Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Maltraitance gynécologique : quand les femmes racontent leur souffrance


Société
Mercredi 14 Octobre 2015 - 17:00

TÉMOIGNAGES - Propos ou gestes déplacés, discriminations, examens brutaux ou rétention d'information... Pour de nombreuses femmes, la consultation en gynécologie est un lieu où peuvent survenir des maltraitances.


Salle de consultation gynéco
Salle de consultation gynéco
Il y a eu le scandale des touchers vaginaux sur patientes endormies puis celui sur le "point du mari", dénoncé par les sages-femmes ; il y a eu le Tumblr intitulé Je n'ai pas consenti, et un hashtag, sur Twitter, #PayeTonUtérus.

Puis il y a eu un documentaire de France Culture, diffusé dans l'émission Sur Les Docks, compilant les récits de nombreuses femmes, brusquées ou traumatisées lors d'un passage chez le gynécologue, chacune ayant souvent plusieurs anecdotes à raconter.

Il y a eu enfin le flot de commentaires suscités par cette émission, que France Culture a rassemblés dans un article. Peu à peu, les femmes sortent de leur silence et racontent la maltraitance gynécologique dont elles font parfois les frais.
 
Ce phénomène concerne des femmes de tous âges, quelle que soit la raison pour laquelle elles ont affaire à un gynécologue et que celui-ci soit un homme ou une femme.

Remarques déplacées, jugement de valeur ou d'ordre moral, gestes brutaux ou examens violents, mais aussi discriminations contribuent à instaurer un malaise chez les patientes, alors même que cette discipline médicale, à laquelle il est nécessaire d'avoir recours pendant sa vie, touche au plus intime. Plusieurs de ces femmes ont accepté de témoigner pour RTL.fr.
 
Culpabilité et infantilisation
 
"Dans la vie, je ne suis pas du genre à me laisser faire, je suis plutôt militante et, dans mon travail, j'ai un poste à responsabilité, je sais me faire respecter", raconte Marie*, 34 ans. Quand on l'interroge sur ses "mauvaises expériences" chez le gynécologue, elle explique en avoir "plein à raconter !"

Elle s'en souvient de trois en particulier, qui ont toutes un point commun : elle ressort des consultations avec un sentiment "de honte", et l'impression d'être prise "pour une idiote ou une enfant, quasiment systématiquement".

"Face à un médecin, et encore plus un gynécologue, j'étais une petite fille ignorante et apeurée qui n'osait rien dire. Le fait d'être dénudée les jambes écartées amplifie largement ce sentiment d'infériorité", analyse la jeune femme.
 
"J'avais 25 ans environ. Je prenais la pilule et allais chez la gynécologue tous les 6 mois pour faire renouveler mon ordonnance, explique Marie. Chaque fois, un examen était pratiqué. Chaque fois, elle me faisait mal avec le spéculum.

Chaque fois je le signalais. Chaque fois la même réponse : "Oh ça va, vous pouvez bien supporter ça", voire pire : "Non, ça ne fait pas mal voyons". Ma douleur était tout simplement niée. Alors je me taisais et attendais que ça passe."
 
Plus jeune, alors qu'on lui avait diagnostiqué une MST nécessitant une opération au laser, elle a dû faire face au jugement d'un gynécologue. Apeurée par l'opération et apprenant par la même occasion l'infidélité de son petit copain de l'époque, elle s'entend dire de la part du médecin : "Forcément Mademoiselle, si vous ne vous protégez pas, cela vous pendait au nez." Elle explique avoir par la suite traîné un sentiment de culpabilité, (se) sentant "en faute de demander des dépistages ou des moyens de contraception".
 
Face à un médecin, et encore plus un gynécologue, j'étais
une petite fille ignorante et apeurée qui n'osait rien dire. Marie*, 34 ans
 
Antigone*, bientôt 28 ans, a elle aussi plusieurs mauvais souvenirs chez le gynécologue. "La dernière expérience est très difficile", prévient la jeune femme, qui accepte de témoigner, en espérant que cela puisse "aider, d'une manière ou d'une autre". Victime d'un viol, et alors qu'elle venait de porter plainte, Antigone est envoyée par le commissariat chez une gynécologue présentée comme spécialisée dans ce genre de consultations.
 
La praticienne lui demande de raconter les circonstances du viol une nouvelle fois. "Je lui dis qu'un homme a profité de mon sommeil pour abuser de moi. Elle me coupe la parole et me demande pourquoi il était dans mon lit.

Je lui explique que j'étais en week-end dans le Sud pour l'anniversaire d'un ami, qu'il était un ami d'ami et qu'il n'y avait plus de place pour dormir, du coup on dormait dans le même lit. Elle me dit : 'Oui, vous aviez bu'. Je lui réponds que non, que c'était la veille de l'anniversaire mais que j'étais très fatiguée, m'étant levée tôt (...).

Puis elle répond : 'En même temps, quand on dort avec un garçon, on sait à quoi s'attendre.'" La jeune femme, se retrouvant en position de devoir s'expliquer, évoque ensuite une phrase prononcée par son agresseur : "Mais tu es tellement mignonne quand tu dors". Ce à quoi la gynécologue répond : "Il est peut-être tombé amoureux ce pauvre garçon'".
 
Je suis sortie anéantie, me sentant humiliée, coupable,
infantilisée comme jamais. Antigone*, 27 ans
 
Vient ensuite le moment de l'examen. "Je m'installe sur la table d'auscultation, elle me dit qu'elle va m’insérer un spéculum de petite taille. Ce qu'elle fait. Sauf que j'étais si nerveuse que j'ai 'rejeté' le spéculum.

Elle s'est alors mise à rire et m'a dit : 'Dites donc vous êtes une tendue vous!'". Mais le comble, pour la jeune femme, est la manière dont la gynécologue l'interroge, après l'examen et les prélèvements, lui parlant comme à une enfant.

Antigone cite une phrase en particulier, dont l'absurdité laisse sans voix : "Est-ce qu'il a mis son zizi dans le cucul ?" ; "Voilà, raconte Antigone. Une gynécologue censée avoir l'habitude de recevoir des patients ayant subi des violences sexuelles pose cette question de cette manière-là. Je suis sortie anéantie, conclut-elle, me sentant humiliée, coupable, infantilisée comme jamais."
 
Mylène, elle, a 33 ans et deux enfants. Elle raconte qu'à la naissance de son deuxième enfant, lors de la visite du 9ème mois, le gynécologue a pratiqué sur elle un décollement des membranes, un acte douloureux connu pour déclencher l'accouchement, mais qui ne faisait, semble-t-il, pas partie de son projet de naissance, établi au préalable.

À aucun moment, le médecin ne lui en demande l'autorisation ou ne l'en informe, ni avant, ni après. C'est en évoquant auprès d'amies la consultation et l'intense douleur ressentie pendant l'examen du gynécologue, qui voulait "vérifier l'état du col" de l'utérus, qu'elle comprend ce qu'a fait le médecin.
 
"Un métier de l'empathie"
 
Ce malaise, palpable parmi les patientes, de nombreux médecins en ont conscience, et essayent de faire bouger les choses. Marie-Laure Brival est gynécologue-obstétricienne et chef de service à la maternité des Lilas. Par téléphone, elle s'anime, dès que l'on aborde ce sujet, qui lui tient particulièrement à cœur.

"C'est un point sur lequel je me bats depuis 30 ans, souligne-t-elle d'emblée. Malheureusement, les femmes intègrent (les maltraitances), certaines viennent comme elles iraient à l'abattoir, en se disant que c'est un mauvais moment à passer. Ce n'est pas normal !", s'insurge la praticienne. Pour elle, une consultation commence quand on accueille la patiente, dès que l'on pose un regard sur elle.
 
"C'est un métier de l'empathie, de l'écoute", insiste le docteur Brival, qui se montre particulièrement sensible aux discriminations dont les femmes en général et certaines en particulier peuvent faire l'objet chez le gynécologue, en fonction de leur poids, de leur orientation sexuelle ou de leur statut sérologique. À Port-Royal, elle tient d'ailleurs une consultation dédiée aux femmes séropositives, qui se font "foutre dehors" de certains cabinets, comme elle l'explique elle-même. "C'est d'une violence inouïe pour ces femmes", lâche-t-elle. Infantilisation, jugement porté sur la patiente, rétention d'informations (sur l'IVG, sur la stérilisation...), la maltraitance a pour elle de multiples visages. Elle peut même exister à l'insu des médecins. "Il faut que les médecins s’interrogent, la plupart du temps c’est pavé de bonnes intentions, ils ont l’impression de faire leur métier, de sauver des vies", analyse-t-elle.
 
Les femmes séropositives se font foutre dehors de certains cabinets,
c'est d'une violence inouïe. Dr Marie-Laure Brival
 
Gilles Lazimi est médecin généraliste au Centre de santé de Romainville (93). Acteur de la lutte contre les violences faites aux femmes, il a notamment participé à de nombreuses campagnes de sensibilisation. "Depuis une dizaine d'années, note-t-il, les étudiants (en médecine) savent qu'il faut expliquer l'examen à la patiente et avoir son consentement. Depuis l'épidémie du sida, on est dans une alliance thérapeutique avec le patient, explique le médecin. Quand on sort de cette alliance, il peut y avoir des maltraitances."

Le docteur Lazimi est plutôt optimiste, il trouve que ce sujet est de plus en plus évoqué. Mais selon lui, il faut "sortir de l’infantilisation, arrêter les examens intempestifs, cesser d'avoir des a priori et de demander des explications quand une femme demande une IVG", précise-t-il.
 
Du côté du Syndicat des gynécologues et obstétriciens (SYNGOF), on reconnaît volontiers l'existence de ces maltraitances. "Cela peut survenir quand il y a des défauts dans la prise en charge du soin", précise son président, le docteur Bertrand de Rochambeau, qui cite aussi "une intrusion dans l’intimité des personnes à l’insu de leur volonté". Derrière le terme de maltraitance, il y a aussi, selon lui, "la violence que requièrent parfois certains gestes de chirurgie ou ayant un lien avec l’accouchement"
 
Inciter les médecins à être à l'écoute de la société
 
Mais le président du SYNGOF estime aussi que le métier de gynécologue "est tout sauf doux". "Les gynécologues sont des êtres humains avec leur caractère, le rapport humain doit aussi être vu à cet aune", précise aussi le médecin : "Je ne justifie pas, mais il faut garder ça à l'esprit". Pour mettre fin à ces maltraitances, il faut, selon lui, "inciter les médecins à aller sur les réseaux sociaux, à être à l'écoute de la société."
 
Pour le docteur Brival, il est important de s'adresser aussi aux femmes : "Prenez votre santé en main : nul autre ne doit disposer de votre corps comme il l’entend. Et si tout cela n’aboutit pas, changez de médecin."

Un conseil que certaines appliquent déjà : des militantes féministes ont ainsi mis en place Gyn&co, une "liste blanche" de soignants répertoriés dans différentes grandes villes, reconnus par leurs patientes comme étant non-discriminants. N'importe qui peut proposer de nouveaux praticiens (en remplissant un questionnaire détaillé) et les patientes peuvent tenter d'y trouver celui qui saura les écouter.
 
* Certains prénoms ont été modifiés, à la demande des personnes interviewées.

Rtl.fr
Noorinfo


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
En clair
Inscription à la newsletter