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Métiers informels : Le vieux Abdoul, ses bouteilles de gaz, et son fils Diyé


Société
Mardi 10 Avril 2012 - 17:08

La soixantaine bien trempée, Abdoul Ould cheikh est chargeur de gaz depuis une vingtaine d’années. Victime d’une série de vols il y a 3 ans, son avenir de livreur de gaz peut être compromis. Mais tout cela n'enlève en rien la foi et l'humilité chevillées au corps de cet "ancien du cinéma Saada". Rencontre avec un honnête homme.


Abdoul (g) avec son fils Diyé
Abdoul (g) avec son fils Diyé
Abdoul Ould cheikh, la barbe blanche, le regard méfiant, mais doux, est considéré comme un “bricoleur de genie” dans le quartier de la Cité, près du cinema Saada à Nouakchott. Chaque matin il quitte son domicile de Toujounine pour venir dans les environs de l’antique cinema, pour son sempiternel tour d’approvisionnement en gaz butane. “C’est assurèment un des premiers distributeurs de gaz de la capitale” assure un mécanicien presqu’aussi âgé que lui, qui tient son garage à proximité du point d’approvisionnement d’Abdoul. Depuis 22 ans il fait la navette entre son magasin, la Somagaz, et les nombreuses boutiques de gaz pour livrer du gaz à ses clients, et subvenir aux “attentes et caprices” de ses quatre garçons et de ses deux filles, la plupart ayant abandonné leurs études.

Abdoul s’est essayé à beaucoup de métiers avant de se consacrer et de fixer définitivement à la livraison de gaz. Il a été marchand de bétail, tailleur, livreur de gaz au Sénégal, avant de poser sa valise à la Somagaz où depuis son fameux numéro d’identification, le 61, ne l’a plus quitté.

“Je n’ai pas vraiment eu le choix. Je devais intégrer cette société ou abandoner le métier” dit-il d’une voix sifflante, assis sur le plus vieux témoin de son labeur: un canapé jauni, “present dans l’atelier depuis le début”.

“La société m’a beaucoup soutenu” insiste-t-il, “mais ma carrière a basculé à cause de trois séries de vols qui m’ont vraiment bouleversé”. Sans dédommagement de la Somagaz, ni de l’Etat, il a fallu rester “par A ou par B” pour rembourser les clients dont les bouteilles de gaz venaient d’être volées (deux fois en 2010, une autre fois en 2011).

«Choqué par cette série de vol» Abdoul a élu domicile un temps dans son magazin de revente, avec l’espoir de “mettre la main sur les voleurs”. Mais il ne trouvera jamais trace d’eux nulle part, malgré les promesses soutenues de la police du quartier.

Pour ne pas être traité de voleur, il est resté dans le petit local qu’il loue 20 000 UM par mois, sans changer de métier, afin de “rembourser progressivement et intégralement les pertes supportées par mes clients, à hauteur de 1,2 million UM”, car assure-t-il, “je suis le premier responsable”.

Ex-gendarme, Abdoul Ould cheikh faufile dans les ruelles étroites d’El Mina, sa vieille Mercedes 207, rejoint depuis une dizaine d’année par un nouvel apprenti : son fils Diyé. Ce dernier qui rêve de “devenir le Messi mauritanien”, à cause de sa taille et de sa passion du ballon rond, assiste son père depuis 10 ans.

Depuis les vols dont il a été victime, Abdoul a reçu des promesses d’aides financières pour rembourser ses clients. Sans relâche, il a porté ses doléances à plusieurs niveaux, jusqu’au Hakem, sans un retour d’avis favorable. Il espère aujourd’hui une audience potentielle avec le DG de la SOMAGAZ en personne.

Remboursant ses clients sur ses benefices quotidiens, le budget familial, en consequence, s’est réduit comme peau de chagrin. À tel point, que “l’ancien du cinema Saada” comme l’appellent affectueusement les voisins de son débarras, songe à changer de métier, où il gagnerait un peu plus pour étirer le porte-feuille de la famille.

Cliente d’Abdoul depuis dix ans, Coumba Thiam habite non loin du point de vente de “l’ancien”, près du robinet 10. Elle ne conçoit pas qu’abdoul puisse quitter le quartier. “C’est un des visages rassurants du coin. Sa simplicité et son humilité sont reconnues dans tout le quartier. On lui fait entièrement confiance” confie-t-elle. “Ce n’est pas partout que vous trouverez des bouteilles de gaz parfaitement étanches, et surtout bien remplies” dit-elle avec un grand éclat de rire, tout en prenant la nouvelle charge que lui tend Abdoul.

Diyé sur les traces de son père?

Passe Diyé, le “seul” de ses fils qui l’aide dans ses tâches. “Nous sommes complices depuis qu’il est tout petit, c’est normal qu’il soit le gérant de notre petit commerce” assure Abdoul avec un large sourire fier. “Je conduis et il livre les bouteilles quand on doit se déplacer” continue le soixantenaire. À la maison, comme au travail, Abdoul est attentif au comportement de son fils, qu’il veut “exemplaire”. “La ville a tendance à corrompre les gens. Et je ne veux pas que mon fils cede à certaines facilités, surtout moralement.” Explique Abdoul, au volant de la Mercedes, attendant son fils en livraison. “Rigueur et humilité” sont les valeurs qui lui sont les plus chères. “Les gens sont totalement dans l’apparence, l’arrogance, alors que c’est totalement à l’encontre de notre religion” continue-t-il. “Je veux que même les poches vides que Diyé reste digne”.

Des confidences qui ne sont pas un blanc-seing pour que Diyé perpétue son avenir dans ce métier. Même si ce dernier peut apparaitre comme son remplaçant, Abdoul ne souhaite pas que ce dernier puisse faire de la livraison de gaz, un métier. Une profession où il faut être constamment en acivité, tout en subissant une fatigue morale et physique avec comme risque de vieillir avant l’âge comme c’est son cas. Surtout, comme il le dit, en souriant, “quand on a des enfants qui ont tous interrompu leurs etudes, et gabegistes par-dessus tout”.

Awa Seydou Traoré
Mamoudou Kane


              

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