Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Marchés des dattes à Nouakchott: La guetna dans tous ses états


Société
Mardi 26 Juillet 2011 - 09:38

Dans moins d'une semaine ce sera le mois béni du Ramadan. Il coïncide, cette année, avec la période de la «Guetna», la saison des dattes. L’avant-ramadan est également pour les mauritaniens, synonyme de rattrapage du jeûne manqué pendant le(s) ramadan(s) passé(s). Pour ces raisons et pour d’autres, les coins réservés à la vente des dattes dans les marchés de Nouakchott constituent ces jours-ci la Mecque des acheteurs. Chacun voulant profiter de la saison et faire la Guetna chez lui.


Les dattes "Tigla"
Les dattes "Tigla"
Il y a dattes et dattes…
 
Dans les endroits réservés à la vente des dattes au Marché de la mosquée marocaine, les vendeurs proposent plusieurs modèles de dattes.
Des modèles importés de l’extérieur. Et d’autres, plus prisés, «importées» de l’intérieur. La même effervescence dans les autres marchés de la capitale, Nouakchott.
Les dattes importées de la Tunisie et de l’Algérie, connues localement sous le nom «Tmar la’rach», ne sont vendues que dans les épiceries et les supermarchés. On remarque, à ce propos, que depuis quelque mois l’offre des dattes «Deghlet tunisien» est devenue inférieure à la demande. Ce qui peut être facilement expliqué par la situation politique instable en
Tunisie depuis la révolution. Cet état des faits a conduit à la hausse du prix de ce type de dattes.
Les dattes vendues dans les marchés de Nouakchott sont divisées en deux parties: les dattes importées de l'extérieur ; elles se caractérisent par la qualité d’emballage et de conservation en caisses de plastique ou de papiers ou des deux à la fois, et les dattes venues de l’intérieur sont reconnues par leur emballage fait n’importe comment dans des caisses en bois conçus à l'origine pour conserver le thé vert importé de la Chine.
Pour les dattes importées de l’extérieur, elles viennent essentiellement de trois pays du Golfe: l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l'Etat du Qatar. Un vendeur de dattes n’hésite pas à dire que ces dattes ont atteint Nouakchott sous la forme de subventions et de charité pour les pauvres en Mauritanie, mais que «les commerçants les ont filtrées au marché pour les vendre».
Les dattes importées de l’Arabie saoudite coûtent 450 UM/kg. Celles importées des Emirats arabes unis coûtent 370 UM/kg. Quant au prix des dattes importées du Qatar, il atteint 400 UM/kg.

Made in Mauritania
 
Les dattes venues de l’intérieur ont trois sources principales: la moughataâ de Guerou et des oasis des deux wilayas du Tagant et d’Adrar.
Une expression très utilisée pendant ce Moussim des dattes en Mauritanie: c’est l’expression Tigla’. Cette expression est utilisée quand on parle des dattes fraiches à leur état naturel, non conservables et non stockables.
Les dattes provenant de Guerou (Assaba) sont les moins chères: la demande sur ce type de produit est faible et il périme, parait-il, rapidement. Par conséquent, les vendeurs n’hésitent pas à s’en débarrasser à tout prix.
Les dattes dont l’origine est le Tagant et l’Adrar sont meilleures que celles de Guerou. Les connaisseurs des dattes disent que les dattes de l’Adrar sont plus délicieuses et plus agréables, mais qu’elles sont, en revanche, difficile à conserver et périssent rapidement.

Tinterguel, une variété de dattes extrêmement conservable
Tinterguel, une variété de dattes extrêmement conservable
L’écoulement, un problème…
 
Ce détail est très significatif quand on parle de la commercialisation du produit. Surtout que les quantités de dattes récoltées ce mois-ci seront presque la seule source d’approvisionnement du marché en dattes jusqu’à la même période de l'année prochaine.
Les dattes venues du Tagant peuvent être divisées en deux modèles: l’un connu sous le nom de «Ahmar Dengué» est frais et non stockable ; l’autre appelé «Tinterguel» est sec, stockable et conservable pendant une longue durée.
Le premier coûte en moyenne 450 ouguiya/kilogramme. L’autre coûte 600 UM/kg.
En Adrar, on identifie quatre types de dattes. Le premier modèle est frais. Il est le seul à n’être ni conservable ni stockable. Il s’appelle «Tigla’» et coûte en moyenne 700 UM/kg. Le deuxième et le troisième ont beaucoup de points communs et de petites différences.
L’un s’appelle «Tiffaret». L’autre s’appelle «Tijeb Adrar». Ils coûtent en moyenne 800 UM/kg. Quant au quatrième, il est de couleur jaune. Il est appelé «Lkerkar». Le palmier qui l’a produit s’appelle «Adagd». Des contes et légendes populaires sont racontés sur le compte de ce palmier. Les vendeurs que nous avons rencontrés disent que la plupart des médecins traditionnels et certains médecins modernes prescrivent à leurs patients de prendre les dattes de Lkerkar pour le traitement de certaines maladies de l'estomac, en particulier l'acidité et la constipation. Ce type de dattes coûte 1200 UM/kg.

Hamoud Ould Mohamed Ould Sidi paie un loyer mensuel de 30 000 ouguiyas pour un espace de 1,5m²
Hamoud Ould Mohamed Ould Sidi paie un loyer mensuel de 30 000 ouguiyas pour un espace de 1,5m²
Un marché sans repères
 
Pour le jeune bachelier, Diyah Ould Abdellahi Ould Teizigawy, Mohamed Ould Moussa, et le jeune Hamoud Ould Mohamed Ould Sidi, qui a arrêté ses études dès le primaire, il est nécessaire que les vendeurs de dattes s’unissent dans un syndicat ou une association pour défendre leurs intérêts. Selon eux, l’absence d’un cadre unificateur est en partie responsable de l’anarchie qui règne en maitre dans ce métier.
Ce que plaignent ces vendeurs le plus c’est le «coût du loyer». Bien qu'ils prennent les rues pour boutiques, les propriétaires des grands magasins environnants leur imposent le paiement de sommes importantes en échange de leur exploitation des rues. A titre d’exemple, Ould
Mohamed Ould Sidi est obligé de payer 30 mille ouguiyas par mois pour un coupoir dont la superficie totale n’atteint pas 1m².  Les fourchettes de prix de location vacillent entre 30 mille et 50 mille ouguiya par mois pour des coupoirs qui ne dépassent pas en général 1,5 m ².
Ces vendeurs ne sont soumis à aucun impôt. Ils ne sont pas obligés de posséder des registres de commerce. Même s’ils paient à la municipalité une redevance de 500 ouguiyas par mois.
Un vendeur dit qu'il vend les dattes depuis 1998 et qu’il n'a jamais reçu une mission du département de la santé pour voir la conformité de son produit avec les normes de l’hygiène. Quant à Ould Teizigawy, il affirme que la seule mission qu’ils ont reçue était celle d’une association de consommateurs: cette mission était venue en février dernier ; elle avait pour seul objectif de savoir si les dattes importées n’ont pas expirées, «pour les dattes venues de l'intérieur, il n'y a rien à chercher, parce que la détérioration et le dommage de ces dattes sont visibles à l'œil nu, d’autant plus que le consommateur est le premier qui refusera de les acheter».
Les vendeurs s’organisent en groupes de 4 ou 5 personnes. Ils se succèdent sur la préparation du thé et des repas quotidiens. Ils cotisent pour payer les indemnités aux gardiens qui assurent la protection de leurs marchandises. Après tout, leurs magasins sont «construits» juste de morceaux de tissu sur des poteaux en bois.
Les vendeurs se plaignent de la modeste production des dattes cette année. Ils se plaignent également des prix élevés. Tout comme le fait que tout le produit a été acheminé à Nouakchott (sans doute parce que les agriculteurs dans les oasis craignaient la pluie qui détériore leurs produits), au moment où les vendeurs ne disposent pas d’infrastructures de stockage et d’emmagasinage: «il valait mieux que nous recevions progressivement ces produits, afin que nous puissions bien les conserver», affirme Ould Teizigawy. Mechri Ould Rabbany


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
En clair
Inscription à la newsletter