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Mali : L'épopée des Touaregs


International
Dimanche 5 Août 2012 - 22:48

Pourquoi et comment un peuple qui s'estime marginalisé en est venu, au bout d’une énième rébellion, à provoquer une division du grand Mali en deux.


Festival touareg de la Sbiba à Djanet dans le désert algérien, 7 janvier 2009 © Magharebia/Flickr
Festival touareg de la Sbiba à Djanet dans le désert algérien, 7 janvier 2009 © Magharebia/Flickr
Mise jour du 17 juillet 2012: Dans un communiqué signé du porte-parole du MNLA, les rebelles sécessionnistes touareg ont nié avoir renoncé à l’indépendance du Nord-Mali: «nous apportons un démenti catégorique aux propos disant que le MNLA renonce à l'indépendance de l'Azawad. C'est une désinformation malveillante qui vise à nous discréditer. Nous n'avons demandé à personne de parler en notre nom ni à Bamako ni ailleurs. Nous poursuivons, contre vents et marées, la révolution (…) du peuple de l'Azawad.»

***


Les choses sont allées bien vite.

Aucun observateur n’a pu prévoir ce qui s’est produit en Tunisie, en Égypte, en Libye et pratiquement dans le même ordre: la chute subite du régime d’Amadou Toumani Touré, la déliquescence de l’appareil de l’Etat Malien, puis la partition du pays en deux!

Les réalités ne sont certes pas le mêmes, mais on constate une similitude quant à la vitesse avec laquelle les pouvoirs centraux de ces pays ont étés totalement défaits, sans finalement recourir à une force majeure, excepté pour l’ancien régime libyen cerné par les bombardements de l’Otan.

Dans le cas du Mali, on serait tenté de dire, que «tout» ce qui arrive dans sa partie sahélo-saharienne serait dû à la chute du régime de Kadhafi et donc le résultat de la guerre engagée par l’OTAN en Libye sur la volonté française. Oui, mais pas seulement.

Au Sahel/Sahara, le problème est d’abord géopolitique, d’une grande complexité avec des enjeux aussi multiples que les acteurs. Pour beaucoup d’observateurs, les plus avertis, c’est là que «se décide l’avenir du Monde», en raison des ressources non exploitées et que le Sahara renferme.

La question touareg: ancienne, mais jamais résolue

Ensuite, on est devant des conséquences directes d’une configuration géographique et socio-culturelle, mal pensée par l’ancienne administration coloniale, qui en traçant les frontières, comme elle l’avait fait à la décolonisation, pensait pouvoir rester maitre et garder la main mise sur ce grand espace en tentant de confier la gestion politique et territoriale des peuples très différents culturellement et du point de vue de l’Histoire, aux Etats postcoloniaux, nouvellement créés et dont la politique, pour certains est encore décidée, en grande partie à Paris.

L’espace saharien est celui devant lequel la pénétration coloniale avait eu le plus de mal d’abord à entrer, puis à asseoir son pouvoir après la pacification des tribus touareg, à la fin du 19ème siècle.

La différence n’est pas tant le problème dans cette histoire, mais c’est d’arriver à s’accepter, tout en étant différent, tout en reconnaissant l’autre dans sa différence. C’est là le défi que le Mali n’est visiblement pas arrivé à relever, même au bout de cinquante ans d’indépendance.

La demande d’un développement juste et durable au Nord-Mali a toujours été centrale dans les revendications des populations de cette région, comme l’affirme Mohamed Ag Malha, haut cadre intellectuel et leader touareg issu de la tribu Kel Ansar. Il est un fin connaisseur de la question:

«On a toujours tressé, politiquement, les cheveux sur les poux: le problème du nord n’a jamais été sérieusement réglé. Depuis 1963, date de la première rébellion.»

Ce sont-là les paramètres essentiels à garder à l’esprit pour mieux cerner la question et l’actualité sahélo-saharienne, tout en prenant la hauteur permettant de mieux observer une problématique dont la complexité ne fera que s’élargir.

La chute de Kadhafi comme déclencheur

Dans cette actualité, il est clair que l’effondrement du régime du guide de Tripoli a nettement profité à la nouvelle insurrection touareg au Nord-Mali. C’est peut-être ce que l’on peut nommer «le gain de l’Histoire.»

En effet, Mouammar Kadhafi avait lancé un appel dans les années 80, aux jeunes touareg issus du Mali et du Niger, il les a formés militairement et les a intégrés en tant que soldats, ils ont combattu, à son compte au Liban, en Palestine et au Tchad. Ils sont ensuite restés dans l’armée libyenne.

Depuis lors Kadhafi ne cessera d’entretenir des relations ambivalentes avec la région sahélo-saharienne, (Nord-Mali et Nord-Niger) et précisément avec ses habitants, pour lesquels il disait vouloir un «Sahara prospère.» Il créa en 2006, à Tombouctou «l'Association des tribus du Sahara», avec certains responsables de ces régions qu’il manœuvre à sa guise et en complicité avec les autorités de Bamako tenues grâce à des investissements juteux, particulièrement dans la capitale malienne et à l’intérieur du pays.

A la chute du régime de Kadhafi, en octobre 2011, ils sont environ 400 hommes, originaires, pour la plupart des régions du Nord-Mali, à partir de Libye, encore sous l’assaut de l’Otan. Ils traversent le grand désert et passent les frontières communes au Niger et à l’Algérie. Très lourdement armés, ils aboutirent au Nord-Est malien où ils établissent leur première base, dans des massifs montagneux de la région de Kidal.

Comment la rébellion touareg s’est constituée

Déjà, tous les yeux du monde sont tournés vers cette partie du Sahel-Sahara à la configuration complexe, en raison notamment de la présence d’Al-Qaida au Maghreb Islamique, (Aqmi).

Présence qui rend impossible le voyage des occidentaux dans cette zone, car menacés de rapt par l’organisation islamiste, issue du déclin du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) algérien et par les nombreux trafics, dont celui de la drogue, qui sévissent impunément, dans un territoire de 800.000 kilomètres carrés.

Ces anciens militaires libyens font une alliance avec des hommes du Mouvement Touareg du Nord Mali (MTNM), dirigé par Ibrahim Ag Bahanga, décédé en août 2011. Ag Bahanga était le dernier chef rebelle qui tenait encore tête, militairement au régime de Bamako.

La nouvelle coalition verra, alors le jour sous le nom de: Mouvement National pour la Libération de l’Azawad, (MNLA). Assez bien structuré militairement, ce mouvement dispose d’une force de frappe inédite, il est composé d’un état major, piloté par Mohamed Ag Nejim, un ancien colonel de l’armée libyenne, qui a regagné le Mali avec ses hommes.

Ensemble, ils constitueront la force de la nouvelle rébellion au Mali, organisée en unités mobiles pratiquement indépendantes les unes des autres. Ils seront rejoints, une fois la guerre déclenchée, par des déserteurs de l’armée malienne: il s’agit de touaregs intégrés (tous issus du Nord-Mali) dans les différents corps, administratifs et militaires du Mali, à la suite des précédents accords de paix.

Cependant, le MNLA manque cruellement de fond idéologique, politique et surtout intellectuel, essentiel à toute Révolution voulant atteindre son objectif avant de s’essouffler! Cette carence se manifeste, dans un discours véhiculé qui est plus issu d’un esprit «syndicaliste» avec ses lamentations, plus qu’il ne reflète la pensée et la conception du monde selon le Touareg et le Saharien en général.

La rhétorique choisie fait référence intrinsèquement, à la «berbérité», elle tente ainsi de couper les Touaregs de leur histoire ancienne, prenant racine dans les plus vieilles civilisations du monde, depuis le Royaume Yéménite de Saba, et donnant naissance, après un long parcours identitaire et syncrétique, à des sociétés touareg dont la diversité fait la richesse et l’originalité.

Une conquête fulgurante

Toutefois, cette forme d’organisation assez solide militairement et boîteuse intellectuellement, suffira pour déclarer ouvertement la guerre aux autorités de Bamako, lorsque celles-ci renforceront leur présence militaire dans la région de Kidal, en fin 2011. Cette déclaration est aussi le signe d’échec de tentatives de négociations entreprises par Bamako avec certains des hommes revenus de Libye.

Alors, la balle est définitivement tirée, le 17 janvier 2012, quand survient la première attaque du MNLA dans la localité de Ménaka au Nord-Est malien, près de la frontière nigérienne. Le lendemain, ces rebelles attaqueront deux autres camps militaires, dans les villes d’Aguelhok et de Tessalit, situées dans la région de Kidal, à la frontière algérienne.

Ce sera le point de départ deux mois de conflit, au cours desquels l’armée malienne quittera peu à peu la partie nordique du Mali, en opérant «un repli tactique», selon les termes des communiqués des forces armées, alors que le MNLA avancera et contrôlera progressivement cette partie du pays appelée également l’Azawad: territoire revendiqué par les rébellions touareg successives, comme «le pays à libérer de l’occupant: l’Etat malien.»

Cette situation, n’est pas sans générer des conséquences humanitaires inquiétantes: le bureau des Nations Unies pour l’humanitaire, l’OCHA, parle de 320.000 déplacés et réfugiés dans les pays voisins: l’Algérie, la Mauritanie, au Niger et au Burkina Faso, d’importants camps abritent ces exilés.

Intagrist El Ansari
Pour slateafrique.com


Lire la deuxième partie de l'article "Mali: Pourquoi les rebelles touareg sont divisés"
Mamoudou Kane


              

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