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Mali : La Mauritanie dans le camp des faucons


Actualité
Mercredi 3 Octobre 2012 - 10:38

La tenue de l’Assemblée nationale des Nations unies a donné l’occasion de connaître, un peu plus, la position de la Mauritanie sur la crise malienne. Présent à ces assises qui ont sacré une large place à cette question, le ministre mauritanien des Affaires étrangères, Hamady Ould Hamady, a demandé à la communauté international - plus précisément au Conseil de Sécurité - d’agir, " sous le sceau de l’urgence " pour faire face à la situation qui prévaut au Mali.


Le président péruvien Humala accueillant le ministre mauritanien des affaires étrangères Hamady Ould Hamady
Le président péruvien Humala accueillant le ministre mauritanien des affaires étrangères Hamady Ould Hamady
Cet appel on ne peut plus clair à une intervention militaire au nord Mali, contrôlé depuis près de six mois par des groupes islamistes armés, place définitivement la Mauritanie dans le camp des faucons (les pays qui affichent leur volonté de participer à la constitution d’une force militaire pour reprendre la province de l’Azawad aux groupes armés).

Le ministre mauritanien des Affaires étrangères, qui prononçait un discours hier samedi devant l’Assemblée nationale de l’Onu à New York, a aussi indiqué que la Mauritanie " suit avec attention et préoccupation ce qui se passe dans ce pays voisin et frère ", ajoutant que Nouakchott " soutient sans faille l’unité du peuple et du territoire maliens ".

Ould Hamady a demandé à la communauté internationale de bouger, en concertation avec le gouvernement malien et les pays voisins, pour " restaurer l’unité du mali ". Un appui important, de l’avis des observateurs, pour la demande introduite, il y a quelques jours, par le gouvernement malien pour solliciter des Nations unies pour la prise d’une décision allant dans le sens de l’appui à apporter à la force militaire que la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) compte envoyer au Mali pour reprendre possession de la province de l’Azawad contrôlée, depuis plus de cinq mois, par des groupes islamistes armés. De même, le ministre des Affaires étrangères est revenu pour rappeler que la Mauritanie a indiqué, en avril dernier, être prête à accueillir le Centre des Nations unies pour la lutte contre le terrorisme et le crime organisé.

Pourquoi ce changement d’attitude ?

On se demande, après le discours du MAEC à la tribune de l’Onu, qu’est-ce qui a bien pu sortir la Nouakchott de sa réserve, ou même de l’ambiguïté de sa position, quand on sait, que lors de son " Direct avec le Peuple ", le 5 août dernier à Atar, le président Ould Abdel Aziz avait déclaré qu’une intervention militaire au Mali n’était inscrite dans son agenda. Lui qui est pourtant allé seul, il y a un an, contre Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI).

Est-ce lié à la position de la France, qui sans le reconnaitre ouvertement, cherche à pousser la CEDEAO et certains pays voisins du Mali à mener une " expédition punitive " contre AQMI, le MUJAO (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest) et Ançar Edine ? Ou encore cette subite volonté de " rétablir l’ordre " au Mali, qui doit " conserver son intégrité territoriale et l’unité de son peuple ", a-t-elle un lien direct avec la venue en Mauritanie, le 27 septembre dernier, du général Carter S. Ham, Commandant en chef des forces armées américaines pour l’Afrique (AFRICOM), reçu au Palais par le présidentiel Aziz ?

L’entrevue s’est déroulée en présence du général de Division Mohamed Ould GHazwani, Chef d’Etat Major National qui, il y a quelques jours, avait opéré un vaste mouvement dans le commandement militaire des régions. Des médias avaient même évoqué la préparation de quelque 600 soldats mauritaniens, qui seraient appelés à intervenir dans le cadre de la force que la CEDEAO s’apprête à lancer à la reconquête de l’Azawad. On avait même évoqué, dans ce cadre précis, l’octroi de 1500 USD, pour chaque soldat mobilisé dans cette périlleuse mission de " pacification " et qui seraient pris en charge entièrement par l’Onu.

C’est aussi à mettre en rapport, peut être, avec la mission effectuée, il y a quelques jours, en Irak, par le ministre mauritanien de la défense, Ahmed Ould Idey Ould Mohamed Radhi. Mission au cours de laquelle il aurait été question, avec le Premier ministre irakien, Nouri El Maliki, d’une livraison d’armes et de matériel militaire à Nouakchott.

Mission (pas) impossible mais difficile

Si la communauté internationale a mis du temps pour décider si oui ou non il faut y aller, c’est parce que la mission de reconquête du nord Mali parait difficile. Du fait même qu’il ne s’agit plus, comme l’avait fait la Mauritanie, il y a un an, d’affronter un groupe terroriste (AQMI) dont les combattants sont souvent estimés à moins d’un demi-millier d’hommes, mais de faire face à d’autres groupes islamistes armés apparus tout juste après la chute du pouvoir d’Amadou Toumani Touré et qui s’appuie, pour une large part, sur des éléments locaux. En effet, si le MUJAO est considéré comme une excroissance d’AQMI, Ançar Edine, lui, est un mouvement local, formé de Touaregs essentiellement, et dont le chef, Iyad Ag Ghali, fait partie des leaders indépendantistes qui, dans les années 90, avaient mené la rébellion contre le gouvernement central de Bamako.

Mais ce serait une grande erreur de penser qu’on peut mener une guerre à l’un de ces groupes sans engager les autres. Il y a même des risques certains qu’une intervention militaire au nord Mali ne provoque une sorte de " sainte alliance " qui peut même faire gagner à ces groupes islamistes armés des sympathies au sein des populations.

A ce sujet, Thiégomo, Bouba Maiga, journaliste malien de renommée et grand connaisseur du dossier, déclare : " si l’Onu donne son feu vert pour une intervention au nord Mali, elle doit savoir qu’elle doit affronter AQMI comme force principale et savoir que les autres groupes islamistes n’agissent que sous ses ordres, c’est sûr ".

C’est ce que confirme aussi le Malien Omar Hamama, l’un des dirigeants djihadistes " militaires " parmi les cinq plus importants au nord Mali. Il fait allusion aux relations solides entre les trois groupes armés. Lui est connu comme étant la deuxième personnalité dans la qatiba (bataillon) d’AQMI dirigée par Belmoctar, et il s’est présentée, à la prise de Tombouctou, en avril dernier, comme le chef d’état-major d’Ançar Edine, et maintenant comme celui du MUJAO !

Dans une récente déclaration à l’AFP, il avait dit : " soyez sûrs que nous sommes tous des djihadistes, qu’on soit combattant du MUJAO ou d’Ançar Edine ou d’AQMI, notre objectif est le même : l’application de la charia et l’attaque qui va prendre pour cible l’un de nous est dirigée contre tous ". Ceux qui prônent l’intervention militaire sont donc avertis.

Sneiba Mohamed
Pour l'authentique
Mamoudou Kane


              

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