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Maurice Freund. Fondateur de Point-Afrique voyages: «Les vrais problèmes sont pour demain»


Lu sur le web
Mercredi 16 Janvier 2013 - 15:53

Point-Afrique a vu le jour en 1995. Maurice Freund, fin connaisseur de la région du Sahel, avait proposé aux protagonistes de la rébellion malienne (1990-1995) de mettre en place un vol direct France-Gao dès la fin des hostilités. C’est ainsi que le 20 décembre 1995 eut lieu le premier vol. En 1997, ce fut l’ouverture d’une liaison sur Sevaré (Mopti), puis en 2002 des vols directs sur Bamako. En 2009, Point-Afrique avait transporté 24 000 touristes au Mali ; c’était de loin le premier opérateur touristique du pays.


Maurice Freund. Fondateur de Point-Afrique voyages: «Les vrais problèmes sont pour demain»
- La France a-t-elle raison d’intervenir militairement au Mali ?

J’aurais préféré que ce soit l’Algérie qui pilote l’opération… Mais une intervention étrangère était nécessaire. Je comprends la prudence des autorités algériennes et apprécie leur neutralité bienveillante (autorisation de survol de l’Algérie). A présent – peu importent les sentiments – il faut aller au bout et éradiquer ce terrorisme intolérable. Mais ne pas oublier que les vrais problèmes sont pour demain : quel développement et quel degré de liberté accordés aux populations du Nord-Mali ? La guerre ne résoudra rien, mais permettra de repenser toute la problématique pour que l’ensemble des ethnies y trouvent leur compte. Opération bien plus complexe qu’une guerre dont l’issue reste encore incertaine. Et qui aurait pu être évitée si, il y a une dizaine d’années, on s’était penché sur les aspects sociaux avec un peu d’éthique.


- L’islamisme était-il une donnée visible lorsque Point-Afrique assurait des voyages dans cette région ?

Jusqu’en 2008, il nous est arrivé de croiser Mokhtar Belmokhtar et même Abderezak El Para avec lesquels nous prenions un verre de thé lors de rares rencontres. Il y avait une espèce de modus vivendi : pas de prise d’otage sur le territoire malien en contrepartie d’un laisser-faire. Le trafic de cigarettes, de drogue et des immigrés était connu de tous avec des complicités au plus haut niveau. De plus, des personnages comme Iyad Ag Ali ou Ag Bibi (son bras droit en 1995) étaient nos partenaires en 1995. Ag Bibi avait créé une agence de voyages (Afala). Le représentant de Point-Afrique au Mali était (et est toujours) Aroudeny Ag Hamatou, le frère de l’amenokal des Oulmeliden.

Nous étions parfaitement informés et avions des garanties. Mais bien entendu, la perception de la montée d’un islamisme était nette et en accélération. Mais déjà en 1995, nous croisions des prédicateurs wahhabistes venant du Soudan et même du Pakistan. Ils n’étaient pas agressifs et pratiquaient l’aide sociale de manière très efficace. Il est arrivé que l’un de nos propres guides rejoigne AQMI contre rémunération. Pour nous, en janvier 2011, la situation devenait irréversible. Une rencontre privée, en novembre 2010, avec ATT (alors chef de l’Etat malien, ndlr) à Mopti laissait apparaître une immense fatigue et de la désespérance. Notre relation avec ATT était franche et amicale. Je l’avais connu en 1991 et lui avais organisé sa première rencontre avec la presse française. Je ne suis – bien sûr – pas très objectif sur le président du Mali, mais je n’ignorais pas grand-chose de la terrible compromission entre les plus hautes autorités de l’Etat malien avec tous les maîtres du trafic. Les islamistes étaient totalement protégés. Seul Bahanga et son fidèle compagnon Hama (actuellement porte-parole du MNLA) étaient disposés à se battre contre les islamistes. Ceci explique cela. Pour lutter contre les rebelles touareg, on a accepté des alliances avec les islamistes. On pourrait en parler des heures…


- Pouvait-on déjà prévoir cette évolution vers le pire ?

Oui, bien sûr. ATT savait qu’il était dans une impasse et il attendait la fin de son mandat. C’est plus qu’une évidence. On n’avait pas prévu la fin d’El Gueddafi et l’arrivée massive d’hommes et d’armes qui allaient «bouleverser» et amplifier de manière exponentielle l’instabilité dans le Nord. La guerre en Libye a précipité un phénomène qui devenait irréversible. Sauf intervention de l’extérieur.


- Il y a quelques mois, Point-Afrique a arrêté ses dessertes du Mali. Est-ce pour des raisons de sécurité ?

En janvier 2010, pour des raisons d’insécurité, nous avons stoppé les vols sur Gao.
Début février 2011, pour les mêmes raisons nous avons stoppé Mopti. En octobre 2011, sur invitation de Boubey Maiga (qui est aussi un ami), alors ministre des Affaires étrangères, nous avons tenté de mettre en place un système de sécurisation des touristes autour du pays Dogon. Malgré le concours des plus hautes autorités du pays, il s’avérait que la situation devenait intenable. C’est donc bien l’instabilité sécuritaire et, bien plus, les tensions au sein de l’équipe dirigeante malienne qui mirent fin à l’activité de Point-Afrique. Le 22 septembre 2010, Point-Afrique a mis fin à la desserte de toutes ses destinations (Mauritanie, Niger, Sud algérien...) à l’exception de Mopti. Après l’incident de Niamey, en janvier 2011, Point-Afrique décide de stopper la totalité de son activité.

Walid Mebarek
El Watan


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