIFA. Platini défend le Chypriote avec ferveur et leurs familles sont étroitement liées, ce qui suffit à alimenter le soupçon dans les rangs des fonctionnaires les plus intègres de l’institution. Un cabinet d’avocats chypriote gère les affaires de l’Ukrainien Surkis, pour qui la petite île méditerranéenne est comme une seconde patrie. Il y a aussi les rumeurs de pots-de-vin faramineux dans l’attribution de la Coupe du monde de football à la Russie en 2018 et au Qatar en 2022. Des intermédiaires chypriotes auraient joué un rôle important dans ces décisions. Il n’y a toutefois pas de preuve. Et pas plus d’explications.

Platini a soutenu la candidature du Qatar en décembre 2010. Quelques semaines plus tard, son fils Laurent, un avocat, était nommé responsable de la branche européenne du fonds Qatar Sports Investments (QSI). Ce fonds d’investissement gère notamment les activités commerciales du PSG et a été impliqué dans le sponsoring spectaculaire du FC Barcelone par la Qatar Foundation. Les affaires du fils du patron de l’UEFA et futur président de la FIFA se portent particulièrement bien. Platini n’y voit rien de problématique. Certains parlent de népotisme. Ces relations ne sont guère conformes aux nouvelles règles de la FIFA. Pourtant, pour Platini, l’homme aux deux visages, rien de plus normal.

Jens Weinreich pour Spiegel
Lu sur courrierinternational.com
Mamoudou Kane


              

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