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Mariem Mint Derwich, chroniqueuse et poétesse : La bouée d'humour des Nous Z'Autres


Société
Lundi 23 Décembre 2013 - 09:26

Beaucoup la présentent comme une des héritières naturelles de feu Habib Mahfoud. Depuis plus de 15 ans ses chroniques sont autant de mares dans lesquelles, la neo-poétesse qu'elle est désormais, nous fait baigner hebdomadairement, les Nous'Zautres, ces "oublieux de leur histoire". Portrait d'une vraie grande dame, habillée de malice et d'intelligence.


Mariem Mint Derwich, chroniqueuse et poétesse : La bouée d'humour des Nous Z'Autres
En évoquant l'entretien d'Aziz accordé à trois médias français en avril 2012, et où moult bourdes furent dites, Mariem Mint Derwich concluait sur le président des pauvres : "Nous on a un Vrai homme, un Homme des Nous Z'Autres : il règne, il tranche, il juge, il est juge, il est ministre, il est chef d'Etat Major, il est père et mère, il est planton, il est homme d'affaires, il est guerrier, il est avocat, il est constitutionnaliste, il est expert en relations internationales, il est poète, pas encore écrivain, il est celui qui pardonne, et celui qui demande pardon, il est Petit Père de la Nation..... Il est la Rectification. Respect". Toute la chroniqueuse résumée en ces quelques lignes : ironie, humour, critique et analyse. Ce qui faisait dire à un Bâ, mangeur de Haricots, dans les commentaires à cette chronique qu'en "voilà une qui a des "c......s"". 
 
Et cela fait bientôt 18 ans, par le canal du Calame, dans cette colonne "Nouvelles d'ailleurs", que "notre Derwichette nationale" comme l'appelle affectueusement Ahmed Ould Cheikh, directeur de publication de l'hebdomadaire fondé par celui qui pourrait être vu comme le mentor de Mariem, pratique la critique par l'ironie. "Nous sommes tous un peu les "enfants" de Habib Ould Mahfoud. Mais Habib reste à part dans l'univers de la presse et de l'écriture en Mauritanie. Il avait un style unique, une culture immense, un amour de ce pays qui forçaient l'admiration. Par le biais de l'humour, parfois très noir, il avait ce "truc" magique qui faisait qu'il nous mettait face à nos réalités, nos perceptions, nos travers politiques... Il a su rassembler des mauritaniens de tous horizons. Rien ne pourrait remplacer les Mauritanides. Mais le hasard fait que l'humour est mon "Calame". Il ne faut pas pour autant chercher d'héritiers à Habib, même si il y a indéniablement une part de son héritage en moi, comme chez nous tous qui avons travaillé avec lui" se défend la "presque cinquantenaire", qui refuse la comparaison au fondateur du Calame.
 
"C'est une (grande) dame faite pour écrire, mais ce qui me frappe c'est qu'elle a mis du temps à oser se laisser écrire. C'est ce qui donne une épaisseur particulière à son travail. Ça reste un plaisir de la lire car elle nous offre une sensibilité, et nous fait participer à l'éclosion sous nos yeux d'une écrivaine en devenir" affirme Amel Daddah, proche de la "Derwichette".
 
Lettres et poésie 
 
Un destin littéraire dont elle a timidement tracé le sentier à travers son blog notamment, remarqué par le passionné de littérature mauritanienne, et fervent critique, Manuel Bengoechea, qui s'empresse de lui proposer d'en faire un recueil, qui sera sous peu édité aux maisons de la librairie 15/21.
 
"Du plus loin que je me souvienne j'ai toujours écrit. J'écris des poèmes depuis toujours, et j'ai commencé dans un certain anonymat à travers le blog milleetunje. Le poids de la société me semblait si lourd, qu'il est encore difficile pour beaucoup de femmes mauritaniennes, d'écrire "vrai"" explique la poétesse.
 
"Je sais que certains de mes textes peuvent choquer dans nos sociétés parfois sclérosées dans une pudibonderie hypocrite. En particulier mes poésies amoureuses, érotiques" continue-t-elle.
 
Le difficile métissage en Mauritanie 
 
Fille aînée de Brahim Ould Derwich, et d'une française Chantal Rafart, Mariem est une métisse mauritano-française qui a beaucoup "souffert", dans sa lignée mauritanienne, de ce métissage. Des croisements de destins à peine tolérés dans un pays qui s'enorgueillit de son "islam de tolérance" et rejette de facto le plus souvent ses enfants avec une part d'ailleurs ou de différent. Mais aujourd'hui elle estime avoir "réglé" cela. 
 
"Je suis issue d'une autre Mauritanie, celle d'avant 1975. Cette date marque l'entrée en guerre de la Mauritanie contre le Front Polisario. Pour moi il y a eu un avant, celui des lendemains des Indépendances et celui d'après 1975. Je suis née dans une capitale qui se construisait à la force des volontés politiques, dans une Mauritanie qui avait l'espoir de futurs meilleurs, où tous ses fils et filles, de quelques ethnies qu'ils soient, se sentaient citoyens d'une même et seule Nation. Quand je me retourne sur ces années, je me dis que nous n'avons rien "gagné", que nous avons perdu l'héritage des Pères Fondateurs de notre pays. Que la Mauritanie actuelle n'est pas "jolie jolie", c'est le moins que l'on puisse dire. Que la Nation Arc-en-Ciel, pour paraphraser Nelson Mandela, a perdu de ses couleurs. Que les mauritaniens ne vivent plus ensemble mais côte à côte, chaque communauté observant l'autre avec méfiance" développe tristement et longuement Mariem Mint Derwich. Une "méfiance" qui a mené au repli communautariste, et au rejet de l'Autre, à sa non-rencontre. Rejet marqué par un mépris presque ouvertement affiché des métis, à qui d'ailleurs légalement et officiellement l'état mauritanien ne reconnaît pas la double nature culturelle et originelle. 
 
"Elle a encore un compte à régler avec son identité mauritanienne qui lui en a fait baver, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais la question du métissage n'est pas le fond du problème, surtout par rapport à son écriture, et je ne sais pas si elle s'en rend compte" s'interroge Amel Daddah.
 
"A travers mes écrits, je me pose la question suivante : qu'est-ce qu'être une femme mauritanienne aujourd'hui, une femme musulmane, une femme "dans le monde", une femme africaine, une femme métisse, une femme tout simplement... Je suis métisse, douloureusement métisse, métissée à l'infini, descendante de tant de croisements, de cultures différentes, de passés multiples : catalane et occitane par ma mère, mauresque par mon père, élevée par un métis bambara/maure... Qui suis-je dans tous ces destins croisés?" S'interroge la chroniqueuse du Calame.
 
Un questionnement perpétuel né également de son éducation:
 
"Après le divorce de mes parents, j'ai été élevée par Mohamed Camara, lui-même métis Bambara Tajakent. Maison de métissage que fut la nôtre! Avec des métissages rajoutés à d'autres métissages : ce fut ma richesse. C'est lui qui m'a appris à prendre conscience du monde qui nous entoure, à tenir une certaine rigueur dans la réflexion, à m'ouvrir à autrui, à le respecter dans sa différence. Ma mère et Camara m'ont donné les clés de ma liberté en m'apprenant que le monde se devait d'être inerrogé, interpellé, que les choses ne sont jamais ni toutes noires, ni toutes blanches. Ils m'ont donné le goût de la lecture, de la musique, de la révolte" s'enthousiasme Mint Derwich, nostalgique.
 
Constat amer 
 
"Je la connais bien, mais je suis pourtant incapable de la cerner, sans aucun jeu de mots. Mariem est quelqu'un de particulier : une vraie métisse qui vit en France mais en même temps vit les problèmes de son pays d'origine, la Mauritanie. Pour s'en rendre compte, il suffit de jeter un coup d'œil sur ses chroniques au Calame dans lesquelles elle évoque la Mauritanie comme si elle y habitait à temps plein" évoque Ahmed Ould Cheikh, directeur de publication du canard le Calame.
 
Un sens de l'empathie et une implication entière dans les réalités sociale, politiques et économiques de ce pays, qui ne pouvaient pas donner lieu à un joyeux constat.
 
"Nous avons érigé nos déchirures en mode de gouvernance et en servitude mentale. Culturellement nous sommes devenus une nation oublieuse de ses passés. Depuis les années de sang (1989, 1990, 1991), nous vivons sur une fracture qui ne fait que s'accentuer : les incompréhensions des uns cultivant les incompréhensions des autres" décrit amèrement la métisse.
 
"Economiquement, malgrè le fait que nous ayons loué quasiment tout notre sous-sol à des compagnies étrangères, la situation est difficile. Nous sommes félicités macroéconomiquement par les bailleurs de fonds internationaux, mais la Mauritanie va mal pour ses habitants au quotidien" énumère-t-elle.
 
"Entre les rotomontades d'un patriotisme  exacerbé par certains partis politiques et les réalités, une chose est sure : nous avons perdu notre sentiment d'appartenance à une même nation. Et quand une partie des citoyens ne se reconnait plus dans son pays, c'est l'aveu d'un échec" déplore la blogueuse également.
 
"Nous payons encore les 21 ans de pouvoir de Taya. Les mêmes hommes qui servirent l'ancien dictateur sont toujours dans les rouages du pouvoir et de l'administration. L'armée a "capté" le pouvoir, biaisant ainsi toute tentative d'installation d'une démocratie réelle qui serait le reflet de notre société" s'insurge encore conclusion, l'amoureuse de rugby qu'elle est (elle a quand même été la seule mauritanie présidente d'un club de rugby en France), et fervente supportrice phocéenne et du FC Barcelone.
 
"Ma mère était une fille du sud de la france; elle m'a transmis l'amour du rugby. Puis mes fils ont été inscrits dans un club, plus petits. Je passe tous mes weeks-ends sur les terrains" se justifie-t-elle.
 
Aujourd'hui, encore pas dans la tendance, mais toujours dans la bonne direction, le poil à gratter du Calame jette l'encre de sa plume virtuelle sur les réseaux sociaux, où elle suscite débats et partage ses moments d'inspiration, entre ceux de sa "tribu', là encore virtuelle.
 
MLK
Mamoudou Kane


              


1.Posté par Ahmed Yedaly le 23/12/2013 11:58
Clin d’œil sur le portrait de Mariem
Deux hommes (Ahmed Ould Cheikh et Mamoudou Lamine Kane), et une femme (Amel Daddah) ont associé leurs observations et leur connaissance de Mariem Mint Derwich, pour nous l’offrir en…portrait.
Sous la plume, en roseau, par sa souplesse et son renouvellement, du jeune poète et écrivain, MLK, ce portrait nous permet, à « Nous Z’autres » de mieux connaître cette « R’Gueybiya » des temps modernes.
Je dis la mieux connaître, puisque nous la connaissions un peu avant ce portrait, mais probablement mieux après.
Nous la connaissions, d’abord par ses parents, biologiques et adoptifs.
En effet, qui de la génération d’avant 1975, année qu’elle cite comme référence, dans le petit Nouakchott de l’époque, n’a pas connu Brahim Ould Derwich, diplomate et nationaliste ?
Chantal, comme l’appelait avec beaucoup de sympathie et de respect, les anciens étudiants de Tunis, où Brahim était conseiller culturel, et, plus tard, ceux de la SNIM, où elle a fait partie de la première équipe qui a mis le géant d’aujourd’hui sur les rails ?
Camara, le fonctionnaire modèle, le Kori-Bidhani à l’eternel sourire et à l’esprit moqueur ?
Quand à la « Derwichette » d’aujourd’hui, qui surprend certains par sa connaissance et son attachement à son pays, la Mauritanie, il convient de rappeler que cet amour de la Mauritanie, elle l’a « tété » de sa maman, Chantale, qui a tant aimé ce pays au point, qu’un jour, à l’aéroport de Tunis, où un balayeur se pressait de faire disparaitre quelques sables laissés dans le Hall, par nos pèlerins en transit, à qui elle demanda de ne pas jeter ces sables, mais de les lui remettre.
Qu’est ce que vous voulez en faire, Madame, demanda le balayeur ?
« C’est une partie de la Mauritanie que je préfère amener à la maison, plutôt que de la voir jeter », lui répondu cette « Franco-Catalane ».

Un ami de la famille, fidèle lecteur des « bêtises » de Mariem

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