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Mauritanie : Destin inachevé


Actualité
Vendredi 25 Mai 2012 - 16:18

Mon pays est un éternel recommencement… Une succession de ruptures, un long chapelet de promesses non tenues, un enchainement d’idéaux introvertis. La colonisation ne fut qu’une mésaventure accidentelle et éphémère. Soixante ans à peine…Et puis rien ne resta…Ni infrastructures, ni administration…La résistance exista. Trois décennies, peut-être, un peu plus. Et le feu s’éteignait. Un semblant de vie politique s’essayait… Quelques partis, l’UPM, l’Entente, le PRM , l ’ AJM, l’UNM, la Nahda .. Et ce fut le nouvel Etat. Rétrospective.


Mauritanie : Destin inachevé
Des hommes, des convictions, une vision et beaucoup d’ardeur. On pose les jalons de la nouvelle République. Avec elle, le Parti voyait le jour. Toute autre formation politique disparait. Et tout finira par être soluble dans le PPM : l’état, l’administration, les notables, leurs tribus, leurs cantons, la femme et la jeunesse…

Elle grogna pourtant, cette jeunesse, ébranlant quelque peu l’ordre établi, apportant, important certaines idéologies et beaucoup de fraicheur, cultivant à l’efficacité, le goût de la clandestinité. Et puis c’est la désintégration. Une partie s’intègre, l’autre hiberne.

Malgré les vicissitudes, la silhouette d’un Etat pointait. Une monnaie, la nationalisation, une présence régionale marquée et une surprenante aura internationale. Malgré la guerre, la sécheresse, les famines, quelque chose s’entreprenait.

Dix-huit ans et tout s’écroule. On remet les compteurs à zéro. Et la vie défile, désormais, au rythme de la musique et de la marche militaires. Nos vaillants officiers mettront quelques années à nous choisir «le meilleur» parmi eux. Quatre chefs, en six ans. Le cinquième aura le trophée. Et c’est parti pour vingt ans.

Deux décennies colorées. Nous en verrons de toutes les couleurs. Le gris notamment, le rose aussi et malheureusement, le rouge-sang. Notre officier marquera son époque. Il nous offrît notre « processus » … démocratique, bien sûr ! Et revoilà les partis. Là aussi toutes les couleurs fleurissent. Mais, le blanc ne tardera pas à prendre le dessus, avec sa diagonale bleue, bien entendue. Le parti-Etat, renaît de ses cendres.

Et la presse. Beaucoup de journaux, sortis on ne sait d’où, ni comment. Et on nous créa une opposition. Cet autre mirage, qui envahit notre vécu et préoccupe nos esprits ملأ الدنيا و شغل الناس.
La grande erreur de notre vaillant officier de chef, ou peut-être, sa grande prouesse était de nous faire croire, que le pouvoir se gagnait par un moyen, autre, que les chars et le fusil. Nous y avons cru, certains y croient encore, tant pis pour eux, tant pis pour nous.

Désormais, nous avons notre bipolarité. Le pouvoir, l’opposition. Le bien, le mal, ou vice versa. Cela rend les choses simples, claires, cela fixe les frontières, qui, pour autant, n’empêcheront point une grande mobilité. Qui pourrait priver des nomades de leur ancestrale transhumance, fusse-t-elle politique?

Et puis, une nuit, les chars reparleront. Non !! C’était une fausse, quoique douloureuse, alerte. C’était, surtout, un prélude. On attendra le prochain déplacement du chef. Et le pouvoir changea de main. Et par l’unique moyen qui vaille, la force, militaire bien sûr.

Le nouveau, ou les nouveaux, nous offrent notre première transition. Nous aimons bien croire, nous y crûmes. Palabres, conférences, congrès, assises. On parlera de tout, le passif humanitaire, la constitution, la commission des élections, les observateurs, la parité, l’indépendance de la presse. Tout, sauf l’essentiel: le pouvoir, qui le détient et qui le détiendra?
On s’en tiendra aux promesses données. Aucun des officiers du moment, ne briguera le mandat en vue. Cela satisfait une certaine classe politique. Mais cela déroute bien une autre. Le peuple lui, est désormais plus avisé, plus subtil. Il attendra le choix qui compte. Celui des militaires. Il l’aura. Il l’adoptera. Circulez…y a rien à voir.

Le nouveau venu, venant de loin, n’aura ni le temps, ni le recul, ni l’adresse, pour comprendre. Lui, aussi, a cru. Quelle veine, s’il aurait vu juste. Un septuagénaire, qui n’avait aucun passé connu de combattant politique, et qu’on allât chercher pour se faire élire président d’un Etat croulant, depuis trois décennies, sous le poids d’une âpre lutte pour et autour du pouvoir.
Cela n’empêchera pas nos politiciens, les plus hardis et les plus pressés, de le rejoindre, cherchant une place au soleil. De l’autre coté, on lui prépare déjà sa place dans l’ombre.
Le pouvoir revient à qui de droit et par les moyens qui conviennent.

Deuxième transition. Accords, désaccords, Kadhafi et puis Dakar.

"Notre classe politique, notre opposition démocratique, nos révolutionnaires, souhaitent, attendent, ou travaillent désormais pour le prochain coup d’état".
"Notre classe politique, notre opposition démocratique, nos révolutionnaires, souhaitent, attendent, ou travaillent désormais pour le prochain coup d’état".
Et on recommence : Elections. Notre histoire avec les élections, se résume à un adage : عند البطون تذهب العقول ( sous la pression de l’estomac, se perd la raison). Dès qu’une élection est annoncée, on fonce. L’opposition n’oublie jamais ses conditions sacrées : les gages de transparence, l’encre indélébile, les observateurs, la commission électorale…etc.
Ils auront tout, avec en prime, le ministère de l’intérieur, ceux de l’information et de la justice et bien d’autres.

Chacun des ténors de l’opposition, se voyant déjà président, n’avait nullement besoin de s’unir ou de soutenir son frère ennemi. Pourquoi partager un pouvoir quasi acquis?
Urnes. Résultats. Et douche froide…

Le peuple cette fois l’a joué court. Même pas de prolongations. Même pas de second tour. Une pièce en acte unique. Le peuple est allé à l’essentiel. Le pouvoir va, où il doit-être. Là, où il était. Là, où il demeurera. Le reste n’est qu’histoire de partis, de classe politique, de démocratie, d’alternance, de transparence. Cela ne remplit pas une marmite (Ma igi vel margen). C’est juste pour occuper, et ; au mieux distraire les gens de Nouakchott ( emrad ehel Nouakchouuut).

Beaucoup de mécontents tout de même. Et ils vont bien le faire savoir. On leur a volé leur victoire. On leur a imposé leur défaite. L’enfer c’est les autres. Eux, angéliques et crédules, ne sont responsables de rien, ne sont comptables de zut…

Tergiversations tout de même. On hésite. Yeux doux pour le pouvoir. Recherche de dialogue. Et l’opposition fait ce qu’elle a toujours fait. Elle se déchire. Une partie négocie, l’autre boude.
Ailleurs, c’est déjà le printemps. Ici, la sécheresse menace. Mais, puisque, dans des contrées lointaines, il pleut, pourquoi ne, pleuvra-t-il, pas ici, durant l’automne? Et on le nommera printemps ! C’est la nouvelle loi climatologique en vogue chez nous.

Nos civils veulent désormais le pouvoir, à eux seuls. Exit les militaires. Comment, quand, et par quels moyens ? Peu importe. Selon quelle logique ? Quel rapport de force ? Peu importe. Combien, peuvent- ils aligner, de divisions, comme disait Staline à Laval, au sujet du Vatican? Peu importe. Ils veulent le pouvoir, et maintenant. Pour en faire quoi ? Peu importe.
Entre temps, on critique le gouvernement, on demande des comptes aux militaires, au président. Personne ne pense en demander, à cette classe politique, qui, trente ans durant, a servi de versant à tout ce que les militaires ont entrepris, ou ont, plutôt, manqué d’entreprendre.

Elle a soutenu leurs coups d’état, défendu leurs politiques, fait et défait leurs majorités, participé à leurs gouvernements, de transition et de non-transition. Elle a dirigé leurs parlements, leurs oppositions démocratiques, leurs commissions électorales. Le peuple, lui, a, depuis longtemps, compris. Tout ceci n’est que jeu et imposture. L’expression des urnes en témoigne. Il n’y croit plus. Et d’ailleurs ses soucis sont ailleurs. Mais qui s’en soucie.

Le drame c’est que nos politiciens ont enfin compris que le peuple a compris. Cette fois, il n’est plus question d’élections, ni de commissions, ni d’observateurs… Ils veulent la révolution. Une révolution à la tunisienne, comme ils disent. Traduisez : Ils souhaitent que l’armée, « dépositaire en dernier recours de la légitimité nationale » reprenne le pouvoir (comme si elle l’ait cédé un jour) et le remette aux civils. Ignorant l’histoire politique et la place de l’armée en Tunisie. Feignant d’oublier notre histoire, à nous, avec les militaires et avec la politique. C’est là où nous en sommes.

Notre classe politique, notre opposition démocratique, nos révolutionnaires, souhaitent, attendent, ou travaillent désormais (qui sait ? ) pour le prochain coup d’état. Ce qu’ils ont raté, avec le premier officier, avec le second, avec le troisième, le réussiront, peut-être, avec un nouveau. Basta !!
En attendant le prochain coup, les menaces de sanctions internationales, les pressions de l’Union Africaine, la prochaine transition et son lot d’élections et d’observateurs… vivement le printemps! Mon pays est un éternel recommencement.

Abba ould Mohamed El Moctar
Source: www.rmibiladi.com/fr
Mamoudou Kane


              

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