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Malala Yousufzai : la Rosa Parks du Pakistan


Lu sur le web
Mardi 16 Octobre 2012 - 13:31

La tentative d'assassinat par les talibans de cette jeune fille de 14 ans marque un tournant pour les Pakistanais. L'émotion est à son comble et la plupart des gens se rendent enfin compte que les talibans sont des barbares et qu'il va falloir leur faire la guerre.


Malala Yousufzai
Malala Yousufzai
Après avoir été prise pour cible (ainsi que deux autres camarades de classe, le 9 octobre), Malala Yousufzai, qui a reçu une balle tirée à bout portant par les talibans, est toujours entre la vie et la mort. Cette Pakistanaise de 14 ans, qui militait pour l'éducation des filles, a été plongée dans un coma artificiel et son état de santé reste préoccupant.

Devant l'hôpital où elle se trouve et partout au Pakistan, la colère gronde – et se mêle à une impression de déjà-vu.

L'attaque insensée contre cette adolescente attachante a pris le pays aux tripes et suscité de nombreux rassemblements de soutien. Dans les médias pakistanais, journaux papier et en ligne, c'est l'indignation. Dans les émissions religieuses, on entend même certains invités rappeler que ce crime n'a rien à voir avec l'islam.

La colère des Pakistanais n'est pas seulement dirigée contre les tireurs – une vaste chasse à l'homme s'est engagée : on apprenait le 12 octobre que la police avait arrêté quatre suspects dans la vallée de Swat, où l'attentat a eu lieu, et avait identifié le commanditaire, qui cependant courait toujours. Non, la colère des Pakistanais s'exerce aussi contre les talibans, en tant qu'organisation à l'origine de cette attaque et qui a assuré que Malala serait à nouveau visée si elle en réchappait. Une bonne cinquantaine de docteurs de l'islam proches du Sunni Ittehad Council [SIC, Conseil pour l'unité sunnite] ont émis une fatwa commune pour déclarer ce crime contraire à l'islam. Altaf Hussain, le dirigeant du puissant parti Muttahida Qaumi Movement (MQM, laïque), a appelé ses sympathisants à ne pas se rendre aux prières conduites par des imams qui ne condamneraient pas cette tentative d'assassinat.

Ce n'est pas une première pour le Pakistan. En avril 2009, la vidéo d'une jeune fille soumise aux fouets des talibans qui circulait sur YouTube avait déjà uni le pays autour du même sentiment de colère. A l'époque, l'armée pakistanaise avait réagi par une offensive de grande ampleur visant à chasser les talibans de la vallée de Swat.

Aujourd'hui, une adolescente innocente a été prise pour cible, et, dans les médias, Malala est érigée en Rosa Parks pakistanaise. Cette Africaine-Américaine, qui avait refusé [en 1955] de céder sa place à un Blanc dans un bus des transports publics de Montgomery (Alabama), était devenue l'incarnation du mouvement pour les droits civiques. Comme elle, Malala est aujourd'hui érigée en icône de la résistance à l'injustice. L'adolescente était dans le collimateur des talibans pour ses prises de position contre leur joug dans la région de Swat et l'interdiction faite aux filles d'aller à l'école au-delà du CM1. C'est à 9 ans, sous un pseudonyme, sur un blog hébergé par la BBC en ourdou, qu'elle avait commencé à dire son indignation face aux interdits de la vie sous le règne des talibans, et elle avait fini par prendre la parole ouvertement, sur des plateformes pakistanaises et étrangères, pour défendre la cause de l'éducation des filles au Pakistan.

L'histoire est jalonnée de tournants, comme ce fut le cas de Pearl Harbor ou du 11 septembre 2001 : certains événements changent le cours des choses pour des pays entiers. Si l'attentat contre Malala se révèle être un tournant dans la lutte du Pakistan contre les talibans, la jeune fille en deviendra le symbole – quel que soit le vainqueur de cette lutte.

Ces dernières semaines, le débat au Pakistan a largement mis l'accent sur le fait de négocier avec les talibans, même si de son côté l'armée ne cesse de réaffirmer qu'il faut les écraser. Dans son discours donné le jour de la fête nationale [le 14 août], le chef d'état-major, le général Ashfaq Parvez Kayani, a déclaré à la nation : "Le combat contre l'extrémisme et le terrorisme, telle est la guerre que nous menons, et nous avons raison de la mener. Personne ne doit en douter, au risque de voir le pays divisé et entraîné vers la guerre civile. Nous devons avoir les idées claires sur ce sujet."

Cependant, faire adhérer le Pakistan à l'idée d'une guerre intérieure contre les talibans n'a pas été tâche facile. Jusqu'à présent, en tout cas. Le crime perpétré contre Malala semble avoir uni le pays : personne ne veut négocier avec des barbares. De nombreux éditoriaux s'interrogent, tel celui de The Express Tribune : "Malala nous unira-t-elle contre le terrorisme ?" Les camps sont désormais bien définis, et les Pakistanais doivent choisir dans quel pays ils veulent vivre : celui qu'incarne Malala, ou celui des talibans. Pour faire du Pakistan le pays que la jeune fille appelle de ses vœux, il faudra une nouvelle opération militaire. En espérant qu'elle soit plus efficace que les précédentes et parvienne à faire mieux que repousser les talibans un peu plus loin sans jamais totalement les éradiquer. Ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est tout autant l'avenir du Pakistan que la vie de Malala.

Mahawish Rezvi pour The Daily Beast
Lu sur courrierinternational.com
Mamoudou Kane


              

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