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Marche Pour Penda : Contre l’insoutenable impunité des criminels


Actualité
Mercredi 3 Avril 2013 - 19:55

C’est près de 2.000 personnes qui se sont mises en branle à partir de l’assemblée nationale à Nouakchott vers le palais de justice, ce mercredi matin, dont 37 associations et ONG, pour demander le jugement des auteurs du viol, mutilation et meurtre de Penda Soghé, il y a une semaine maintenant.


Le portrait de Penda Soghé brandi par un manifestant. Crédit : Noorinfo/El Hadj Sy
Le portrait de Penda Soghé brandi par un manifestant. Crédit : Noorinfo/El Hadj Sy
Des banderoles plastiques à l’image de la défunte Penda Soghé, la plupart des étudiantes de l’université de Nouakchott, à proximité de l’assemblée nationale, des figures du combat des femmes contre les viols de plus en plus récurrents, graves et sauvages depuis dix, dont le cas de Penda est «unique» de l’aveu même d’Aminetou Mint El Moctar, présidente de l’association des femmes chefs de familles.

«Le vendredi 29 mars, le corps sans vie de Penda Soghé, vingt ans à peine, mère d’un garçon de deux ans et demi, est retrouvé à Tarhil, 24 heures après sa disparition. L’état de sa dépouille témoigne d’une cruauté jamais vue dans notre société» commence en rappel des faits, la lettre adressée au ministre de l’intérieur Mohamed Ould Boilil.

«Nous sommes tous émus. Car c’est le premier viol, suivi d’un tel déferlement de sauvagerie dans notre pays. C’est à marquer d’une pierre blanche : nous sommes tous là pour que cela ne se reproduise plus jamais dans ce pays. Le jugement doit être équitable et la sanction exemplaire» affirme Aminetou Mint El Moctar.


Lire également sur le sujet : Penda Sogué, violée, mutilée et tuée

Femmes au premier rang de la marche. Crédit : Noorinfo/MLK
Femmes au premier rang de la marche. Crédit : Noorinfo/MLK
«Nous demandons à la justice de faire son travail. C’est tout ce que nous demandons. Elle aurait pu être une sœur, une amie, une tante. Nous sommes toutes Penda Sogué aujourd’hui, car ça aurait pu arriver à chacune d’entre nous toutes ici !» approuve Fatis Ba, étudiante en sociologie à l’université de Nouakchott.

Souleymane Thiam est le grand-père maternel de Penda Soghé. Il est venu de Dakar pour les funérailles. «Nous n’allons pas en rester là. Nous allons mener ce cas jusqu’au Sénégal où la société civile est d’un dynamisme surhumain dès qu’il s’agit des droits des femmes» dit le soixantenaire aux yeux rougis par l’émotion. «Ici ou à l’international, nous voulons être sûr qu’il y aura une justice rendue» continue-t-il.

Une manifestante en colère avec le portrait de Penda. Crédit : Noorinfo/MLK
Une manifestante en colère avec le portrait de Penda. Crédit : Noorinfo/MLK
Une marche d’émotions

A partir de 11h, le millier de personnes, essentiellement des femmes, présentes au départ de l’assemblée nationale se met en branle vers le palais de justice. Très rapidement, les habitants du quartier sixième qui étaient attendus viennent rejoindre la masse mouvante, et la foule se chiffre facilement à 2.000 personnes en arrivant aux abords du ministère de l’intérieur.

Le cortège y sera stoppé par la police, devant la pagaille amorcée par les jeunes qui réclament à cors et à cris la «pendaison en lieu public» des assassins et violeurs présumés.

Assez vite, les organisateurs calment le jeu et le cortège se remet en marche ; pour à peine une centaine de mètres. Cinq personnes seront choisies pour remettre au procureur de la République la lettre signée par les 37 associations et ONG, qui demande «une justice aveugle».

Lire également sur le sujet : Psychose à Nouakchott : Penda, 20 ans, violée puis assassinée

Le fils de Penda Soghé, à la manifestation avec sa grand-mère. Crédit : Noorinfo/MLK
Le fils de Penda Soghé, à la manifestation avec sa grand-mère. Crédit : Noorinfo/MLK
La perpétuelle impunité des violeurs et des criminels

Les ONG des droits humains dénoncent depuis des années l’impunité scandaleuse dont bénéficient les criminels de tous genres en Mauritanie. «De l’assassin au voleur, en passant par le violeur, issu de grande ou plus modeste famille, aucun crime n’est assez grave en Mauritanie : il y a toujours un moyen de sortir de prison sans avoir purgé un début de peine, voire même d’éviter un jugement» explique Fatimata M’Baye, avocate et présidente de l’association mauritanienne des droits de l’homme, présente à la marche.

«Comment voulez-vous lutter contre la criminalité quand l’impunité la plus totale règle ?» s’insurge à côté Zeinabou Mint Taleb Moussa, présidente de l’association mauritanienne pour la santé de la mère et de l’enfant et qui reçoit régulièrement dans leurs locaux des cas de viols.

«Ce crime odieux est juste le dernier en date d’une série alarmante de violences dont les femmes et les mineurs sont les victimes dans un pays où la violence est un moyen d’expression banal et sans conséquences» continue la lettre.

Banderoles en hommage à Penda Soghé. Crédit : Noorinfo/MLK
Banderoles en hommage à Penda Soghé. Crédit : Noorinfo/MLK
«On a déresponsabilisé plusieurs générations qui voient se dérouler sous leurs yeux le cycle de l’impunité. Et c’est simple, ils se disent qu’ils ne risqueront rien, quoi qu’il arrive. La mineure violée juste avant la fête de la Tabaski par des fils de colonel n’a pas eu justice. Les jeunes ont été relâchés du fait de la position des parents, et l’un, Mohdine, fils de colonel, aurait même été déclaré déficient mental, alors qu’il a pleinement toutes ses facultés mentales. Leur voisinage témoigne de son attitude déviante depuis l’enfance sous les yeux complices des parents» raconte longuement Aminetou Mint El Moctar

«Du fils du président, au charretier, tout le monde peut commettre l’irréparable, et facilement s’en sortir.» opine Youssouf, commercial venu témoigner de sa solidarité à la marche.


Lire également : Les meurtriers de Penda Soghé, étape par étape

Crédit : Noorinfo/MLK
Crédit : Noorinfo/MLK
La polémique sur les taxis

Ce drame remet au cœur des débats, la législation sur les transports, particulièrement celle des taxis.

«Il y a trois ans, le ministère des transports obligeaient les taxis à arborer deux couleurs pour leur voiture : le jaune orné d’une bande bleue de 5 cm. Trois ans après force est de constater que la majorité des véhicules faisant le taxi ne respecte pas cette règle et ne sont même pas enregistrés comme tels !» rappelle Mamadou Badi Gueye, proche de la famille.

Et aujourd’hui la police reconnaît que beaucoup de viols qui sont recensés, après enquête, se sont révélés avoir eu lieu avec l’aide d’un véhicule servant à faire le taxi. «Il y a des bandes multiethniques qui ont des techniques bien rôdées : vous avez trois individus, un hartani, un halpulaar ou un wolof, avec un maure, chacun devant inciter à la confiance la cliente qui pourrait éventuellement les arrêter, selon son origine ethnique» explique Aziz, brigadier au commissariat de Basra.

Au ministère des transports, silence radio total malgré les demandes d’entretien demandées.

A. Gacko, veuf de Penda Soghé Gacko. Crédit : Noorinfo/MLK
A. Gacko, veuf de Penda Soghé Gacko. Crédit : Noorinfo/MLK

La foule se massant devant le ministère de l'intérieur. Crédit : Noorinfo/MLK
La foule se massant devant le ministère de l'intérieur. Crédit : Noorinfo/MLK
Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

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