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Mauritanie-Israël : l’impossible amour ?


Tribunes
Vendredi 5 Août 2016 - 12:00

«Netanyahou n’est habile que dans la tuerie, la manipulation et le mensonge». Ce témoignage sévère du président Mohamed Abdel Aziz sur le Premier ministre israélien, livré dans une interview publiée par le célèbre périodique égyptien «Al Ahram» en marge du Sommet Arabe de Nouakchott le 25 juillet dernier, pourrait démentir les rumeurs d’une relation secrète entre la Mauritanie et Israël entretenues par certains milieux. Cette attitude des autorités mauritaniennes tranche cependant avec celle d’un monde arabe de plus en plus porté vers un rapprochement avec Tel-Aviv. Pour des considérations géopolitiques, surtout sécuritaires et économiques, la Mauritanie ne pourrait-elle pas de nouveau succomber aux charmes de la normalisation ?


C’est le 5 mars 2009 que l’ambassade d’Israël à Nouakchott avait fermé définitivement ses portes, après un ultimatum de 48 heures lancé par les autorités mauritaniennes à son personnel de quitter le territoire. La décision sera confirmée par le Ministre israélien des Affaires étrangères à l’AFP, après la mesure prise le 16 janvier 2009 par la Mauritanie de suspendre ses relations avec Israël. Ainsi prenaient fin dix ans de relations diplomatiques controversées et désapprouvées aussi biens par la rue mauritanienne que par le monde islamique.

A l’époque, le nouveau pouvoir à Nouakchott, soumis à un embargo international après le coup d’état contre le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, aurait cherché par cette décision à se venger, d’une part, des Etats-Unis et de l’Europe, mais aussi d’Israël, qui s’étaient particulièrement distingués dans leur condamnation du putsch, et d’autre part, rompre l’isolement de la Mauritanie au sein de la Ligue Arabe.

Il y a ceux qui ont évoqué la pression du guide libyen Mouammar Kadafi dont la visite programmée en Mauritanie, avec dans ses valises des projets faramineux et des milliards de dollars, aurait été considérée comme incompatible avec la présence d’une ambassade israélienne à Nouakchott. Celle-ci a d’ailleurs été rasée peu de jours avant son arrivée. Sur le plan national, cette décision a eu l’avantage pour le nouveau pouvoir de desserrer l’étau de la contestation populaire après le putsch qu’il venait de perpétrer «contre un président démocratiquement élu » et qui servira pendant plusieurs moins de turboréacteur aux forces de l’opposition. D’où l’hypothèse que la rupture avec Israël répondait surtout à des visées électoralistes pour la légitimation d’un pouvoir confisqué par les armes et qu’on se préparait à blanchir par le scrutin présidentiel de juillet 2009.

Pour le président Ely Ould Mohamed Vall et les câbles de WikiLeaks, «le président Mohamed Abdel Aziz, a rompu ses relations avec Israël pas pour l’intérêt de la Mauritanie, mais pour des considérations personnelles ». Selon ses deux sources «il voulait simplement renforcer son régime et sortir de la crise politiquée née du putsch du 6 août 2008 ».

Certes, la Mauritanie de Mohamed Abdel Aziz avait estimé que ces relations tissées dans le sillage des Accords d’Oslo en 1999 et signées en Espagne, n’avaient pas permis d’obtenir des avancées sur le dossier palestinien et n’avaient rien apporté à la Mauritanie, ni sur le plan économique, politique ou diplomatique, hormis un centre d’oncologie à moitié achevé et l’expertise israélienne dans certains domaines limités comme la santé et l’agriculture.

Mais entre 2009 et 2016, la situation des relations internationales a beaucoup changé et les dissensions régionales imposent de nouvelles règles de jeu. La question palestinienne n’est plus centrale dans la conception actuelle des rapports de force au Moyen-Orient. Le curseur des hostilités a beaucoup bougé. Israël n’est plus l’ennemi désigné du monde arabe, mais le péril iranien. D’où certains rapprochements encore inimaginables il y a quelques années, comme ceux qui sont en train de naître entre Riadh, capitale du monde islamique et pivot du monde arabe avec Israël.

Les relations secrètes entre les deux capitales sur le plan du renseignement et de la coopération sécuritaire tendent ainsi de plus en plus à sortir au grand jour. En juin 2015, l’ancien conseiller du gouvernement saoudien, Anwar Eshki apparaît pendant un évènement avec Dore Gold, quelques jours avant que ce dernier ne prenne la direction générale du Ministère israélien des Affaires étrangères.

En mai 2016, l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Netanyahou, Yaakov Amidror, avait discuté des sujets régionaux avec le prince saoudien Turki al Faiçal, ancien chef des renseignements du régime, lors d’une rencontre à l’Institut de Washington pour la politique du Proche-Orient.

Ce rapprochement entre l’Arabie Saoudite et Israël a été d’ailleurs récemment fortement critiqué par Hassane Nasrallah, le leader du Hezbollah libanais, qui qualifie de «catastrophe » une normalisation entre Israël et l’Arabie.

Aujourd’hui, pratiquement toutes les capitales arabes entretiennent des relations plus ou moins secrètes de coopération avec Israël, notamment dans la guerre en Syrie et au Yémen. La menace de l’Iran Chiite semble pour le moment primer sur l’hostilité arabo-israélienne. Mais la Mauritanie semble encore s’accrocher aux antiques schémas populistes à l’heure où les enjeux transcendent le nationalisme sentimental, selon un observateur qui estime que l’hostilité envers Israël, principal allié des Etats-Unis et de l’Europe, dessert davantage le pouvoir mauritanien. D’ailleurs, le président Mohamed Abdel Aziz l’a reconnu dans l’interview accordée à «Al Ahram». Il attribue ainsi l’offensive faite contre son régime dans le domaine des droits de l’homme comme une conséquence de cette rupture diplomatique avec Israël. D’autres y ajoutent l’embargo économique non déclaré contre la Mauritanie, à travers certains médias internationaux qui décrivent le pays comme peu sûr sur le plan sécuritaire, pour décourager le tourisme et l’arrivée d’investisseurs.

Les rapports tendus avec le Maroc voisin n’arrangent pas les choses, si l’on constate les relations de plus en plus dynamiques entre Rabat et Tel-Aviv. Le Mossad israélien, classé comme premier service de renseignement au monde, est surtout connu pour sa puissance déstabilisatrice. Mais selon plusieurs analystes, ni les Etats-Unis encore moins l’Europe ne chercheront à déstabiliser la Mauritanie, eu égard au rôle central qu’elle joue dans la lutte contre le péril terroriste au Sahel. Une Mauritanie déstabilisée et contrôlée par les forces terroristes, équivaudrait à livrer toute l’Afrique de l’Ouest aux extrémistes islamistes. Un scénario catastrophe qui constitue selon beaucoup d’observateurs l’arme de dissuasion dont dispose la Mauritanie pour repousser toute action internationale subversive. Dans cette perspective, le renseignement israélien continuerait toujours, selon quelques sources, à flirter avec à son homologue…mauritanien, via de secrets briefings dans la capitale sénégalaise.

Cheikh Aidara
aidara.mondoblog.org
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