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Mauritanie : Si les banques ferment leurs portes devant vous, les "fournisseurs" vous ouvrent celles de la prison


Actu Mauritanie
Mercredi 29 Janvier 2014 - 13:20


Un vendeur de « cartes de crédit » (Photo : Sneiba)
Un vendeur de « cartes de crédit » (Photo : Sneiba)
Au commencement, ce terme était connu seulement des habitués du ministère des Finances. Un « fournisseur » (le terme se prononce comme tel en hassaniya » est  une « Personne ou établissement qui fournit habituellement à l’Etat (ministères, directions, entreprises publiques) certains biens et services ».
 
C’était monnaie courante de voir un « ministré » ou directeur demander à son fournisseur une grosse quantité de produits qui, finalement, n’est pas livrée. A la place, c’est la contre-valeur en ouguiya qui est remise au « responsable ». Le fournisseur gagne doublement dans cette transaction, en prélevant à la source une sorte de rétro commission et en surfacturant le bien ou le service vendu à l’Etat. Ce procédé, peu musulman (pour ne pas  toujours accuser les catholiques de tous nos maux) a causé un énorme préjudice à l’Etat. Il y a peu, les « fournisseurs », sevrés par le président Aziz, lui réclamaient la bagatelle de 40 milliards d’UM d’arriérés, aussi bien pour la période de Taya que pour la « transition » militaire 2005-2007. Après étude et « appréciation » du ministère des Finances, l’Etat soumis à la règle de la continuité (en bien et en mal) aurait accepté de payer aux « fournisseurs » 15 milliards d’UM ! L’histoire s’arrête là. Disons que celle qui fait l’objet de ce billet est tout autre. Il s’agit bien de « fournisseurs » mais d’un tout autre genre.
 
C’est une nouvelle race d’usuriers – de « vendeurs d’argent, comme on dit chez nous – qui ont pignon sur rue aux alentours des banques et du fameux marché « Noughta Sakhina » (Point chaud), véritable royaume du téléphone portable et des cartes de recharges. Ou « cartes crédit », qui est la terminologie la plus usitée chez nous. Ces cartes sont au centre de transactions qui, aujourd’hui, font un véritable ravage au sein des fonctionnaires et agents de l’Etat.
 
Après avoir usé – et abusé – de toutes les combines possibles avec les banques (visas, dépassements et avances sur salaires), les clients de celles-ci se sont tournés vers les « fournisseurs » qui se chargent de les achever ! Et oui, il s’agit d’une véritable mise à mort. Imaginer un pauvre fonctionnaire qui gagne 100.000 UM par mois (250 euros) dont 50% est retenu par la banque, qui l’a « ferré» pour 36 ou 48 mois, se tournant vers un « fournisseur » qui lui procure la valeur, en cartes de recharge de 100.000 UM  à 120 mille, parfois plus. Parce que souvent Madame ignore le piège à con dans lequel son homme est allé se fourrer, ce dernier est obligé de s’endetter encore et encore pour lui donner l’illusion que le « mois est mort » et qu’il continue à percevoir son salaire de manière ordinaire. De « fournisseur » à « fournisseur » notre pauvre fonctionnaire se retrouve dans un cercle vicieux, et finit souvent en prison.
 
L’Etat réagit mais les banques résistent
 
L’Etat qui a pris conscience de l’endettement excessif de ses fonctionnaires et agents, a voulu pousser les banques à observer une sorte de règle prudentielle appliquée non pas aux entreprises mais aux particuliers, en revenant au principe qu’un client ne doit pas bénéficier de plus de trois mois de salaires payables en 12 mois avec une échéance ne dépassant pas 20%. Cette mesure objet d’une circulaire de la Banque centrale de Mauritanie (BCM) devrait être appliquée à partir du 1er janvier 2014 mais jusqu’à présent, les banques primaires qui s’adonnent à une concurrence déloyale pour attirer les clients, n’ont pas encore mis un terme à cette pratique. C’est à croire même qu’elle n’est plus à l’ordre du jour. Pour diverses raisons.
 
D’abord, la plupart des clients de ces banques ne pourraient pas prendre de nouveaux prêts avant deux ou trois ans, alors qu’ils avaient la possibilité de « s’abreuver » à cette « source de jouvence» à la onzième échéance payée. La banque gagne deux fois : elle récupère la mise avant terme et « re-ferre » sa victime pour qu’elle n’ait pas la possibilité d’aller vers une nouvelle banque qui lui fait miroiter des propositions plus  alléchantes. Si, par exemple, la BMCI ou la BNM offre 16 mois, Orabank ou la BPM, parce qu’elles sont nouvelles sur le marché, vous proposent 18 ou 20 !
 
Ici encore, les « fournisseurs » ont trouvé la formule magique de s’incruster pour fructifier leur business « pas musulman » : le rachat du crédit. Vous devez encore 1 million à une banque, le «fournisseur »  verse ce montant en votre nom, dans votre compte. Il ne vous reste plus qu’à entamer  la procédure nécessaire pour fermer ce compte de malheur et à en ouvrir un autre dans la banque indiquée par votre « fournisseur » qui aura déjà eu l’assurance que vous aurez le « maximum » possible. Là encore, le pauvre client est pris dans un autre engrenage. Souvent, le «transfert » d’une banque vers une autre prend du temps.

Les formalités et l’attente d’un virement ou deux de salaires sont une occasion exploitée, judicieusement, par le « fournisseur » pour vous enfoncer encore plus : En attendant le prêt, les cartes de recharges vous sont cédées avec l’intérêt de 20% à 30% par mois, qui est, en réalité, la vraie motivation du fournisseur. Et quand ce dernier s’assure que le prêt sera tout juste suffisant pour lui payer tout ce qu’il a dépensé depuis le début de vos « relations d’affaires», il débloque la  situation, comme par miracle et, muni de son chèque, il va à sa banque – ah, pardon, à votre nouvelle banque – pour vider votre compte. Comme consolation, vous avez la possibilité de prendre des cartes de recharge et de recommencer la descente aux enfers.
 
Sneiba Mohamed
Mamoudou Kane


              

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