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Mauritanie: Démocratie non constitutionnelle


Tribunes
Dimanche 22 Mars 2015 - 16:00

Ces derniers temps, en l’absence de communication éclairant l’opinion publique nationale, et notre public national sans opinions, la rumeur s’épanouit, se développe, et se ramifie.
Certains parlent, arguments divers à l’appui, que nous nous acheminons vers une ‘’Medvedisation-Poutinisation’’ du pouvoir. Pour ce faire, ils évoquent la mutation de notre cher régime présidentiel, en un système parlementaire qui accorderait des pouvoirs élargis à celui qui deviendrait notre Poutine National, et des prérogatives de sous-fifre à celui qui accepterait une Medvédisation sans date de péremption.


Mohamed Ould Abdel Aziz (à droite) et Mohamed El Ghazouani (à gauche)
Mohamed Ould Abdel Aziz (à droite) et Mohamed El Ghazouani (à gauche)
D’autres supputations parlent de changements constitutionnels qui ne limiteraient plus le nombre de mandats présidentiels, et les mêmes fameuses et plausibles rumeurs, évoquent aussi, l’ouverture de l’âge de candidature jusqu’au transport vers la sépulture.

Les tenants de la première thèse mettent en avant la réussite du système expérimenté par les hommes fort (Poutine) et faible (Medvedev) de Russie. Cette dernière, finalement, ne s’en porte que mieux !

Les tendances favorables à la non limitation du nombre de mandats qu’un Président peut « effectuer », et l’âge limite en deçà duquel un candidat peut se présenter ou être « présenté » à la présidentielle, qualifient les dispositions actuelles, en la matière, de notre loi fondamentale de non démocratiques. En cela, ils ne manquent pas d’arguments.

Ces chantres de la démocratie estiment qu’on ne doit pas, dans notre cas particulièrement, interrompre l’élan, à pas de super géant, de l’œuvre salutaire et grandiose de construction nationale, en cours dans le pays. Pour ce qui est de l’âge, ils donnent des exemples qui me laissent bouche cousue :

Aux pétromonarchies du Golfe, c’est la gérontocratie qui est à la mode démocratique locale. Vous n’avez pas vu la communauté internationale accourir à Ryad, Capitale de l’Arabie Saoudite, pour donner la bénédiction au Roi octogénaire qui venait d’enterrer son quasi-centenaire de frère, et avait aussitôt distribué les postes clés ou sensibles entre ses fils, frères, et gendres ?
Ils vous avancent aussi les exemples des élections tunisiennes qui ont produit un vestige du ‘’Bourguibisme’’ appelé Beji Kaid Essebssi, et le cas du Zimbabwe, où le vieillard Mugabe, vient de nous arracher la Présidence de l’UA pour la cumuler à l’éternelle présidence de son Pays. L’exemple le plus ‘’convaincant’’ était celui de l’Algérie, présidée par un épouvantail, une momie, ou un certain Bouteflika, Président à perpétuité, dont on parlait , pourtant, comme brillant ministre des affaires étrangères de son pays avec Houari Boumediene au début des années 70 du siècle dernier.
Dans les deux cas de figures, ou dans un éventuel troisième hybride et composite associant les deux, il serait nécessaire d’organiser, au moins, un référendum. Certains parlent même d’élections anticipées.

Et c’est tout ce que je voulais qu’on évitât. Un référendum, des élections législatives et municipales qui, sans doute, seront suivies par le renouvellement, cette bonne fois-ci, des trois tiers du Sénat. Ensuite, viendra, de nouveau, l’inévitable et totalement inutile échéance Présidentielle.

Nous continuerons ainsi dans un cercle vicieux, à jouer à une démocratie du faire-semblant. Rien que pour plaire aux occidentaux. Ils savent bien, nos chers occidentaux, que la démocratie n’est pas faite pour nous. Que nous ne sommes pas mûrs pour ‘’leur’’ démocratie, et que celle-ci n’est pas adaptée à nos réalités socioculturelles..

Il faut que nous ayons le courage de le leur dire clairement et fermement. Nous sommes encore une société tribale, dirigée par des autorités traditionnelles, dont le pouvoir ne pourra être réduit que lorsque les structures de gouvernance sauront assurer convenablement leurs fonctions et assumer pleinement leurs responsabilités.

Je ne veux pour preuve de l’état d’esprit ambiant, que les organes de presse officielle. Vous pouvez les consulter, les écouter, et regarder. Vous y trouverez, qu’au cours de chaque étape de sa visite-marathon actuelle, « Le Président a été accueilli, entre autres, par les notables ».

C’est tout simplement scandaleux. En démocratie, le seul notable, en principe, c’est la loi dans toute sa rigueur.

Avec cet état d’esprit, et ces méthodes d’un autre âge, pourquoi se préoccuper d’élections si ennuyeuses et particulièrement coûteuses. Surtout que, si elles peuvent être transparentes, elles ne peuvent aucunement être libres, dans un pays dont la quasi-totalité des citoyens vivent sous le seuil de la pauvreté ? Un pays de pauvres, présidé par le « Président des pauvres ». Comme c’est ainsi qu’il préfère se faire appeler, on peut en déduire que le Monsieur est totalement fauché. Pas un rotin dans les poches. Pas un sous dans les coffres. Absolument rien dans les banques autant nationales, que celles devenues trop bavardes de la Confédération Helvétique. C’est peut-être pourquoi, ses opposés n’arrivent toujours pas à comprendre que, par pure pudeur, il n’avait pas voulu déclarer des biens insignifiants, et peu significatifs.

Moi, pour clore ce débat stérile, j’ai une proposition à la fois simplement démocratique, et démocratiquement simple. Mais, tenez-vous bien, elle sort de l’ordinaire. Il m’arrive de ne pas suivre les sentiers balisés, si je les trouve trop sinueux. En effet, j’ai constaté que le « copier », en démocratie, ne « colle » pas toujours.

Vous n’êtes pas dupes pour comprendre que, depuis le sommet de « la Baule » et le célèbre discours qu’y avait prononcé François Mitterrand, nous jouons à la mimique politique. Raison pour laquelle, depuis lors, nous tournons en rond dans quelque chose qui ne nous a menés à rien, et que nous n’arrivons même pas à dénommer de façon consensuelle. Certains l’appellent « l’opération démocratique », d’autres préfèrent « le processus ». Mais je crois qu’ils ont tous tort. Une opération ça réussit ou ça crève, et un processus a toujours un aboutissement.

Non, chez nous, ce n’est ni l’un, ni l’autre. Raison pour laquelle nous devons trouver des solutions originales, fruit de notre imagination. L’inconvénient est que cette dernière est mieux fertile lorsqu’il s’agit de créer des problèmes, que quand il faut trouver des solutions. En termes plus dévoilés, nous sommes plus malins qu’intelligents.

Après une lecture attentive de la situation -comme disent tous ceux qui veulent changer de parti et rejoindre l’UPR- je crois être parvenu à des conclusions objectives et des solutions réalistes.

Naturellement, les solutions sont échafaudées à partir de la capitalisation des expériences du passé sous toutes ses formes (simple, composé, imparfait..). La plus édifiante étant celle de la mémorable année 2009, au cours de laquelle nous avons négocié un virage très serré de notre histoire.

Tout d’abord, il faut supprimer la Constitution. Pas moins. On peut constituer un Etat sans ce qu’on appelle la loi fondamentale. Surtout si, après plus d’un demi-siècle, elle n’a rien fondé. Le Royaume Uni et L’Etat d’Israël, n’auraient pas, semble-t-il ce genre de documents particulièrement ennuyeux à la lecture, et difficile au décryptage. Chaque chapitre ou article vous renvoie à un autre pour que vous vous perdiez et pour de bon. En la supprimant, nous ne serons plus dans le besoin de la tripatouiller souvent, et susciter ce tollé hypocrite d’indignation d’une opposition qui, si elle était au pouvoir (touchons le bois), n’aurait pas hésité à l’amender, et les mises en garde complices des puissances étrangères.

Ensuite, il va nous falloir supprimer les partis politiques. A l’examen de leurs «programmes », on se rend compte que c’est une supercherie. Ils ont le même. Autant dire, ils n’en ont pas du tout !

Pour remédier à cette situation, je n’ai pas trouvé plus judicieux que de réinstaurer le parti unique. Et pour couper la voie à toute interprétation tendancieuse, il sera le parti exclusif du pouvoir, et celui du pouvoir exclusif. D’ailleurs, l’indésirable terme « inclusif » ne fera plus partie de notre vocabulaire, et disparaitra de tous les dictionnaires du pays. Pour que le parti soit discipliné, plus structuré, et mieux équipé, il sera placé, civilement, sous la houlette de l’institution militaire.

On ne convoquera plus un collège électoral. Plus d’élections, malgré qu’elles aient l’unique et magnifique avantage de constituer une occupation pour les populations qui leur évite de penser à leurs véritables préoccupations. Pour simplifier nos institutions et les rendre plus efficientes, plus proches des citoyens, et à même de mieux les servir, nous allons adopter les mesures suivantes :

(i) ériger les conseils municipaux en assemblées de notables, dont les membres seront désignés par mésentente cordiale entre les différentes tribus, sensibilités et ethnies;

(ii) les parlementaires, qui ne seront que des doublons des ministres, seront désignés par suffrage très direct de « l’institution présidentielle » : 50 % par le Président de la République et 50 % par la première dame. On aura ainsi contribué aux OMD (objectifs du millénaire pour le développement, et réglé ainsi le problème du genre, à propos duquel ces occidentaux nous harcèlent, politiquement parlant. Pourtant, chez eux, il devient de plus en plus un amalgame généralisé, et qu’ils ne manqueront pas, à terme, de globaliser.

La présidence de chacune des deux chambres sera assurée, à tour de rôle, par deux personnalités, de sexe indifférent, désignée, l’une par le chef d’État-major de la Garde Nationale, et la seconde par le commandant Général du GGSR (groupement général pour la sécurité routière), sous réserve de l’accord, même implicite, du Chef d’Etat-major des armées.

(iii) Maintenant, on passe à la chose sérieuse : « L’institution Présidentielle ». C’est simple, comme du Zrigh à boire. Pas besoin de RAVEL, ni de campagne. Vous savez que, lors d’une visite Présidentielle, toute la République se rassemble pour faire semblant de soutenir un programme qu’elle n’a jamais lu ou compris. On profiterait, MIDEC, CENI, observateurs ONU, UA, UE, OIF… etc, et on fait un scrutin par acquiescement, acclamations, hochement de tête, levée d’un doigt (indexe exclu, par politesse). C’est simple, facile, et pas cher. Pas de bulletins contre, nuls, ou blancs. Pourquoi ne pas saisir l’opportunité de la série de visites enclenchée maintenant avec les deux Hodhs ? Il parait que la « Direction nationale » va sillonner toutes les Wilayas (Régions). Je propose qu’on fasse notre symbolique et historique scrutin à Aleg. Ainsi, ça sera une sorte de pichenette à Lemden, qui se situe à quelques empans, seulement, de la capitale du Brakna !

Une fois le plébiscite constaté, tous les organes sus cités, à part les internationaux qui rentrent chez eux, s’auto dissolvent immédiatement et définitivement. On n’a pas l’intention de renouveler le scrutin. Ces résultats engageraient tous les citoyens de la République, et pour toujours. On n’a pas l’intention de refaire des «processus » ou des « opérations », recevoir des observateurs qui ne voient jamais que ce qu’on veut leur montrer, et ne disent que ce qui ne peut pas mettre en doute la régularité des scrutins.

La présidence sera à vie, héréditaire par descendance directe, ou testament notarié. On n’a plus l’intention de tomber dans le piège de l’incompréhension terminologique qui nous a fait tant de mal. Nous, du temps du télégraphe, on recevait de l’argent qui s’appelait « mandat ». Depuis, dès qu’on nous parle de mandat électoral, on fait toujours confusion avec l’autre, sonnant et trébuchant qui nous venait de loin, et dont on avait fort besoin.

Ce mode opératoire aura l’avantage, entre autres, d’éviter de jouer aussi bien les prolongations, que les tirs au but. Même amis.
Quant à la composition du gouvernement, des autorités centrales et régionales, elles feront l’objet de dispositions ultérieures, selon le bon vouloir de l’Institution Présidentielle.

Consultable ici aussi : http://bit.ly/1MROE8B
Debellahi Abdeljelil


              

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