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Mali : La Mauritanie s’engage «au nom de l’Onu», ou de la France ?


Actualité
Jeudi 21 Mars 2013 - 12:02

La Mauritanie est en train de franchir, chaque jour, un nouveau pas vers le champ de bataille malien. Les signes annonciateurs d’une telle perspective ne trompent pas : A la clôture du sommet de l’Architecture de paix et de sécurité du CPS de l’UA, dimanche dernier à Nouakchott, le ministre des Affaires étrangères Hamady Ould Hamady a presque signifié que la Mauritanie est déjà engagée au Mali.


Des soldats mauritaniens, le 4 janvier 2011 près de Boulanouar  afp.com/Frédéric Florin
Des soldats mauritaniens, le 4 janvier 2011 près de Boulanouar afp.com/Frédéric Florin
Le fait de soumettre cette intervention, dans le cadre d’une mission de maintien de la paix de l’Onu, à un cadre réglementaire autre que celui qui régit présentement la MISMA (Mission internationale de soutien au Mali) n’est pas en soi une contrainte puisque la France a déjà annoncé le transfert de ce dispositif qu’elle dirige à l’Onu d’ici avril prochain. Ce qui donne l’impression que Nouakchott suit un plan bien tracé par Paris, depuis la rencontre d’Abou Dhabi, il y a un peu plus d’un mois, entre les présidents François Hollande et Mohamed Ould Abdel Aziz. Le président mauritanien n’avait-il pas, pour la première fois, déclaré que l’intervention de la Mauritanie au Mali « n’est pas impossible » ? Précisant, tout de même : « si le Mali en fait la demande » ! Ce qui est chose faite avec la visite à Nouakchott du président malien par intérim, Dioncounda Traoré, qui est venu uniquement pour satisfaire cette exigence du président Aziz décidé, semble-t-il, à suivre la voie du président tchadien Idriss Deby, dont le pays, non membre de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), a pourtant fourni le plus gros des troupes de la MISMA (2000 soldats) après la France.

Une attitude que beaucoup d’observateurs jugent compréhensible de la part d’un président dont le régime, peu démocratique, a besoin d’être en bons termes avec l’ancienne puissance colonisatrice pour qu’elle ferme les yeux sur ses agissements. Le président Aziz aussi, mis en difficultés par une opposition qui ne renonce pas à son « rahil » (départ) et lancé, depuis deux mois, dans une guerre sans merci contre l’homme d’affaires Mohamed Ould Bouamatou, doit chercher les bonnes grâces de Paris. Surtout qu’Ould Bouamatou, qui a été son plus précieux soutien lors de la crise de 2008 et de l’élection présidentielle de juillet 2009, est crédité de bonnes relations dans une françafrique qui n’a pas complètement disparue avec l’arrivée des socialistes au pouvoir. Pour être donc à l’abri de toutes surprises, le pouvoir de Nouakchott s’apprête à se protéger par ce qui pourrait bien être une mise en avant de « services rendus ». Quand la guerre au nord Mali sera finie et que Paris se mettra à compter ses amis – et ennemis – parmi ceux qui ont participé à son expédition punitive contre les terroristes d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI), du Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’ouest (MUJAO) et des mouvements de libération de l’Azawad (Ansar Eddine et MNLA). La gouvernance de Paris en Afrique

Cette volonté de servir la cause de Paris apparait clairement dans les propos du ministre mauritanien des Affaires étrangères quand il déclare, à la cérémonie de clôture de la rencontre de Nouakchott, qu’il est temps de faire face au terrorisme avec détermination. Comme si la Mauritanie n’avait pas déjà fait sa guerre, seule, sans réussir à entraîner dans son sillage la CEDEAO, pourtant concernée par la menace, comme l’a fait la France avec une facilité déconcertante. Mais il est vrai aussi que Paris n’est pas Nouakchott. La France a mille et un moyens de pression capables de plier à sa volonté le plus récalcitrant des chefs d’Etat de son pré carré. L’aide publique au développement, le soutien politique (qui fait fermer les yeux sur ce qui ne va pas dans une ancienne colonie) et le « secours » militaire comme au Mali et en Cote d’Ivoire sont les armes infaillibles qu’utilise Paris pour exercer un nouveau type de relations verticales entre une puissance et ses Etats satellites. Une situation qui ne changera pas de si tôt et qui est servi, il est vrai, par la faiblesse des organisations internationale (Onu), régionale (UA) et sous régionale (CEDEAO).

Car dans toute crise, les puissances régissant le monde s’engagent d’abord, dans la précipitation et suivant leurs objectifs propres, pour ensuite refiler le bébé à la communauté internationale ! Ce fut le cas en Irak et en Afghanistan, avec les Etats unis d’Amérique ; la France a réédité le coup en Cote d’Ivoire, en Libye et elle s’apprête à en faire de même au Mali. L’Onu qui est censée être la « gouvernance du monde » est ainsi instrumentalisée par ceux qui ont établi pour eux des privilèges au sein d’un Conseil de sécurité (5 pays membres) fixé depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Et pas prêt apparemment à s’ouvrir à des pays émergents comme le Brésil, l’Afrique du sud ou même des puissances économiques comme l’Allemagne et le Japon. Ce qui fait que les crises, grandes ou petites, continueront toujours à donner la preuve que le monde, en ce 21ème siècle, est encore régi par les systèmes hérités des soubresauts géostratégiques des guerres de l’Europe qu’on avait appelées, abusivement, « guerres mondiales ».

MOMS
L'authentique
Mamoudou Kane


              

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