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Maurichronique : Sac à rire et à pleurer


Tribunes
Lundi 1 Juillet 2013 - 23:29


Maurichronique : Sac à rire et à pleurer
Sur le saccage du journal Biladi, on a vu des réactions et des réactions. Il y a les partis politiques, qui ont défilé. Bien sûr, pour leur plaire, on leur a dit, c’est la personne que vous connaissez, qui a orchestré ces actes de vandalismes. Ils ont bu un verre de thé. Un verre d’eau. Deux graines d’arachides. Trois graines pour les moins pressés parmi eux. Et, ils sont repartis très contents et satisfaits, qu’il demeure encore fidèle à sa propension subversive. Une raison supplémentaire de le maudire sur la scène publique. C’est quoi une mise à sac d’un petit bureau, d’un petit journal, par rapport à un coup d’Etat ? Rien.
 
Je les vois, d’ici, de mon siège presque quotidien, défiler. Je les vois serrer les mains de tous. Du sympathique planton, qui prépare le thé, au maquettiste, à l’intrus buveur de thé, à moi-même. Ils sourient à tout le monde. Ils ne savent pas qui fait quoi. Mais, ils sourient quand même. Les gens de l’opposition. On ne sait jamais, peut-être, si c’est la bonne personne. C’est une formalité sociale. Comme rendre visite à un malade. Ou venir grossir la file d’un cortège funèbre. Ce sont des choses qu’on sait faire, ici. Sans y donner le cœur. Ni l’âme. Ni l’esprit. C’est une manière de marquer sa présence, son existence, sinon sa survie.
 
Ils me font bien rire, nos partis politiques. Nos opposants les premiers. Ils osent se mobiliser pour un journal dont ils ne connaissent strictement rien. Ils ne savent même si c’est écrit en chinois ou swahili. Ils n’ont jamais lu un article du journal. On a réalisé, ici –même, dans les colonnes de ce journal, bien des enquêtes, sur des thèmes et questions brûlants de la vie nationale. On a fait un dossier sur Kinross-Tasiast, sur la magouille qui s’y faisait et s’y fait toujours. Jamais un parti d’opposition ne s’était intéressé à ces questions. Ils me font rire. Un rire jaune. Nos opposants.
Rires…
 
Ceux de la majorité, ils me font pleurer. J’ai pleuré deux journées durant. De vraies larmes de la majorité. Qui se confondent. Comme se confond son parti et son ministère de la communication. De l’amertume en substrat. J’imagine.
Notre tutelle. Le ministre, très pris. Il n’a pas un instant sur son agenda. C’est pourquoi, il a dépêché deux délégations, deux jours de suite. Je trouve que c’est exagéré. C’est pourquoi, je n’ai pas trouvé en dehors des larmes, qui ont jailli de moi, un mot à dire. La première délégation. C’était un couple. Enfin presque. Un bonhomme et une femme. Visiblement. Tous les deux. Ils le sont même séparément. Gentils. Ils étaient porteurs de mots comme solidarité, sympathie, soutien. D’un ministre de la communication envers un journal comme le nôtre, je lui trouve un nom. Enfin pas moi, que le lui trouve, le bon sens. Ça s’appelle la langue de bois. Les deux émissaires étaient porteurs de la langue de bois du ministre. Pas toute sa langue. Seulement, une partie. Celle qu’il a réservée à Biladi ce jour-là.

Puisqu’il en a, une autre. Et encore une autre, et une autre. Une autre, il ira nous la  faire parvenir la journée suivante avec un autre porteur de langue de bois ministériel. Celui-là, l’émissaire, un gars sympathique, avait un carnet. Il était accompagné d’une équipe de l’agence mauritanienne d’information, pour couvrir l’événement. Répandre la langue de bois. Dire la solidarité et le soutien ferme apporté par le ministre à un journal vandalisé, en début de la semaine, trois jours auparavant,  que ni lui, ni un quelconque haut responsable de son département n’a pu trouver un prétexte pour un déplacement, simple curiosité, voir la teneur des dégâts occasionnés par les inconnus assaillants.
Larmes…
 
Mais, il y a d’autres, qui auraient pu appeler, sinon passer au journal, pour exprimer leur soutien. Sans doute, ils ne pouvaient pas. Ils leur étaient impossibles de nous contacter. Car, ils étaient en prison. Oui. Ce sont les cambrioleurs, qui croupissent dans la prison de Dar Naïm. Ils n’avaient pas  de téléphones. J’en sûre. Ils en auraient ! Ils n’auraient pas de crédit pour pouvoir appeler. Pas comme le ministre de communication, qui en a, lui, du crédit.
Ces cambrioleurs auraient appelé et manifesté leur soutien indéfectible de cambrioleurs. Et dire qu’ils rameuteraient les siens, dans les confins de kebat Marbat, dans le Tarhil, pour  mettre la main sur ces salauds, qui tenteraient de ternir leurs mauvaises bonnes images de cambrioleurs.

Mouna Mint Ennass
pour Biladi
 
Noorinfo


              

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