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Madame Lalla Aïcha Ouedraogo, présidente du CSVVIDH * :


Actu Mauritanie
Dimanche 18 Octobre 2015 - 00:10

"Je suis indignée qu’au 21e siècle, dans un pays qui se veut démocratique et se réclame d’Etat de droit, on arrête des personnes pour leur opinion’


Madame Lalla Aïcha Ouedraogo, présidente du CSVVIDH
Madame Lalla Aïcha Ouedraogo, présidente du CSVVIDH
Le Calame : A l’occasion de la fête de l’Aïd El Adha, le président de la République a accordé sa grâce à un certain nombre de détenus. Biram Dah ould Abeïd et ses codétenus n’en ont pas profité. Cela vous surprend-il ?
 
Lalla Aïcha Ouedraogo : Je suis plutôt indignée qu’au 21e siècle, dans un pays qui se veut démocratique et se réclame d’Etat de droit, on arrête des personnes pour leur opinion. A mon avis, Biram et ses compagnons sont des prisonniers d’opinion. Le président de la République aurait pu profiter de cette grâce pour les libérer. Ils doivent l’être. J’en profite pour lancer un appel à la solidarité, afin que Biram soit transféré à Nouakchott et y être soigné, comme son médecin le demande.
 
- Au cours d’un point de presse tenu, jeudi dernier, par une délégation de la Confédération Syndicale Internationale (CSI), point de presse auquel vous assistiez, le chef de celle-ci a affirmé que le la place du président Biram n’est pas en prison, il doit recouvrer sa liberté et exprimer librement son opinion. Partagez-vous son avis ?
 
- Oui, je le partage largement. Biram et ses compagnons sont des militants anti-esclavagistes qui combattent les inégalités sociales, pour l’avènement d’une société égalitaire où toute personne jouit de sa liberté et de ses droits fondamentaux, tels que consacrés par le Droit international et les lois nationales, comme la Constitution mauritanienne.
 
- Le chef de la délégation de la CSI a déploré le traitement dont sont victimes des travailleuses mauritaniennes en Arabie saoudite. Il a exigé, non seulement, leur rapatriement et leur indemnisation mais, aussi, la fermeture des bureaux de recrutement. Que font vos organisations pour faire évoluer ce dossier ?
 
- Ce qui se passe actuellement en Mauritanie, à ce propos, est cruel et dépasse l’entendement. C’est une véritable traite de la personne humaine, de l’esclavage moderne. Ce qui est étrange – inacceptable, même – c’est que ce commerce de jeunes femmes se déroule sous l’œil indifférent des autorités mauritaniennes qui n’ont pas encore pris de mesures radicales, pour y mettre fin.
 
Les responsables des réseaux qui l’organisent ne sont pas inquiétés. Ils sont même protégés, chapeautés qu’ils sont par ue certaine classe bourgeoise et diverses familles de notabilités.
 
Nos organisations de défense des droits humains suivent les dossiers qui nous parviennent. Nous recevons les plaintes des familles, parfois même des victimes qui nous appellent d’Arabie saoudite, nous avons ouvert des unités d’écoute en nos différents sièges. Nous les aidons dans la constitution des dossiers juridiques et apportons notre appui, pour une prise en charge psychologique et sanitaire adéquate.
 
- Qu’il y a-t-il lieu de faire, de façon urgente ?
 
- En un, les autorités mauritaniennes devraient, dans le cadre d’un plan coordonné et concerté entre les différents départements concernés – à savoir : les ministères de l’Intérieur, de la Justice, des Affaires sociales, des Affaires étrangères, de la Fonction publique et du Travail
 
– procéder à la fermeture des agences de voyage qui s’adonnent à ce genre de pratiques illégales qu’il faut interdire fermement ; arrêter et traduire en justice les intermédiaires des réseaux mafieux qui organisent le trafic ; recenser les femmes parties travailler en Arabie saoudite ;
 
rapatrier celles qui le désirent ; permettre, à ceux ou celles qui veulent aller travailler en Arabie saoudite, de profiter de l’opportunité, en formalisant, organisant et encadrant le circuit, de telle sorte que les droits des travailleurs soient protégés et garanties, les conditions de travail libre et décent ; mettre en place un programme de réinsertion et d’indemnisation des victimes ;
 
et conduire, enfin, en collaboration avec la Société civile, une campagne de sensibilisation des populations sur le danger, en l’absence de contrat formel préalable, de travail forcé, assimilable à de l’esclavage moderne.
 
- Tout en saluant les efforts du gouvernement, pour éradiquer toutes les formes d’esclavage, le responsable de la CSI a réclamé une plus « grande implication des bénéficiaires » dans les actions de Tadaamoun. Partagez-vous cette préoccupation ?
 
- C’est même ma conviction. Gandhi avait l’habitude de dire : « Tout ce qui est fait pour moi, sans moi, vous le faites contre moi ». Il est par ailleurs reconnu que l’échec des projets humanitaires et de développement provient, en partie, de la manière dont les décisions sont prises. Les coordonateurs et donateurs de projets ont tendance à penser et à décider à la place des populations-cibles, sans se référer à leurs avis.
 
Tenues à l’écart dans la prise de décision, celles-ci ne se sentent pas parties prenantes. Pour qu’une personne ou un groupe de personnes s’intéresse à une activité, il faut, nécessairement, l’associer à l’identification des besoins, à la détermination des priorités, à la recherche des solutions et à la prise de décision.
 
- Le FNDU et la CUPAD ont décidé de ne pas participer aux journées préliminaires de concertation pour un dialogue national inclusif. Le pouvoir poursuit, malgré tout, son agenda : des missions de sensibilisations sont dépêchées à l’intérieur du pays et le « dialogue » pourrait se tenir vers le 10 Octobre. Mais quelle portée pourrait avoir cette discussion, sans les deux principaux pôles de l’opposition ?
 
- De mon point de vue, le seul dialogue qui puisse avoir une portée politique, sociale et économique, favorable au développement durable du pays, dans la paix et la cohésion sociale, est celui qui réunira toutes les composantes de ce pays (majorité au pouvoir, opposition, personnalités indépendantes, société civile, femmes, jeunes, personnes vivant avec un handicap, etc.), lui donnant, ainsi, un caractère réellement inclusif. Tout autre ne peut être que parcellaire, fragmenté, sans grand intérêt ni enjeu : nous en avons déjà fait l’expérience avec le dialogue passé.
 
- Pensez-vous que le dialogue annoncé puisse « régler les problèmes du pays » ? Sinon, que faudrait-il faire pour rapprocher les deux camps ?
 
- Avec la tournure qu’il prend, non. Dans sa forme actuelle, il ne fera qu’exacerber les contradictions.
 
Il faudrait, pour bien faire, en confier la préparation à un comité composé de personnalités mauritaniennes de consensus, connues pour leur sérieux, honnêteté, impartialité et uniquement mues par le souci de sauver la Nation, dans sa diversité ; et lui donner toutes les prérogatives de préparer les parties et de diriger un dialogue franc, dans un esprit d’ouverture, de tolérance et de franchise, loin de toute adversité et animosité.
 
- Il y a quelques jours, Mooyto Kota a tenu une réunion pour sortir de l’oubli et bénéficier de leurs droits, comme d’autres victimes et rescapés des évènements de 89/91. Les membres de ce groupe ont déploré le silence des ONG sur leur sort. Que pensez-vous de ce dossier et de la clôture par l’Etat de celui du passif humanitaire ?
 
- J’estime que les Mooyto Kota sont aussi des victimes ; autant que celles des événements de 89/91. Ils ont le droit de réclamer leurs droits et de lutter pour les recouvrer. Je ne suis pas d’avis, par contre, que les ONGs de défense des droits humains, en tout cas celles regroupées au sein du FONADH, se soient tues sur leur sort.
 
Cela dit, le suivi d’un dossier et le résultat qu’on obtient dépend, non seulement, du degré de mobilisation des concernés mais, aussi, de leur engagement. Je les exhorte à bien se mobiliser et réitère notre disponibilité à les accompagner, dans la lutte pour recouvrer leurs droits.
 
Pour ce qui est du passif humanitaire, je ne pense pas que son dossier puisse être clos par une invocation unilatérale de pardon, fût-elle décidée par la plus haute instance de l’Etat. Les choses sont plus complexes.
 
Il s’agit de violations, graves et massives, de droits humains, qui ont coûté la vie de vaillants fils de notre pays ; violations doublées d’un caractère ethnique et racial. Même si je reste convaincue que ces crimes furent l’œuvre d’une minorité, celle-ci reste toujours protégée, à cette heure encore.
 
C’est seulement par l’avènement d’un élan national d’empathie, de solidarité, de regret et de réprobation de ce qui s’est passé qu’on peut aller vers des solutions justes qui respectent les devoirs de mémoire, de justice et, au bout du compte, de réparation.
 
Propos recueillis par Ben Abdalla
lecalame 


" CSVVIDH : Comité de solidarité avec les victimes de violations des droits de l’Homme :

 
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