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Mauritanie : Vers une guerre identitaire ? (vue de l'extérieur)


Société
Vendredi 19 Avril 2013 - 20:40

En Janvier 1966, le régime mauritanien applique la loi imposant que l'enseignement secondaire soit dispensé en arabe. Cela entraina un mouvement de grève des lycéens et des professeurs dans tout le pays qui se soldat par une répression qui fera 6 morts et 70 blessés. A l'instar de l'Afrique du Sud, ou l'Afrikaans fut imposé aux seuls élèves noir, pour qu'ils soient toujours inféodés aux blancs, ceci posa le premier acte de l'assimilation forcée des Négro-Mauritaniens.


Mauritanie : Vers une guerre identitaire ? (vue de l'extérieur)
Au lieu de créer l'unité nationale du pays, le fossé s'accentua donc entre Beydanes, caste dominante, au détriment de la population noire.

Sous l'impulsion des milieux extrémistes arabes, externes comme internes, cette politique atteindra son apogée entre 1989 et 1991, par l'épuration ethnique dont les haalpulharens furent victimes, entre autres. C'est sous le fallacieux prétexte du la guerre entre le Sénégal et la Mauritanie, que TAYA déclencha la répression et la déportation de milliers de noirs vers le pays de Senghor et au Mali.

C'est dans ce contexte de conflit intemporel, mais surtout à la veille de la commémoration du déclenchement de cette déportation en Avril 1989, que les propos du 1er Ministre et de celui de la Culture, ont été pris comme un véritable appel à la discrimination raciale. L'Arabe deviendrait donc la seule langue nationale de fait dans les secteurs clés de l'économie, de l'administration, de l'enseignement au détriment du français, pourtant langue officielle.

La Mauritanie est un pays multi-ethnique et donc multi-culturel. S'y cotoient des Arabophones,hassania (beydanes), fulbe, wolofs, soninké, et harratines. Ces derniers groupes étant des négro-mauritaniens, composante majoritaire du pays. Imposer la langue de la caste minoritaire mais dominante reviens donc à pratiquer un esclavage mental sur le reste de la population.

En effet, un enfant à qui on inculque un enseignement dans une langue qui ne lui est pas maternelle, et c'est le cas des populations vivant en zones enclavées, n'a pratiquement aucune chance de réussite sociale par rapport à un autre qui lui reçoit un enseignement dans sa langue maternelle et ceci, à niveau intellectuel égal. Le premier restera cantonné dans une catégorie subalterne alors que le second pourra accéder à des études supérieures, même s'il est d'une bêtise notoire.

L'arabisation de tous les secteurs fondamentaux du pays n'est donc pas un "faux problème". Ce n'est pas uniqumement qu'une simple question de culture, mais c'est éminament politique et stratégique. C'est la volonté clairement affichée du gouvernement de OULD AZIZ, d'inscrire la Mauritanie dans le bloc du Magrheb. Le pays étant membre de la Ligue Arabe depuis 1973, les hauts postes sont réservés, de fait, aux arabophones, y compris dans l'armée, dénégrifiée sous l'ère terrible du régime de OULD TAYA.

Cette imposition linguistique, instrument d'aliénation, est malheureusement révélatrice de tensions sous-jaccentes. Les étudiants négros-mauritaniens ont donc contesté cette énième oppression culturelle lors de manifestations organisée par une plateforme de syndicats estudiantins, à l'Université de Nouakchott. Le campus fut le théatre d'affrontements entre eux et des étudiants pro-arabes, le tout ayant conduit à des arrestations.

Loin d'être un "mouvement d'humeur", comme certains tenants du système l'auraient souhaité, ce soulèvement et ses heurts rappellent, à ceux qui auraient la mémoire qui flanche, que l'unité nationale mauritanienne est loin d'être acquise.

C'est pourtant ce à quoi un gouvernement digne de ce nom devrait oeuvrer. Construire la Mauritanie en tant qu'Etat-Nation, et non pas Etat-Clanique, afin de sauver le pays d'une explosion ethnique qui n'épargnera personne.

L'organisation d'un débat national sur la cohabitation est nécessaire. Il devra tenir compte que la Mauritanie est un Etat Arabe et Africain, que ses composantes humaines, ainsi que leurs cultures (langues, coutumes et traditions) doivent être diverses mais égales dans un destin commun.

C'est à ce seul prix que la guerre des identités n'aura pas lieu et que la Mauritanie vivra.

Mariam SERI SIDIBE
Pour
Afriques en Luttes
Mamoudou Kane


              

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