Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Marche pour l’abrogation de la loi d’amnistie de 1993 : "Une loi scélérate qui empêche la paix des coeurs"


Société
Dimanche 10 Février 2013 - 11:50

Samedi 9 février, à l’initiative de l’AJD/MR d’Ibrahima Moctar Sarr, suivie par une partie de la société civile, de mouvements sociaux, et quelques partis politiques, une foule d’un peu plus d’un millier de personnes s’est mise en branle à partir de la mosquée marocaine de Nouakchott, jusqu’à l’assemblée nationale, pour remettre aux députés une lettre demandant l’abrogation pure et simple de la loi d’amnistie de juin 1993, pour permettre la poursuite en justice des criminels liés aux évènements de 1989 notamment.


La loi d'amnistie de 1993 empêche les familles des victimes de voir leurs plaintes recevables par la justice mauritanienne. Crédit : Noorinfo/MLK
La loi d'amnistie de 1993 empêche les familles des victimes de voir leurs plaintes recevables par la justice mauritanienne. Crédit : Noorinfo/MLK
A peine quelques centaines de personnes, à l’entame du rassemblement sur le grand espace qui jouxte la mosquée marocaine de Nouakchott. Au fur et à mesure d’une animation très revendicatrice par rapport à la loi de 1993, ponctuée d’interventions de rappeurs de la capitale, la foule se masse et se gonfle, arborant pancartes aux slogans sans équivoques, entre «non à l’impunité», «abrogation de la loi d’amnistie», «non au racisme d’état» et d’autres moins courtoises.

Mais un constat s’impose dans cet amas humain, que tout le monde fait : il n’y a que des négro-mauritaniens, à l’exception de quelques rares maures issus du mouvement du 25 février, venu pour l’occasion réclamer aussi la fin d’une «loi scélérate», à travers notamment son représentant Abdel Vettah Ould Habib qui soutient à la tribune qu’ «Aziz est un clone de Taya, qui reconstruit le même système bâti sur un racisme d’état répugnant».

«C’est dommage qu’il n’y ait que des négro-mauritaniens, c’est une cause et une injustice nationales» dit désolé, un journaliste radio de la place, venu couvrir l’occasion.

Les chaises vides des partis invités. Crédit : Noorinfo/MLK
Les chaises vides des partis invités. Crédit : Noorinfo/MLK
Même les partis majeurs ne sont pas là, de l’opposition ou d’une certaine majorité. Ce que le président de l’AJD ne manquera pas de souligner dans son intervention musclée à la tribune chauffée à blanc par les précédents intervenants : «La plupart des partis de l’opposition ont décliné l’invitation qui leur était faite, notamment l’UFP, qui ont prétexté l’argument fallacieux que c’est une question déjà évoqué lors des réunions de concertation nationale» argue-t-il, avant de clore par ses propos en exhortant la foule à participer à l’initiative de Messaoud Ould Boulkheir qui débute lundi, car dit-il, «l’avenir de ce pays se construira ensemble, ou ne se fera pas».

«Pourtant on voit nos frères maures mobilisés pour la question palestinienne. Malheureusement ils ne se mobilisent que pour les questions arabes, et c’est cela qui doit changer si on veut réconcilier les cœurs ici» avance pour sa part, Fatim Sall, jeune étudiante à l’université de Nouakchott, et orpheline de Baydi Sall, officier torturé et mort en prison durant les années dites de braise.

Leaders politiques, sociaux, et associatifs négro-mauritaniens se sont réunis à l'appel de l'AJD-MR. Crédit : Noorinfo/MLK
Leaders politiques, sociaux, et associatifs négro-mauritaniens se sont réunis à l'appel de l'AJD-MR. Crédit : Noorinfo/MLK
Une «loi scélérate»

La loi «N° 93-23 du 14 juin 1993 portant amnistie» dont l’article 1er disposait qu’une «amnistie pleine et entière est accordée aux membres des forces armées et de sécurité auteurs des infractions commises entre le 1er janvier 1989 et le 18 avril 1992 et relatives aux événements qui se sont déroulés au sein de ces forces et ayant engendré des actions armées et des actes de violence».

Pourtant cette loi est reconnue par les avocats qu’elle n’est pas valable. «Elle repose sur une conception erronée de la notion même d’amnistie et viole des normes impératives du droit international auxquelles il ne peut être dérogé. Elle ne peut, donc, faire obstacle à la recevabilité de plaintes, l’investigation des faits, la poursuite, l’arrestation et la punition des auteurs de ces violations» explique l’avocat Omar Ould Dedde Ould Hamady.

Le président du collectif des victimes de la répression (COVIRE), Mamadou Kane, victime lui-même de la répression d’état de 1992, va au-delà de cet aspect illégal de cette loi d’amnistie : «On parle d’unité depuis quelques années maintenant dans ce pays. Allez voir ces orphelins et veuves qui sont à dix mètres de nous, qui n’ont jamais pu prier sur le corps de leur parent. Allez leur dire qu’il n’y aura ni vérité, ni justice, ni réparation décente, ni mémoire pour le mal innommable qui leur a été fait. C’est cela que cette loi empêche : déposer des plaintes pour mettre en branle ces quatre points qui constituent la base de la réconciliation dans ce pays».

crédit : Noorinfo/MLK
crédit : Noorinfo/MLK
Une impunité «enrageante»

A la tribune où se succèdent des ténors de la lutte sociale, politique ou associative mauritanienne, la plupart mettent le doigt sur l’impunité «écoeurante», pour Abdoul Birane Wane, coordinateur du mouvement Touche pas à ma nationalité, «enrageante» selon Brahim Ould Abeid, représentant d’IRA-Mauritanie.

«Nous marchons dans la rue et nous voyons des généraux, des colonels, des vice-présidents d’assemblée nationale qui ont les mains pleines de sang et qui ne sont pas inquiétés. C’est une insulte à ceux qu’ils ont torturés et tués, et à leurs familles» crie Brahim Ould Abeid.

Cette impunité est le fruit d’un «racisme d’état maintenu» en Mauritanie souligne au micro, Dia Alasane coordinateur de «l’autre» TPMN.

Souleymane (avec la capuche) témoigne que son père était un des 15 sous-officiers tués par Ould Jiddeine. Crédit : Noorinfo/MLK
Souleymane (avec la capuche) témoigne que son père était un des 15 sous-officiers tués par Ould Jiddeine. Crédit : Noorinfo/MLK
Le cas symbolique d’El Arby Ould Sidi Aly Ould Jiddeine

L'ex-colonel El Arby Ould Sidi Aly Ould Jiddeine, actuel vice-président de l’assemblée nationale, est symbolique et significatif à plus d’un titre, il est un des rouages essentiels de l’institution qui devrait permettre l’abrogation de cette loi d’amnistie, et dans le même temps, le COVIRE le dénonçait clairement et précisément, par rapport aux officiers torturés et abattus, dans une liste de ses victimes parue il y a deux ans.

«Il a sur les mains le sang de 89 personnes. 89 Bon Dieu ! Et il se trémousse librement sur son fauteuil à chaque session de l’assemblée nationale !» enrage Aboubacri Sy, représentant du collectif des rescapés militaires, (COREMI).

Ibrahima Moctar Sarr, à la tribune avant la marche, samedi 9 février. Crédit : Noorinfo/MLK
Ibrahima Moctar Sarr, à la tribune avant la marche, samedi 9 février. Crédit : Noorinfo/MLK
«Plus jamais ça»

Pour que cela ne se reproduise plus, le doyen de l’événement, Bâ Mamadou Alassane, président du PLEJ, insiste sur le fait que les communautés noires du pays doivent être plus unies. «Les consciences doivent être plus aigues pour permettre une unité forte qui ne pourra que porter ce combat».

«L’unité et la réconciliation sont possibles dans ce pays, mais d’abord les cœurs doivent être apaisés, et les gens doivent se parler, pour que tout puisse être pardonné et pouvoir passer à autre chose. On se fout de notre gueule quand on voit des ministères organiser on ne sait pour qui, des festivals dits d’unité nationale. Il n’y aura unité et réconciliation que lorsqu’il y aura vérité !» soutient Mamadou Sarr, SG du forum national des droits humains (FONADH).

Près de 2000 manifestants ont marché vers l'assemblée nationale. Crédit : Noorinfo/MLK
Près de 2000 manifestants ont marché vers l'assemblée nationale. Crédit : Noorinfo/MLK
Une marche et un député

Après plus d’une heure et demi de tribunes et d’animations musicales, la foule composée maintenant de près de 2000 personnes à 18h30, se met en mouvement vers le Parlement, où un seul député, Kane Hamidou Baba, du Mouvement pour la refondation, recevra des mains d’Ibrahima Sarr, la lettre demandant l’abrogation de la loi d’amnistie de 1989.

«Malouma Mint Bilal devait être là mais son enfant est souffrant, il se pourrait qu’elle revienne. Et d’autres députés qui ont des contretemps ou ne sont pas sur place» justifie sa solitude, le président du MPR.

Ce que quelques manifestants en colère souligneront et commenceront à crier après la remise la remise de la lettre, et que la foule se dispersait : «Il faudra nous dire clairement si on peut vivre ensemble dans ce pays, et qu’on en tire les actions qui s’imposent».

Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              


1.Posté par labo le 10/02/2013 23:29
En désespoir de cause, IMS cherche à se refaire une virginité après avoir politiquement erré pendant plus de quatre ans à coté du général putschiste et espéré un strapontin. Sinon, où était-il depuis 1993? Cette amnistie est-elle soudainement devenue un point de crispation pour lui? N'a t-il pas (au moins) cautionné, sinon s'être rendu coupable du même crime, en cautionnant l'accord secret de "règlement" du passif signé avec les veuves qui est en réalité une autre loi d'amnistie?
Sarr lui-même, n'a-t-il pas "amnistié Ould Taya" (allez au lien : http://sd-g1.archive-host.com/membres/up/a24f84bfd42093b2979641d48145d31241c90acb/Ibrahima_Moctar_Sarr.wav) ? Après avoir pactisé avec le pire ennemi des négros africains, après s'être longtemps tu sur le problème de l'enrôlement et s'être rendu coupable de l’assassinat de Lamine Mangane, IMS veut se racheter! Sinon, pourquoi continuer à s'attaquer à l'opposition?
Sarr est libre de faire ce qu'il veut, mais les autres, surtout l'opposition anti putsch n'a aucune raison de soutenir son agenda certainement dicté par Ould Abdel Aziz.

2.Posté par labado le 12/02/2013 20:17
A l'intention de ceux qui ne le savent pas, Ibrahima Moctar Sarr avait suggéré d'accorder une amnistie pleine et entière à Maaouya en 2005, quelque temps avant le renversement de ce dernier.
Vous pouvez l'écouter à ce lien audio : http://sd-g1.archive-host.com/membres/up/a24f84bfd42093b2979641d48145d31241c90acb/Ibrahima_Moctar_Sarr.wav
Cette proposition d'amnistie en faveur de Maaouya (dont il ne souhaitait pas le renversement qu’il sentait venir et pour prendre les devants), devait contribuer à une sortie de crise. Il l'avait suggérée à Messaoud qui l'aurait acceptée et cette idée "géniale" devait, sur sa proposition, être entérinée par le Conseil national d’APP et annoncée publiquement lors d'un meeting prévu le 7 aout 2005.
C'est lui qui le dit. Le coup d’état qu’il redoutait survint le 03 août, provoquant l’avortement d’un plan aux contours pour le moins troublants ...

Quelle valeur et quelle signification, en comparaison avec l'amnistie pour laquelle il a appelé une marche en vue de son abrogation - oh combien tardive - donne-t-il à cette autre amnistie qu'il promettait déjà à Maaouya, censé être le premier responsable des évènements dramatiques ayant endeuillé nos populations ?

Comment explique-t-il son long silence durant la longue période où il côtoyait de si près le général président, dont il bénissait le putsch et à qui il aurait pu (il l'a rencontré 17 fois dit-il) faire remarquer l’absurdité de la loi d'amnistie alors même qu'Aziz entamait une autre loi (le fameux accord avec les ayants droits) par-dessus la première que ses parlementaires pouvaient, s'il le voulait et pour prouver sa réelle volonté de régler le passif, abroger en un clin d’œil ? Pourquoi IMS a-t-il cautionné ce qui n’était qu’un leurre et une trahison à l’égard des victimes et ayants droits ?

IMS et ses partisans, qui ne réapparaîtront curieusement sur la scène qu’à l’occasion malheureuse de l’assassinat du jeune Lamine Mangane (continuer à se taire devenait de plus en plus pesant), savent très bien que cette marche n'est que l'initiative de leur parti, dans le cadre de ses activités propres, qui vaut ce que ça vaut, et qu'incriminer ceux qui n'y ont pas participé n'a aucun sens si ce n'est d'abuser-une fois n'est pas coutume-une certaine opinion à des fins inavouées, pour ne pas dire plus.

Il faut cesser de justifier ses turpitudes et ses errements par l'allusion permanente aux supposés comportements des autres. Ce refuge est peu sûr.

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
En clair
Inscription à la newsletter