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Manning : 35 ans de prison pour l'informateur de WikiLeaks


International
Mercredi 21 Août 2013 - 15:07

Le verdict est tombé pour le jeune soldat américain qui avait dévoilé des secrets et des crimes de guerre de sa hiérarchie en Irak et en Afghanistan.


Bradley Manning le 30 juillet à sa sortie du tribunal sur la base de Fort Meade, au nord de Washington. © Patrick Semansky / Sipa
Bradley Manning le 30 juillet à sa sortie du tribunal sur la base de Fort Meade, au nord de Washington. © Patrick Semansky / Sipa
Le jeune soldat américain Bradley Manning a été condamné à 35 années de prison mercredi par un tribunal militaire, à l'issue de deux mois de procès en cour martiale. La juge militaire Denise Lind a en outre décidé son renvoi de l'armée pour "déshonneur", notamment pour des faits d'espionnage, de fraude et de vol de documents diplomatiques et militaires confidentiels, transmis au site WikiLeaks. Le procureur avait requis au moins 60 ans de prison. Son avocat, David Coombs, a l'intention de faire un appel en grâce auprès du président Barack Obama, pour implorer sa clémence. Cette peine est la plus longue infligée en matière de fuite de documents confidentiels.
 
Le frêle soldat est soutenu dans son combat par WikiLeaks, site auquel il a fourni des centaines de milliers de documents secrets sur les guerres en Irak et en Afghanistan. Dans ces dossiers, les médias du monde entier ont notamment découvert des crimes de guerre américains, incluant le massacre de villageois en Afghanistan et l'exécution de passants et de journalistes, dont deux employés de Reuters, par un hélicoptère de combat trop pressé d'en découdre (voir la vidéo de WikiLeaks, "Meurtre collatéral", ci-dessous).
 
Bradley Manning attendait son procès en détention, dans des conditions très dures, depuis son arrestation en juin 2010. Ironie du sort, il a subi certains abus qu'il avait contribué à dénoncer à propos des détenus de la prison de Guantánamo. "Je crois que Bradley Manning a été soumis à un traitement cruel, inhumain et dégradant constitué par l'isolement excessif et prolongé qu'il a subi", avait déclaré début 2012 Juan Ernesto Mendez, rapporteur spécial de l'ONU sur la torture. Un comité pour la libération du soldat s'était rapidement formé et avait recueilli de nombreux soutiens venant du monde entier.
 
Pas de jury
 
Au cours d'une précédente étape du procès mardi 30 juillet, Bradley Manning avait été reconnu coupable de 20 des 22 charges dont il était accusé, notamment des violations de la loi sur l'espionnage de 1917, des vols d'informations aux forces armées et la transmission illicite de câbles diplomatiques ou encore de mémos secrets sur les détenus de Guantánamo. Il avait également été reconnu coupable de désobéissance au règlement militaire, de fraude informatique, en insérant un logiciel non autorisé dans le système informatique de l'armée, en détournant les mécanismes de sécurité de ce système et en stockant de manière illicite des informations classifiées. L'homme avait plaidé coupable de dix de ces charges. Il avait décidé de laisser le soin à la juge de décider de sa peine, plutôt que de confier cette tâche à un jury militaire.

La condamnation de Bradley Manning est aussi un message pour l'informaticien Edward Snowden. Cet autre informateur qui a dévoilé au monde Prism, le système de surveillance généralisée des internautes mis en place par les agences de renseignements américaines, est bloqué depuis le 23 juin en Russie. Il y a demandé un asile provisoire dans l'attente de pouvoir rejoindre l'un des pays d'Amérique latine qui sont prêts à l'accueillir. Washington a demandé son extradition à la Russie, qui joue un jeu trouble : sans accéder à la demande américaine, Moscou ne protège pas vraiment Snowden. S'il est livré aux autorités américaines, il risque la perpétuité, mais, selon les promesses de l'administration Obama, pas la peine de mort. L'abandon de la charge la plus lourde pesant contre Manning, celle de collusion avec l'ennemi, sonne comme une confirmation de ce semblant de clémence.
 
Obama, gendarme sans pitié
 
L'image du président américain Barack Obama a été un peu plus écornée par sa volonté de punir les informateurs qui ont dévoilé les actions illégales du gouvernement américain. Le Prix Nobel de la paix 2009 avait été attribué au président tout juste élu, et le comité norvégien qui les attribue doit amèrement regretter d'avoir fait confiance au comportement futur d'un homme politique. 
 
Obama n'a pas fermé la prison de Guantánamo malgré sa promesse électorale, il a signé les documents permettant le développement du système Prism tourné contre les citoyens du monde entier et il a ordonné de pourchasser sans pitié les informateurs Bradley Manning et Edward Snowden. Même s'il avait voulu s'opposer à cela, il en aurait été empêché par une administration et une opinion publique largement favorables à une chasse aux sorcières au nom de la sécurité. Peut-être que le sentiment de peur, manipulé avec expertise par les équipes de George W. Bush puis, de façon plus surprenante, par celles de Barack Obama, a réussi à transformer durablement l'Amérique.

Source : lepoint.fr
Mamoudou Kane


              

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