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Mamadou Alasane Bâ, président du PLEJ, et de la COD : «On ne peut pas évoquer la scission de la Mauritanie, tant que tous les recours consensuels ne seront pas étudiés et appliqués»


Actualité
Lundi 30 Janvier 2012 - 10:28

Tout de blanc immaculé, au milieu de la petite foule de manifestants du mouvement social touche pas à ma nationalité, en marche vers la Présidence ce samedi 28 janvier, Bâ Mamadou Alasane, président du parti historique du PLEJ, mais aussi actuel président tournant de la coordination de l'opposition démocratique, évoque dans cet entretien la difficile question de la cohabitation, et dresse un petit bilan du retour de la COD de l'intérieur du pays.


Mamadou Alasane Bâ, président du PLEJ, et de la COD : «On ne peut pas évoquer la scission de la Mauritanie, tant que tous les recours consensuels ne seront pas étudiés et appliqués»
Quelle est la raison de votre présence à cette manifestation de TPAMN?

Je suis là car les jeunes ne peuvent pas être laissés à leur sort. Il faut les soutenir. Ensuite, ce que la jeunesse revendique aujourd'hui, cela fait vingt ans que le PLEJ le revendique! Vingt ans! Nous avons été les premiers à parler du passif humanitaire, et des fosses communes de Wotchi et de Sorimalé. Et tous les problèmes liés à la cohabitation.

Nous n'avons jamais été écoutés. Retrouver ce discours dans les objectifs affirmés de Touche pas à ma nationalité, me conforte dans ces convictions. Mon principal souci est l'émergence d'une Mauritanie où l'égalité des chances règne dans la société.

La faute à qui si vous n'avez pas été écouté?

La faute est sur les différents régimes militaires successifs, mais les pouvoirs publics ne sont pas seuls responsables. Les négro-mauritaniens sont en partie responsables. Qui a dit qu'il n'y avait pas de déportés? Des négro-mauritaniens. Qui a dit qu'il n'y a pas eu de passif humanitaire, envoyés faire la communication à l'extérieur? Des négro-mauritaniens.

Ces gens-là, on a voté pour eux; ils sont sénateurs, députés aujourd'hui. La jeunesse donc, cette jeunesse là doit en tirer des conclusions. Lutter contre le pouvoir certes, mais aussi lutter contre ceux qui soutiennent ce pouvoir, pour des profits pécuniaires, pour leurs simples poches, et ramasser quelques postes. Si demain je fais comme eux, j'espère que TPAMN luttera contre moi!

Quel conseil donneriez-vous à TPAMN par rapport à ce constat que vous faites?

Je leur conseillerais de faire une grande tournée dans la vallée et ailleurs, pour une sensibilisation massive des parents pour dénoncer les ainés qui sont avec le pouvoir, et qui sont les ennemis politiques des mouvements sociaux, tels que celui de TPAMN, pour qu'aux prochaines élections, viennent des gens représentatifs des communautés négro-mauritaniennes.

Maaouiya les a frappés et ils ont voté pour ce tyran. Ce sont les cadres négro-mauritaniens qui en refusant de faire bloc, ont facilité la tâche de gens comme Maaouiya ou Mohamed Ould Abdel Aziz. C'est une vérité. Maaouiya a fait du mal, on ne revient pas dessus. Mais des nègres l'ont aidé à le faire, et encore une fois, pour des postes!

De plus en plus on évoque une cohabitation, une unité dont le pouvoir actuel, dans les faits démontrés, ne voudrait pas. Et par rapport à cela, commence à émerger l'idée d'une scission de la Mauritanie. D'autant que le Sud-Soudan et le mouvement actuel de rébellion dans le Nord-Mali sont passés par là. Est-ce une solution extrême?

En vérité, ce problème de cohabitation date de l'indépendance, et n'a jamais été résolu. Il n'a jamais été bien posé. Jamais de dialogue national sur cela. Et il n'est pas trop tard pour un tel dialogue, sur des idées de fond, où seraient évoqués les problèmes des langues, des terres, de l'égalité citoyenne, de l'accès au pouvoir, de la juste répartition des richesses.

Après un tel dialogue franc des solutions consensuelles pourront être trouvées, et qui seraient légitimées, sans qu'on n'évoque une quelconque scission. Il y a eu beaucoup de dialogues ici, mais aucun sur le problème majeur de ce pays, la cohabitation. Donc avant d'évoquer de tels extrémismes, il faut épuiser tous les recours consensuels, de dialogue, de négociations.

Et cette question de la cohabitation ne sera jamais réglée avec la Constitution actuelle. Jamais de la vie! Cette Constitution parle de démocratie fondée sur la loi de la majorité, qui ne peut pas résoudre la crise de confiance entre les communautés. Il faudrait une Constitution plus consensuelle, et un tel consensus ne pourra être trouvé que dans le cadre d'un vrai et franc dialogue national sur la question. Qu'on tourne la page une fois pour toutes!

Il faut supprimer cette Constitution, et mettre en place une Charte, dans laquelle l'ensemble des solutions seraient intégrées; elles seraient soumises à référendum, et reconnues par toutes les communautés.

Par exemple, si une loi sur l'éducation va à l'assemblée nationale. Je ne suis pas d'accord avec cette loi, mais elle passera quand même car les négro-mauritaniens y seront toujours minoritaires, à cause de la Constitution actuelle, qui ne nous permet, pas dans le meilleur des cas, d'occuper plus du tiers des sièges.

Mamadou Alasane Bâ, président du PLEJ, et de la COD : «On ne peut pas évoquer la scission de la Mauritanie, tant que tous les recours consensuels ne seront pas étudiés et appliqués»
Les états généraux de l'éducation justement, sont attendus depuis un moment. On en parle pour 2012 éventuellement. Est-ce un symbole de cette question de la cohabitation?

Surtout le problème des langues. Et on doit définir ce qu'est la Mauritanie, ce que tous nous voulons qu'elle soit. Si on dit que la Mauritanie est arabe et négro-mauritanienne, il faut en tirer les conséquences, en revalorisant la culture arabe, mais aussi celles négro-mauritaniennes. Il faut revaloriser les musiques, les chants et danses, les histoires, les géographies, et toutes nos coutumes. Les manuels scolaires doivent être revus.

La télévision nationale, la seule qu'on a aujourd'hui, ne joue pas ce rôle de prisme de la diversité culturelle mauritanienne...

Justement, que ce soit à la radio ou à la TVM, nous sommes coincés dans des angles morts de diffusion. On a l'impression que tout est fait pour que de l'extérieur, on ne perçoive la Mauritanie que comme exclusivement arabo-berbère. Au-delà de l'image, si une éducation sanitaire a lieu, par exemple, elle doit se faire dans toutes les langues, que tous les mauritaniens sans exception puissent en bénéficier. Si la radio et la TVM doivent éduquer le peuple, ce peuple doit les comprendre. Il y a une discrimination évidente dans ces institutions publiques à l'égard des wolofs, soninkés et pulaars.

La COD vient de revenir d'une tournée à l'intérieur. Quel message avez-vous diffusé?

Nous avons essentiellement dénoncé la politique d'Aziz, sur tous les plans; cela concerne surtout la concentration inédite des pouvoirs entre les mains d'un seul homme. Nous avons trouvé une population réceptive à ce message dans tous les coins de la Mauritanie.

Que lui reprochez-vous exactement?

Actuellement, le parlement est illégal, et maintenu tel quel à l'encontre du droit le plus suprême de notre République, à savoir la Constitution. Économiquement, c'est du népotisme financier : il donne littéralement les richesses du pays à qui il veut, notamment à ses parents.

Sa guerre contre AQMI, sans préparation ni consensus, mais aussi la réinsertion bâclée des déportés de retour, en passant par la question des terres. Les déportés sont revenus, et la plupart n'ont pas pu recouvrer leurs terres. Là encore, rien ne sera durablement réglé sans que l'on ne traite définitivement cette question. Les propriétaires doivent reprendre leurs terres, et éventuellement qu'on les indemnise convenablement s'ils souhaitent être indemnisés.

On évoque aujourd'hui, surtout après la tentative d'homicide (volontaire ou non) de son fils, et la relaxe de celui-ci en 48h, une séparation des pouvoirs entre le judiciaire et l'exécutif qui ne serait pas effective. Qu'en dites-vous?

Depuis l'avènement des militaires au pouvoir, il n'y a jamais eu de séparation des trois pouvoirs; le pouvoir judiciaire a de tout temps été dépendant de l'exécutif. Et c'est un des drames institutionnels de ce pays. Et cette histoire à propos de son fils, qui a tiré sur une femme démontre de quelle façon la justice est le bras armé de la Présidence.

Ce mardi nous organisons d'ailleurs une conférence pour dénoncer l'immixtion flagrante d'Aziz dans les procédures judiciaires.

Propos recueillis par MLK
Mamoudou Kane


              

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