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Mauritanie-Espagne : Un amour qui se fâche


Actualité
Mercredi 29 Août 2012 - 09:48

Entre la Mauritanie et l’Espagne, la mer et ses richesses halieutiques semblent désormais constituer une pomme de discorde malgré le discours diplomatique qui continue de conserver sa langue de bois, à propos de relations jugées "cordiales et fructueuses ". Alors qu’à Nouadhibou, les bateaux de pêche espagnols débarquent les marins mauritaniens et que le gouvernement espagnol promet de plaider au niveau européen pour la révision du dernier contrat de pêche signé avec la Mauritanie, les autorités locales cherchent certainement encore la bonne riposte. Les enjeux économiques semblent vouloir compromettre un amour qui s’est tissé par delà la Méditerrané depuis plusieurs siècles.


Mauritanie-Espagne : Un amour qui se fâche
"L’Afrique française sort de la barbarie, l’Espagne y retourne (allusion au départ des musulmans de l’Andalousie) ; nous rendons aux Maures d’Afrique ce qu’ils nous avaient donné : la civilisation ". Cette citation de Jacques Boucher de Perthes, de son vrai nom Jacques Boucher de Crèvecœur de Perthes (1788-1868), Directeur des Douanes, plus connu en tant que Préhistorien français, considéré comme le père de la Science préhistorique, reprend le témoignage de plusieurs historiens et intellectuels européens sur l’apport des Maures à la civilisation européenne et à l’Espagne en particulier.

C’est le cas de Jean Sylvain Bailly qui disait que "les nations de l’Europe divisées, occupées pendant des siècles à se déchirer, après avoir vieilli dans la barbarie, n’ont été éclairées que par l’invasion des Maures, et par l’arrivée des Grecs échappés à la prise de Constantinople ", ou encore Jules Barthélemy-Saint-Hilaire qui soutenait que "quelques siècles plus tard, c’était aux sciences et aux écoles de l’islamisme que l’Europe chrétienne allait devoir la moitié de ses lumières. Au XIe et au XIIe siècle, l’Espagne, livrée aux Maures, instruisait le reste du monde après s’être instruite elle-même aux monuments de la Grèce ". Cette histoire médiévale fonde en partie l’histoire des relations modernes entre l’Espagne et la Mauritanie, les Canariens ayant longtemps vécu des richesses halieutiques et firent de Port Etienne un port d’attache.

C’est par cette même mer, longtemps trait d’union entre les deux peuples, que les nuages d’une mini discorde amoureuse cherche à s’immiscer discrètement. Une scène de ménage qui fait pousser ces jours-ci la grogne des marins mauritaniens, débarqués des bateaux de pêche espagnols, sous prétexte que les récents accords de pêche signés entre la Mauritanie et l’Union européenne, les lésaient. Un coup de maître que le président Mohamed Ould Abdel Aziz s’est gargarisé en déclarant au cours de la fameuse "Rencontre avec le peuple ", le 5 août dernier à Atar, qu’il a réalisé la prouesse d’engranger pour la Mauritanie pour un contrat de 2 ans, 115 Millions d’Euros, là où en quatre ans de surpêche, la Mauritanie ne recevait que 84 Millions d’Euros, sans compter l’exploit d’avoir imposé un quota de 60% d’équipages mauritaniens au lieu de 15%, de réduire la zone de pêche à 20 Miles, d’avoir interdit la capture des céphalopodes et d’avoir imposé le débarquement d’une partie des prises en Mauritanie.

Le gouvernement espagnol, à travers le renouvellement des accords de pêche avec la Mauritanie, et pour lequel elle a usé toute sa diplomatie au sein de l’Union européenne, cherchait plutôt à sortir d’une crise économique et financière léguée par le pouvoir socialiste, pour éviter le syndrome grec. Elle voyait ainsi compromise l’idée de renflouer ses activités de pêche qui représentent en réalité une importante mamelle dans son économie, d’autant qu’elle compte la plus grande flottille européenne opérant en Mauritanie (60 bateaux sur un total européen de 110 bâtiments). Aussi, a-t-elle vigoureusement contesté les récents accords qui allaient selon elle à l’encontre des intérêts européens. Récemment, son ministre de l’Agriculture, de la pêche et de l’alimentation, Miguel Arias Canete, a annoncé que son pays allait user de tout son poids au sein de l’ensemble européen pour la révision des nouveaux accords de pêche avec la Mauritanie. Mécontents, les Espagnols opérants dans le domaine de la pêche et de la conservation à Nouadhibou ont fermé leurs usines et chassés leurs marins mauritaniens, créant une vive tension sociale.

Pourtant, la mer n’est pas le seul domaine des relations privilégiées entre les deux pays, la Mauritanie jouant depuis des années et à titre presque gracieux, le rôle de gardien des côtes espagnoles en interceptant les immigrés clandestins désirant rallier les Iles Canaries, conformément aux relations de coopération établies en 2003 à Madrid concernant les domaines relatifs à la sécurité, la lutte contre l’immigration clandestine et la coopération militaire. L’Espagne aide également la Mauritanie dans le processus démocratique, l’ancrage de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance, la réforme de la Justice, l’appui institutionnel, en plus de prêts à taux concessionnels du Fonds d’Aide publique espagnol qui s’élèvent à plus de 80 Millions d’Euros. Plusieurs traités d’amitié et de bon voisinage lient également les deux pays, affirmant davantage le caractère stratégique des rapports qui unissent la Mauritanie à l’Espagne. Alors, pas de quoi en faire du boucan, pour une tête de poisson mauritanienne.

Cheikh Aïdara
Pour l'authentique
Mamoudou Kane


              

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