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Maurichronique : L’Aumône du Patriarche


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Jeudi 8 Mars 2012 - 01:49

La décision présidentielle était tant attendue. Elle n’était pas des plus élégantes, parmi les décisions présidentielles qui savent rivaliser, à merveille, dans la sphère de l’inélégance. Mais elle était nécessaire. Vitale et nourricière, elle l’était, pour mon Président, en tout cas.


Maurichronique : L’Aumône du Patriarche
Privative et dégradante, elle l’était, pour les ministres. La décision. L’inspiration était venue à mon Président pendant qu’il s’adonnait à ses lectures favorites. C’est toujours comme ça, chez mon Président. Au cours de chaque lecture, une inspiration s’impose à lui. Et mon Président est un grand lecteur. Et les inspirations présidentielles sont aussi profondes que les décisions qui les enfantent sont grandes.
 
Il lit chaque jour des tonnes d’œuvres majeures de sa littérature présidentielle. Le classique littéraire que mon Président lisait, ce jour-là, avait pour titre quelque chose comme Facture Téléphonique des Ministres de la République. Une célèbre œuvre, semble-t-il, publiée chez la prestigieuse maison d’édition Mauritel.  A la dernière page, se pointe l’inspiration, suivie de la décision.
 
Ce sont des voyous, ces ministres, marmonna-t-il, dans un soliloque, où la mauvaise humeur le disputait à la bonne humeur. C’est ainsi qu’une décision présidentielle devait naître d’une inspiration littéraire. La mauvaise humeur, d’abord, qui se manifeste, lors de la lecture du passage qui, dans une œuvre présidentielle, confère, aux yeux du président, l’infime confort dont jouit un responsable. Mon Président n’aime pas voir le confort chez ses collaborateurs. Au contraire, il se délecte, en les voyant si diminués, si amoindris, éternellement dans le besoin, le plus primaire. La bonne humeur surgit, alors. ‘’L’homme rit’’.
 
Et la décision fut. L’Etat sursoit, désormais, à la prise en charge des communications téléphoniques ministérielles. Il rit. Il les voit, déjà, dans leurs heures de misères, pléonasme, heure, tout court, en train de biper leurs femmes, leurs enfants, leurs bonnes et leurs mauvaises. Il rit. Encore. Jouissif pour mon Président de voir l’un des ministres de la République biper son épouse. La République, pour mon Président, s’incarne-là, dans son expression la plus  exaltante, à travers un bip ministériel. Une certaine idée de la République s’affirme, chez lui. La République qui bipe.
 
Le livre des éditions Mauritel décrivait un confort insupportable. Des communications, révélées au détail près, qui font voyager le Président dans toutes les capitales du monde, dans toutes les bourgades du pays. Lui, qui n’aime pas les voyages, on le sait. On le sut, un jour d’août 2008, lorsqu’il s’employa à convaincre l’opinion que son prédécesseur était une hirondelle voyageuse. Un argument pertinent pour mon Président. Qui se refusera, plus tard, d’effectuer le moindre voyage à l’étranger. Il est cohérent, mon Président. Il est, bien évidemment hors de question de se faire embarquer dans des voyages virtuels, en poursuivant des communications téléphoniques faites, de surcroît, par ses ministres et que- paroxysme de la gabegie- la République est tenue de payer.
A chaque lecture, une inspiration, une idée qui nait, une décision qui se décrète. Les lectures ne sont, bien entendu, pas les mêmes. Autant de lectures, autant d’inspirations, autant de décisions. Il est des lectures, par exemple, qui ouvrent les portes de la prison de Dar Naïm. D’autres aboutissent à un ou plusieurs  limogeages. C’est selon. Il est des collections redoutables. La collection Bulletin de Renseignement, à juste titre, est un peu pour un général devenu président ce qu’est la collection Bande Dessinée, B.D, pour un ado féru des bibliothèques de jeunesse.
 
Mon Président s’essaie aussi à l’écriture. C’est évident. C’est le cheminement logique de tout lecteur professionnel. Il serait en train d’écrire quelques textes d’une grande qualité littéraire. Il aurait même planté plusieurs décors romanesques. On parle déjà d’un, deux ou même trois titres en cours de production. Le plus avancé serait intitulé : L’Aumône du Patriarche.
 
J’essaierai les semaines à venir, si mon très discret complice de la présidence me fournissait quelques informations, de faire une présentation, même sommaire, de l’homme qui écrit…

Mouna Mint Ennass

  
 
 
 
maurichronique.blogspot.com


              

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