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Marché aux poissons: Les écailleurs au ban des poissons


Société
Jeudi 5 Janvier 2012 - 18:19

Les écailleurs font partie des vedettes du marché aux poissons. Leur technique de préparation, d’ouverture et de découpage des produits de la mer tels relève de l'art. Une tache qui s’exécute avec habilité et rapidité, devant la curiosité et l’admiration d’une clientèle diversifiée.


Marché aux poissons: Les écailleurs au ban des poissons
Leur travail consiste à dépouiller les poissons de leurs entrailles, et gratter leurs écailles. Très sollicités pour cette tâche que beaucoup de ménagères répugnent à faire.
Salimata vient à ce marché depuis plusieurs années maintenant, et à chaque venue, elle se ravitaille pour plusieurs semaines. «Les poissons ici sont plus frais, moins chers, avec un service de nettoyage rapide sur place. Il ne restera ensuite qu’a les laver avant la cuisson» explique la dame.

Pour écailler ses produits, elle débourse entre 150 et 250 UM, sous le regard attentif de son compagnon Malé Sarr Directeur de travaux routiers. Ce dernier salue l’apport de ces écailleurs comme «un encouragement à la main-d’œuvre artisanale. Ça fait mon compte et le leur» conclut-il, venu faire ses courses avant de partir dans quelques jours à Atar pour deux semaines.

Au marché des poissons, il existe deux types d'écailleurs: le premier écaille simplement la commande proposée, le second vend et écaille en même temps, une façon de cumuler «la rentabilité».
Cet espace est le plus affluent à ce jour; les clients estiment que «les produits y sont moins chers et sont biens nettoyés par rapport aux marchés situés au cœur de Nouakchott». Un métier qui connait aussi ses risques d’accident dont certains des écailleurs rencontrés ont été souvent victimes.

Pour ces écailleurs dont le nombre n’est pas connu, même par les autorités du marché aux poissons, la survie dépend de ce métier, n’ayant pas d’autres choix. Aujourd'hui vendeur, demain écailleur, ils font comme de nombreux autres débrouillards de l'informel ce métier par «nécessité en attendant des lendemains meilleurs, en facilitant la tâche à de nombreux ménages qui préfèrent gagner du temps en se passant de l’écaillage» développe.

Pour Chérif Hamala, responsable administratif du marché aux poissons de Nouakchott, ces écailleurs non fixes formés pour la majorité aux techniques de manipulation du poisson, «travaillent par alternance avec comme règle, le paiement d’une taxe quotidienne de 200UM quelque soir leur rentabilité» pour les besoins du nettoyage du marché. Certains écailleurs ont subi une formation en 2008, une des rares occasions qui s’est présentée à eux pour perfectionner leur expérience et faciliter leur évolution dans ce métier.


Un métier victime de sa démocratisation

Marché aux poissons: Les écailleurs au ban des poissons
Exposant sur son étalage des carpes rouges vendues à 1200 UM le kilo, et des capitaines, Salif, écailleur-vendeur depuis une dizaine d’années, procède mécaniquement à l’ouverture d'huitres, de poissons commandés par Bakary venu faire ses achats avec sa famille en cette fin d'après-midi. La quarantaine sonnante, il est au niveau de cet étalage le seul qui vend et gratte en même temps les produits de la mer. Une façon de «mutualiser» sa rentabilité dans ces temps difficiles où il doit subvenir aux besoins de sa femme et de ses six enfants.

Ici, chacun a son client, même s’il peine à avancer dans ce métier dit informel, il parvient tout de même à couvrir les attentes de sa famille avec un bénéfice de 700 à 1000 UM par jour en tant qu'écailleur. Ici, chaque poisson est écaillé à 50UM. Les dorades, les capitaines, les corbines, les sardines sont les produits les plus vendus de ce marché d’étalage selon les écailleurs rencontrés.

Juste à coté de l’étalage de Salif, se trouve celui d'Oumar Diop, un des plus anciens écailleurs de ce marché. A la suite d’un bref échange amical avec son collègue Salif qui lui demandait s’il acceptait de se faire photographier pour les besoins de ce reportage, Oumar qui a refusé catégoriquement cette offre au départ, propose tout de même par la suite de partager les secrets de ce métier qu’il exerce depuis 1988.

A 42 ans, cet écailleur témoigne qu’il pratique «joliment son travail pour fixer ses clients» qui défilent devant son étalage à longueur de journée, même s’il y a moins d’affluence le matin, il estime que sa rentabilité est «passable» aujourd’hui, avec un gain de 4000 UM.

Ses tarifs évoluent en fonction de ses humeurs, celle de l’apparence du client, de l’abondance ou non de poissons. Une flexibilité qui lui permet de faire face à la concurrence en vigueur, ainsi qu'au versement mensuel de sa table d’étalage fixé à 8600 UM par mois. Il a surtout peur des risques du métier, lui qui s’est blessé au doigt «gravement» à plusieurs reprises n’est pas prêt pour autant à jeter l’éponge, car «toute une famille dépend» de ses revenus.

Pour Amadou Samba Sow, le ton est à la dénonciation des tares du métier. Il est un autre doyen de l’espace d'écaillage et de préparation du marché de poissons, avec ses vingt ans d’expérience. Il se plaint de la cherté des poissons, de la concurrence déloyale, de l'organisation. «C'est bien beau de rendre les produits attractifs mais on n'y gagne rien! Tout le monde pratique ça; il n’y a pas d’autorisation: tu viens avec ton matériel pour prendre une place sans trop de protocole». Une réalité qui pourrait l’inciter à scruter d’autres horizons.
L’organisation des écailleurs en association est une idée qui pourrait répondre à ses attentes en donnant une expression plus artistique et économique à ce métier dont dépend la survie d’une frange de la population Mauritanienne.

Awa Seydou Traoré
Mamoudou Kane


              

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