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Mali : Pourquoi les rebelles touareg sont divisés


International
Dimanche 5 Août 2012 - 22:59

Les raisons politiques et religieuses du divorce entre les deux principales factions de la rébellion au nord du Mali.


Iyad Ag Ghali (troisième à d.) chef d'Ansar Dine, à Bamako, 19/08/2003, REUTERS/Yves Herman
Iyad Ag Ghali (troisième à d.) chef d'Ansar Dine, à Bamako, 19/08/2003, REUTERS/Yves Herman
Mise jour du 17 juillet 2012: Dans un communiqué signé du porte-parole du MNLA, les rebelles sécessionnistes touareg ont nié avoir renoncé à l’indépendance du Nord-Mali: «nous apportons un démenti catégorique aux propos disant que le MNLA renonce à l'indépendance de l'Azawad. C'est une désinformation malveillante qui vise à nous discréditer. Nous n'avons demandé à personne de parler en notre nom ni à Bamako ni ailleurs. Nous poursuivons, contre vents et marées, la révolution (…) du peuple de l'Azawad.»

***


Première partie de l'article Mali: l'épopée des Touaregs

Avec l’apparition, en mars 2012, du mouvement Ansar Dine, prônant un islam fondamentaliste, voulant instaurer «la charia dans tout le Mali», et surtout, qui ne revendique nullement l’indépendance de l’Azawad, la donne se complique. Et le MNLA, le mouvement de libération de Azawad, se retrouve, alors, en perte de vitesse.

Et pour cause, Ansar Dine est mené par un chef de guerre: Iyad Ag Ghali, qui fût le leader militaire de la rébellion des années 90.

Très réputé, il a également servi de nombreuses fois depuis 2003 de médiateur pour la libération d'occidentaux qui étaient détenus par Aqmi. La forte imbrication avérée entre ces derniers et Ansar Dine complique davantage la situation.

Combat pour l'Azawad

Sur le terrain militaire, le MNLA et Ansar Dine mènent ensemble certaines batailles contre l’armée malienne, notamment à Aguelhok et à Tessalit. Mais dans sa communication le MNLA niera cette coalition. Bénéficiant du soutien logistique d’Aqmi, Ansar Dine tient tête militairement et s’affirme de plus en plus en maître des lieux.

Dans le sud du pays, les choses vont mal. A Bamako, la rébellion provoquera, indirectement, un coup d’Etat militaire, renversant le président Amadou Toumani Touré, le 22 mars. Les institutions sont dissoutes.

Du coup, la situation se dégrade au nord du Mali à présent vidé de l’armée malienne et contrôlé totalement par les divers groupes: les rebelles du MNLA, les islamistes d’Ansar Dine et d’Aqmi, des milices locales et des trafiquants de tous genres.

L’Histoire retiendra ces trois dates importantes: 30, 31 mars et 1er avril 2012, ces 72 heures verront se détacher de la carte du Mali ses trois régions septentrionales: Kidal, Gao et Tombouctou.

Et pour couronner le tout, le 6 avril 2012, le MNLA «proclame irrévocablement, l’indépendance de l’Etat de l’Azawad», avec la ville de Gao, comme capitale.

Cette proclamation, «unilatérale», est rejetée par la communauté internationale, dans son ensemble. Les organisations africaines (l’Union Africaine et la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), montent au créneau.

La Cédéao menace de recourir à la force pour préserver «l’intégrité territoriale» du Mali après cette déclaration d’indépendance du territoire de l’Azawad, dans le nord, qu’elle rejette totalement, comme l’Union Africaine et l’ensemble de la communauté internationale qui qualifient la déclaration du MNLA de «nulle et non avenue.»

Mais le mouvement persiste et signe. Il convoque une rencontre avec des oulémas, des cadres, et des notables des régions de Tombouctou, Gao, Kidal et Ménaka, pour les faire adhérer, à son projet et travailler pour une reconnaissance de l’Etat de l’Azawad.

Rivalité déclarée

Dans le même temps, le rapport de force entre Ansar Dine et le MNLA sème une confusion totale, sur ce qui se passe réellement sur le terrain du Nord-Mali. Difficile de savoir qui est-ce qui contrôle quoi!

Chacun de des deux mouvements dit avoir le dessus sur l’autre dans les différentes localités occupées.

Manifestement, les grandes villes stratégiques: Kidal, Tombouctou, et dans une certaine mesure Gao, sont contrôlées, en grande partie, par Ansar Dine.

Si bien qu’à Tombouctou, la ville des 333 Saints, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, réputée pour son éclairage des mondes africains et pour sa tolérance, le mouvement islamiste instaure la loi islamique dure, notamment en imposant le voile aux femmes, en saccageant et en fermant des bars de la ville, en interdisant les vendredis les visites traditionnelles aux cimetières, la tombe d’un Saint est profanée, certains monuments de la ville sont détruits, et dans les mosquées Ansar Dine prêche une lecture fondamentaliste du Coran.

En somme Ansar Dine occupe bien le terrain tant sur les plans idéologique, humanitaire, social que militaire.

Les entrées de la ville sainte et son aéroport, semblent gardés par le MNLA qui pour des raisons tribales et stratégiques ne veut pas s’attaquer frontalement à Ansar Dine. Alors les deux mouvements se font la guerre via leurs communications publiques.

La cohabitation se fait bon gré, mal gré

La ville de Gao est divisée en trois camps. Le centre est occupé à la fois par le MNLA, Ansar Dine, et le Mouvement pour l’Unicité et le Djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao).

Ce dernier, est présenté comme une dissidence d’Al Qaida au Maghreb islamique. Le Mujao revendique l’enlèvement du consul d’Algérie et de six de ses collaborateurs, le 5 avril à Gao. Le groupe réclamerait une rançon de 15 millions d’euros, aux autorités algériennes en contrepartie de la libération des otages.

Bien qu’on ne parle que peu de Kidal, il n’en demeure pas mois qu’elle soit un nœud important du problème, car elle concentre à elle seule, une bonne partie des enjeux de cette guerre. C’est souvent de Kidal que tout est parti dans l’histoire des rébellions touareg. Dans la configuration actuelle, la ville est contrôlée par les Ifoghas, tribu dont est issu Iyad Ag Ghaly, le leader d’Ansar Dine, qu’ils soient du MNLA ou du groupe Islamiste.

Les Ifoghas ont dépassé le clivage de ces mouvements. Ils circulent de l’un à l’autre, en mettant tout de même, l’essentiel de leur force avec Ansar Dine pour détenir une position stratégique et hégémonique à Kidal, leur ville, menacée de leur échapper si le Mali reprenait la main sur le Nord et que l’Etat en revenait à confier la gestion de cette localité aux Imghad anciennement tributaires de la tribu des Ifoghas.

Les deux composantes s'opposent farouchement. Ce qui explique en partie que beaucoup d’Imghad sont restés loyalistes à l’Etat malien, à l’image de leur colonel El Hadj Ag Gamou, qui commandait les opérations militaires au nord avant la déliquescence de l’appareil d’Etat et la défaite des armées maliennes au nord du pays.

A Tombouctou ou à Gao, les populations sont livrées à elles-mêmes. Elles se sentent abandonnées. Elles expriment leur désolation à travers des marches de protestations comme c’est le cas, début mai, à Tombouctou.

Des dizaines de personnes descendent dans les rues de la ville, avec des pancartes et des slogans qui en appellent, «au retour de l’Etat malien», «Trop c’est trop!», «On veut la paix.»

Mariage forcé

Pour trouver une sortie de crise dans le nord, notamment entre les deux mouvements touareg Ansar Dine et le MNLA, des discussions sont entreprises. L’objectif visé d’entrée est de fusionner les deux groupes pour éviter l’éclatement d’un conflit.

Ansar Dine qui a pris le dessus militairement fait de nouvelles recrues chaque jour, y compris chez les militants et combattants du MNLA.

La confrontation directe revient au suicide, donc le compromis reste la solution viable. Stratégiquement le MNLA vise, en fusionnant avec le groupe islamiste, à faire revenir les hommes qu’il a perdu de son coté et cela passe par une unité, mais aussi à rajouter à son compte la force dont dispose Iyad Ag Ghali épaulé par Aqmi.

Mais le responsable d’Ansar Dine, est un homme d’expérience, il sait qu’il est en position de force. Il veut que tout repose sur lui.

De plus, Iyad Ag Ghali est l’interlocuteur privilégié de l’Algérie, qui est la puissance régionale et qui «détient toutes les clés du problème», selon les mots de l’ancien président français, Nicolas Sarkozy.

Alors, les discussions s’annoncent rudes pour le MNLA qui veut garder son identité de mouvement indépendantiste et laïc, tandis qu’Ansar Dine est guidé par un esprit religieux très fort. Après de longues négociations, les deux mouvements arrivent à s’entendre le 26 mai 2012, en signant un protocole d’entente, dans l’esprit est résumé ainsi:

«Le Mouvement National pour la Libération de l’Azawad et Ansar Dine, s’engagent à s’investir pour établir et construire un Etat islamique dans l’Azawad qui doit appliquer la législation islamique dans tous les domaines de la vie; basée sur le Coran et la Suna.»

Cet accord provoque un séisme au sein des sociétés civiles touareg qui tiennent à un islam, non pas politique, mais à un islam de rite malékite, déjà pratiqué par les sociétés touareg, dans la sobriété et le mysticisme désertique.

Divorce aussitôt prononcé

Le 30 mai 2012, la Coordination des Cadres de l’Azawad, (CCA) par la voix de son porte parole, Habaye Ag Mohamed, adresse une lettre ouverte au secrétaire général du MNLA, lui demandant de «rompre sans délais le protocole d’accord signé avec le groupe islamiste», accord «inconciliable avec la ligne politique du MNLA et contraire à l’islam pratiqué par l’ensemble des populations de l’Azawad», selon les termes du communiqué du CCA qui s’oppose clairement à toute tentative d’instauration «d’un Etat djihadiste dans l’Azawad.»

Effet direct: le 1er juin 2012, le bureau politique du MNLA, annonce que la fusion de ce mouvement avec les islamistes d’Ansar Dine n’est plus d’actualité et que le MNLA rejette, désormais, catégoriquement l’accord signé avec les islamistes d’Ansar Dine à Gao, le 26 mai. Hama Ag Mahmoud, qui annonce cette information, clarifie ainsi:

«Aujourd’hui, nous mettons fin totalement à cet accord. Ansar Dine veut absolument appliquer la charia, et nous nous sommes un mouvement laïc. Il n’a jamais été question de mouvement intégriste.»

La Coordination des Cadres de l’Azawad se félicite de cette nouvelle. Un membre influent de cette organisation regroupant d’éminents cadres et intellectuels confie:

«Par cet acte, nous évitons le pire: livrer l’Azawad à Aqmi, qui veut y instaurer un État djihadiste et islamiste. C’est au compte d’Aqmi qu’Ansar Dine travaille, cette dernière organisation est redevable à la première.»

Ces fluctuations parfois hasardeuses et improvisées rendent l’avenir difficilement perceptible. La situation à Bamako se dégrade où les ex-putschistes handicapent la marche de la transition. Toute chose qui ne crée pas un climat favorable pour des négociations entre Bamako et le Nord du Mali.

En attendant, Aqmi serait aujourd’hui mieux armée que les armées maliennes et burkinabés réunies. Ce qui pourrait légitimer une intervention militaire internationale.

«L’Afghanisation» du Sahel/Sahara n’est pas une bonne nouvelle. Les mouvements touareg du MNLA et d’Ansar Dine sont désormais adversaires.

Les victimes de cette situation restent les 320.000 exilés de leurs terres qui n'ont rien demandé à personnne. Ces Sahariens sont les victimes des richesses sous-terraines de leur espace, encore inexploitées et tant convoitées, par les superpuissances mondiales, passant d’un espace à l’autre du monde, pour en vider les entrailles, sans guère se soucier des peuples qui y vivent depuis des lustres.

Intagrist El Ansari
Pour slateafrique.com


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Mamoudou Kane


              

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