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Mahfoudh Ould Bettah: « L’interdiction de toute activité politique à l’armée existait déjà dans les textes (…) Les textes sont une chose et leur pratique en est une autre»


Actualité
Vendredi 18 Novembre 2011 - 13:37

Maître Mahfoudh Ould Bettah est le leader de Convergence démocratique nationale. Il fait un bilan de sa présidence à la tête de la Coordination de l’opposition démocratique (C.O.D), et porte un œil plus que critique sur les conclusions du «Dialogue inclusif national».


Mahfoudh Ould Bettah: « L’interdiction de toute activité politique à l’armée existait déjà dans les textes (…)  Les textes sont une chose et leur pratique en est une autre»
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Votre mandat à la tête de la C.O.D est arrivé à terme ce jeudi 17 novembre; quel bilan dressez-vous de votre présidence?

Nous avons tout entrepris pour faire avancer la cause de la C.O.D. Le principal défi était de faire face aux démons de la division pendant très longtemps. Sous ma présidence, la C.O.D a réussi à formuler une plate-forme pour un dialogue sérieux susceptible d’asseoir une véritable démocratie. Cette plate-forme a servi plus tard de base de dialogue entre certains partis de l’opposition et la majorité. Malheureusement, le pouvoir n’était pas dans les mêmes prédispositions d’esprit. Je l’ai vérifié après avoir rencontré les principaux responsables: le chef de l’État et son Premier ministre.

La C.O.D a su accompagner la dynamique sociale qu’a connue le pays durant ces derniers mois (mouvement des jeunes de la Coordination du 25 février, des organisations de défense de droits de l’homme, des centrales syndicales…). Par ailleurs nous sommes restés très attentifs aux rapports de la Mauritanie avec les partenaires au développement. C’est dans ce cadre que nous avons formulé à l’occasion de certaines rencontres avec ces partenaires, nos observations sur l’échec des politiques économiques et sociales mises en œuvre par le pouvoir.

Le dialogue inclusif national a abouti à la décision d’interdire toute activité politique à l’armée. En refusant de prendre part à ce dialogue, n’avez-vous pas le sentiment d’avoir manqué une bonne occasion pour aider à l’enracinement de la démocratie dans le pays?

Au contraire, on a plutôt le sentiment d’avoir vu juste en constatant que le dialogue qui allait s’engager n’était pas de nature à aboutir à des résultats probants. L’interdiction de toute activité politique à l’armée existait déjà dans les textes. Elle a été affirmée dans la loi 64 portant statut de l’armée nationale. Par ailleurs le code pénal fait encourir à la seule résolution de faire un coup d’état les peines les plus sévères. Les textes sont une chose, et leur pratique en est une autre.

Ce n’est pas parce qu’on va criminaliser les coups d’État ou interdire toute activité politique aux militaires au niveau de la constitution que pour autant les choses vont changer. Le rôle de l’armée, à l’avenir, aurait dû être déterminé dans le cadre d’un dialogue sérieux et franc avec l’institution militaire elle-même. Comme ce fût le cas dans beaucoup des pays notamment latino-américains ayant vécu des régimes militaires pendant plusieurs décennies. Il ne s’agit pas pour quelques acteurs politiques de se réunir pour dire que désormais les coups d’état et la participation des militaires à la vie politique sont interdits. Donc sur ce plan, le dialogue entre la majorité et certains partis de l’opposition n’a absolument rien apporté.

Quel regard portez-vous sur la situation politique, économique et sociale du pays?

La situation politique est bloquée. Le pouvoir est encore dans les mêmes prédispositions d’esprit. C’est un pouvoir autoritaire. Il monopolise les médias publics. Il monopolise l’administration et en fait un lieu d’élection de sa clientèle politique. Il instrumentalise la justice et la domestique. L’actuel chef de l’État concentre tous les leviers du pouvoir entre ses mains. Nous pensons que la Mauritanie n’a pas encore gagné le pari de la démocratisation. Et tant qu’elle n’a pas gagné ce pari, sa stabilité n’est pas assurée. On n’est pas à l’abri d’un coup d’état. L’opposition est combattue par le pouvoir en place, elle est persécutée et n’a aucune chance d’accéder au pouvoir. Dans des conditions qui sont celles de la Mauritanie, l’espoir d’une alternance pacifique au pouvoir n’existe pas dans l’état actuel des choses.

La situation économique et sociale est des plus désastreuses. Certains partenaires de la Mauritanie pensent que les grands équilibres sont d’une certaine manière respectés. Mais on ne ramène pas le problème de Mauritaniens à certains équilibres. Il faut se demander quelles sont les conditions de vie que connaissent actuellement les mauritaniens. Le chômage est endémique, les prix sont prohibitifs. Cela dit le satisfecit de quelques partenaires économiques qui ne se soucient guère de notre quotidien ne pèse pas lourd. Le taux de croissance que les autorités disent avoir atteint ces derniers temps s’est-il traduit par une hausse de salaire? Non. A-t-il créé des nouveaux emplois? Non. Demander à n’importe quel citoyen, il vous répondra que la situation économique et sociale est catastrophique.

Quels sont les moyens démocratiques que Convergence démocratique et ses amis de la C.O.D entendent mettre en action pour délivrer les Mauritaniens de la dictature que vous venez de décrire?

Nous voulons parvenir à la démocratie par des moyens pacifiques. Nous avons confiance en notre peuple, et avons du respect pour lui. Nous pensons qu’il sait faire la différence entre ce qui est dans son intérêt et ce qui ne l’est pas. Nous savons qu’il a déjà fait l’expérience de l’échec de toutes les promesses faites par l’actuel pouvoir. Nous savons que les différents segments de la société mauritanienne sont dans une situation extrêmement grave sur le plan économique et social et nous allons entreprendre une action de sensibilisation à l’endroit de l’ensemble des forces vives de notre pays pour qu’ensemble nous exigions l’entrée de la Mauritanie dans une véritable démocratie et la fin de processus électoraux qui ne peuvent conduire à aucune alternance pacifique. Nous voulons mettre un terme, et c’est l’un de nos objectifs essentiels, à l’accaparement du pourvoir par les militaires. Cela fait trente-trois ans qu’ils se sont imposés à nous. On ne peut pas attendre et faire l’expérience de toutes les ambitions des officiers habités par la passion du pouvoir.

Convergence et les partis qui sont regroupés au sein de la C.O.D viennent d’annoncer l’adoption d’un plan d’action de lutte politique pour le redressement de la situation du pays. Ce plan est-il une réalité ou un canular?

Comment ça un canular? Il nous est déjà arrivé de poser des canulars?

Quelles sont les grandes lignes de votre plan d’action?

Je sais que vous êtes impatient (rires). Vous n’êtes pas le seul. Les Mauritaniens sont impatients de voir la scène politique s’éclairer d’un jeu qui permet à l’opposition de pouvoir faire valoir ses arguments et de pouvoir donc un jour accéder au pouvoir. C’est évident je comprends votre impatience. Nous avons opté pour l’action pacifique. Cela demande du temps, de la résolution. Nous sommes résolus à le faire. Mais il faut être patient. Il faut que cette fois-ci le changement soit un changement qui vient de profondeurs de la Mauritanie, qui soit assimilé et réclamé par tous les Mauritaniens. Nous allons sensibiliser, expliquer, dynamiser l’action de la C.O.D, organiser des meetings, des marches pacifiques à Nouakchott et à l’intérieur du pays pour que le peuple mauritanien gagne le pari de la démocratisation.

Propos recueillis par Samba Camara
Mamoudou Kane


              

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