Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Maurichronique : L’Histoire : De Damas à Nouakchott…


Tribunes
Jeudi 11 Juillet 2013 - 12:27


Maurichronique : L’Histoire : De Damas à Nouakchott…
Je m’en vais vous raconter une histoire, en ce premier jour du ramadan. Une histoire vraie. Et une vraie histoire. C’est l’histoire d’un érudit ; et d’un livre. Tous les deux, l’érudit et le livre, sont nés à Damas, en Syrie, entre le 5ème et le 6ème siècle de l’Hégire, le 12ème siècle de l’ère chrétienne. L’érudit s’appelait Ibn `Asākir. Cet éminent savant musulman, Shâfi'ite et théologien Ash'arite, s’était investi d’une mission : la production d’un ouvrage qui recense la biographie de tous les oulémas ayant vécu ou visité Damas. Ce fut l’œuvre d’une vie. Même s’il en avait d’autres. Celle-là, il la paracheva au crépuscule de sa vie, grâce à la collaboration précieuse de son fils. Le livre, qui alla porter le nom de Târikh Dimashq l’Ibn Asâkir (l’Histoire de Damas d’Ibn AsâKir) fut rassemblé en quatre-vingts tomes.

L’un des nôtres, un érudit vivant le plus beau de son temps dans sa brousse, auprès de ses disciples, essayait depuis bien des années de contenir son impatience et son désir ardent de pouvoir disposer d’un exemplaire de cette œuvre majeure. Un soir, il n’y a pas longtemps, il apprend que le livre rêvé est désormais disponible en librairie. Celle qui se trouve au marché de la capitale Nouakchott. Au petit matin, il est déjà en face de son emprunteur pour le montant de deux cent mille ouguiyas, nécessaire pour l’acquisition de l’ouvrage. Il se procure un véhicule pour le conduire dans la librairie.

A l’approche du marché, il voit tout ce monde qui s’agite. Des taxis qui klaxonnent. Des charretiers qui hèlent. Des intermédiaires cambistes qui se frottent les doigts du geste évocateur des comparses voyous dans les films à dix sous : cet aller retour frénétique du pouce sur l’indexe. Des marchands ambulants sénégalais qui insistent à vous donner des croutes. Des filles qui courent et parlent haut et fort, portables scotchés à l’oreille, à des interlocuteurs lointains, voire improbables. Des vendeurs de méchouis, graisses ruisselantes jusqu’aux aisselles et yeux rouges, qui riaient et tapaient les pieds sur le sol. Des voix… des voix jaillissant de partout et de nulle part qui proposaient des choses et chaque chose pour cent ouguiyas…. une monstrueuse cacophonie.

L’émotion était double. La crainte que le livre d’Ibn Asâkir s’épuise. Puisque toute cette excitation autour du marché avait un sens, et un seul, pour l’érudit de chez nous. C’était pour acquérir l’Histoire de Damas d’Ibn Asâkir ; elle l’était aussi puisqu’il était également fier de sa capitale, de son marché central, et des gens qui gravitent autour pour se procurer une telle œuvre.
Arrivé à la librairie, le sentiment de crainte prenait le dessus, au fur et à mesure qu’il avançait. Il était le seul visiteur de la librairie. Et cela lui faisait encore plus peur. Avec toutes ces voix qui criaient, ces huiles qui ruisselaient, ces filles qui papotaient, il y a lieu de craindre le pire. Et, le pire était, bien entendu, l’épuisement de l’œuvre majeure d’Ibn Asâkir.

Tiré de son assoupissement, le libraire sursaute à l’entente des pas qui s’approchent. Il était en train de somnoler. Une raison supplémentaire de consolider les inquiétudes de l’érudit. Il souriait, le libraire. C’est un prélude à un désolé de politesse, pour agrémenter la rupture de stock d’une œuvre majeure.

Târikh Ibn Asâkir ! Jubilait le libraire. Il est bien disponible. Toute la commande demeure intacte. Vous êtes le premier à le demander. Ravi d’avoir eu, enfin, un exemplaire de l’œuvre de l’érudit de Damas, notre savant s’éloigne du marché, à bord du véhicule, en compagnie des quatre-vingts tomes. Et les voix le poursuivaient, assourdissantes ; l’étouffaient aussi les odeurs des viandes cramées, des teintures et peintures de mauvais grade et des fruits corrompus. Et le poursuit insidieusement le bruit subtile mais très persistant du claquement et du frottement des doigts qui racolent, qui gesticulent pour vous demander de changer des sous contre d’autres sous…

Bon ramadan quand même…

Mouna Mint Ennass
maurichronique.blogspot.com
Noorinfo


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
En clair
Inscription à la newsletter