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Mali : Ces milices qui veulent en découdre avec les islamistes


International
Samedi 28 Juillet 2012 - 10:28

Les populations civiles s’organisent pour résister aux islamistes qui contrôlent le Nord.


Entraînement de miliciennes du FNL, Sévaré (600km de Bamako), juillet 2012. © REUTERS/Reuters Staff
Entraînement de miliciennes du FNL, Sévaré (600km de Bamako), juillet 2012. © REUTERS/Reuters Staff
Six groupes «d’auto-défense» se sont réunis le 21 juillet, pour bouter les islamistes hors du Mali.

Les Forces patriotiques de résistance (FPR) revendiquent «des milliers» d’hommes prêts à combattre avec les moyens du bord, pour en découdre avec al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI).

Des volontaires s’entraînent dans plusieurs camps situés aux environs de Mopti. Cette ville du pays dogon de 114.000 habitants, située sur l’axe routier Bamako-Gao, se trouve aux portes du territoire contrôlé par les islamistes et les rebelles touaregs.

«On ira se battre avec ou sans l’armée malienne, nous défendrons notre territoire et nos parents assiégés», déclare à l’AFP Amadou Abdoulaye Cissé, chef de l’une des six milices.

Ces forces recrutent parmi les ethnies noires songhaï et peule, majoritaires au Nord-Mali.

Les milices d’auto-défense lancées dans les années 1990 contre les razzias des rebelles touareg sont en train de renaître de leurs cendres.

Enthousiasme et détermination

Cette fois, elles ne font pas (encore) parler d’elles en mal pour leur «racisme» anti-touareg.

Le président du FPR n’est autre que Harouna Touré, chef de la plus connue de ces milices, Ganda-Koy («les propriétaires terriens» en songhaï), qui revendique 2.000 recrues, dont une quarantaine de femmes.

Autre milice déjà connue: les Ganda-Izo de Nouhou Ousmane Touré, qui auraient déjà pris le contrôle de deux localités du nord d’où les rebelles touaregs ont décampé.

Selon le journaliste Adama Diarra, auteur pour le quotidien L’Essor d’une série de reportages sur les milices d’auto-défense, les 1.322 hommes du Ganda-Izo sont entraînés à Soufouroulaye, à 30 kilomètres de Mopti, par Ousmane Maïga, un ancien officier de l’armée malienne.

Un nouveau mouvement, la Force nationale de libération des régions du Nord (FNL), mené par Amadou Abdoulaye Cissé, compte aussi d’anciens officiers «nordistes» et revendique 700 membres.

L’Alliance des communautés de la région de Tombouctou (ACRT) de Bocar Lara Touré, le Cercle de réflexion et d’action (CRA) de Malick Kantao et la Force armée contre l’occupation (Faco) de Mohamed Ag Hamada —un Touareg— seraient plus marginaux.

«Le noyau visible du FPR compte surtout des politiques, des gens qui ne sont pas tous crédibles et n’ont pas la confiance des gens à la base, note un ressortissant malien du nord qui veut rester anonyme. Les vrais résistants sont ailleurs et toutes les milices ne sont pas dans le FPR. Des jeunes à Sévaré n’attendent qu’une seule chose: qu’une vraie force armée bien organisée se mette en place.»

Pour l’instant, les miliciens ne disposent que d’armes rudimentaires, des kalachnikovs et des carabines.

Des aides extérieures proviennent du Niger, un pays qui compte une large communauté songhaï et dont les autorités veulent faire la chasse aux islamistes comme aux rebelles touaregs.

Des appuis viendraient aussi du Tchad, certains officiers « nordistes » déserteurs de l’armée malienne ayant noué des amitiés avec les enfants du président tchadien Idriss Déby.

Autre soutien important: celui qu’apporte la colonie songhaï du nord du Mali, établie depuis longtemps au Ghana. C’est de ce pays que partiraient les armes pour les milices du Nord-Mali —via le Bénin et le Niger, pour éviter les contrôles plus stricts au Burkina Faso.

A l’annonce de la formation du FPR, la France a réagi, pour désapprouver.

«La crise sérieuse que traverse le Mali ne sera pas résolue par l’action de milices, mais par celle d’autorités légitimes, comme l’a demandé l’Union africaine», a expliqué Bernard Valero, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

De même, un rapport d’International Crisis Group (ICG) sur le Mali intitulé «Comment éviter l’escalade» et publié le 18 juillet, préconise le dialogue et la consolidation de l’Etat malien, plutôt que la voie des armes.

Gilles Yabi, responsable de l’ICG à Dakar, pose le dilemne en ces termes:

«L’absence d’intervention militaire entraîne des risques pour les populations du Nord et la possibilité pour les terroristes de continuer à recruter. Mais une intervention pourrait faire déborder le conflit hors des frontières du Mali, aggraver la situation et devenir une menace pour l’ensemble de la sous-région.»

Si les milices se mobilisent, sur le terrain, ce n’est pas seulement parce que l’impatience monte.

Des moyens limités cependant

Le temps presse, pour une partie des civils qui ne veulent pas rester sans rien faire, tandis que des jeunes affluent à Gao pour rejoindre les camps d’entraînement du Mouvement pour l’unité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao).

Un recrutement important a été constaté par l’AFP, favorisé par le versement récent d’une rançon de 15 millions d’euros, en échange de la libération le 18 juillet de trois otages, une Italienne et deux Espagnols.

Pour l’instant, l’étendue du territoire du Nord-Mali et la relative faiblesse des effectifs islamiste —entre 2.000 et 6.000 hommes selon les sources— font que certaines localités ne sont plus occupées.

A Niafunké, une petite ville située à 250 kilomètres au sud-ouest de Tombouctou, les islamistes ne passent plus qu’une à deux fois par semaine.

La localité de Douentza, dans la région de Mopti, a été délaissée par les rebelles touaregs et se trouve depuis le 20 juillet sous contrôle de la gendarmerie malienne, la milice Ganda-Izo lui ayant d’abord ouvert la voie.

«Les milices ont un rôle à jouer, mais pas en première ligne et pas tout de suite, affirme une source proche de Ganda-Izo. Elles pourront seconder des gendarmes ou des militaires, mais il faut d’abord un vrai rapport de force militaire qui oblige les islamistes à négocier.»

La grande question demeure: qu’y a-t-il à négocier avec Ansar Dine, qui veut imposer la charia au Mali? Ou avec le Mujao, qui a les mêmes visées à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest? Ou avec Aqmi, qui détient encore une douzaine d’otages occidentaux?

D’autant qu’Aqmi serait la maison-mère de ses deux filiales islamistes, Ansar Dine et Mujao, selon l’AFP. Ansar Dine contrôle Tombouctou et Kidal, tandis que le Mujao a fait main basse sur Gao.

Dans ces villes du Nord-Mali, les chefs d’Aqmi ne se cachent plus: Mokhtar Belmokhtar est basé à Gao, tandis qu’Abou Zeid habite dans un ancien palais construit par Kadhafi à Tombouctou.

Le Mujao, un groupe composé d’Algériens et de Sahraouis, s’est présenté à sa création, en octobre 2011, comme une dissidence d’Aqmi —une façon de brouiller les cartes.

Ansar Dine, de son côté, présente un profil plus nettement touareg derrière son chef de fil, Iyad Ag Ghali. Selon une source sécuritaire citée par l’AFP, « Aqmi a la nature d’un caméléon, prenant toujours la couleur locale ou trouvant des sous-traitants à des djihadistes locaux, tout en restant vigilants».

Pas de solution en vue, donc, sans gestion du problème que pose Aqmi.

Sabine Cessou
Pour slateafrique.com
Mamoudou Kane


              

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