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Macroéconomie : Le développement néo-libéral à la sauce mauritanienne


Economie
Dimanche 13 Janvier 2013 - 17:45

La cheffe du FMI, Christine Lagarde était en visite à Nouakchott il y a quelques jours. L’occasion de revenir sur les rapports inédits entre les chiffres macroéconomiques mauritaniens relativement bons, régulièrement loués par le FMI, et une situation intérieure économique et sociale catastrophique, avec une pauvreté de plus en plus endémique : à la lueur des analyses, il en découle que la «recette miracle» du gouvernement tient en une tactique lumineuse et efficace : empocher les recettes et serrer le cordon. Le tout en bénéficiant des conseils (très chers) d’experts européens.


Macroéconomie : Le développement néo-libéral à la sauce mauritanienne
Dans toute économie, libérale, classique, keynésienne, schumpétérienne, néo-libérale, schtroumpfienne, fermée ou ouverte, il y a une règle immuable : l’argent accumulé par l’état doit servir à quelque chose et être redistribué, d’une façon ou d’une autre. Et c’est sur ce «quelque chose» qu’éventuellement les perspectives théoriques économiques achoppent : les libéraux vous diront de tout miser sur les entreprises et l’offre qu’elles produisent, quand les keynésiens rétorqueront que seule la demande peut relancer l’activité économique et produire de la croissance ; et un des outils que les keynésiens affectionnent, et qu’un Barack Obama veut remettre au goût du jour, est une vaste politique de grands travaux publics.

Selon les pays et les continents, à quelques nuances, ce sont ces politiques que vous retrouverez, selon les tendances politiques, et selon le contexte économiques mondial et/ou régional du moment.

En Mauritanie ? Rien de tout cela depuis quelques temps : La direction des impôts a rarement été aussi dynamique depuis l’indépendance mauritanienne, égrenant taxes et impositions à tout-va, parallèlement à l’explosion du secteur minier.

Mais dans le même temps, les politiques économiques sont inexistantes tout bonnement. L’état réagit et n’agit plus depuis bien longtemps quant à la répartition du budget, et quant aux moyens de créer une réelle dynamique de croissance qui permettrait de lutter contre le chômage des jeunes.

La crise alimentaire de 2012 qui voit le commissariat à la sécurité alimentaire terminer son exercice comptable avec beaucoup moins de la moitié de son budget utilisé, ou les boutiques de solidarité montées à la hâte pour une situation d’urgence : on est toujours dans la réaction, importante sur le coup, mais en amont qui doit amener une réflexion sur les moyens et voies de lutter contre la pauvreté endémique en Mauritanie depuis trente ans et faire exploser le potentiel agricole du sud mauritanien, pour sortir du cercle de l’insécurité alimentaire.

Jusqu’à maintenant aucun plan d’envergure, aucun projet par rapport à ces besoins vitaux pour l’entière population mauritanienne.

Dans ce cadre, les satisfactions qu’un FMI peut avoir à l’égard d’une Mauritanie dont les chiffres macroéconomiques sont incontestablement satisfaisants, n’a de sens que parce que c’est bien la seule chose qui intéresse un fonds financier, une banque : Y a t il des sous ? Et il y en a à gogo.

Mais que fait-on de tout cet argent : rien fondamentalement. Et cela par contre n’est pas le souci du FMI, qui peut avoir une remarque ou deux au détour de ses rapports, et deux autres éventuelles recommandations de circonstances.

Ce que d’ailleurs la directrice du FMI, de passage à Nouakchott a perpétué dans son discours au 5ème forum sur l’intégration économique maghrébine :

«Nous avons évoqué avec le gouverneur de la BCM, les ministres des Affaires économiques et des Finances, la situation économique de la Mauritanie. Nous nous sommes félicités des progrès réalisés par cette économie, la bonne situation budgétaire en particulier et les bons résultats en matière de croissance. Nous avons évoqué ensemble la façon dont les fruits de cette croissance peuvent être affectés le plus utilement aux infrastructures mauritaniennes, aux programmes de soutien aux plus démunis et aux politiques de santé et d'éducation».

La révolution verte oubliée

Il y a cinq ans, presque jour pour jour, le président de l'époque, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, annonçait le lancement de l'ère de la révolution verte en Mauritanie. Les soubresauts de l'histoire le stoppent dans sa lancée. Depuis l'agriculture, comme depuis l'indépendance mauritanienne, est laissée aux aléas climatiques.

En 2010-2011, le pays a couvert 30% de ses besoins en céréales, et si beaucoup de choses cohérentes ont été enclenchées relativement à un développement agricole pérenne, et qui tend vers l'autonomie alimentaire, mais le "fossé est encore trop important entre les moyens à disposition et les choses effectuées" selon un cadre d'OXFAM.

A l'heure où les terres arables mauritaniennes sont de plus en plus scindées et octroyées dans l'opacité la plus totale à des investisseurs étrangers, notamment arabes, des voix s'élèvent pour critiquer cette voie empruntée qui n'irait pas dans le sens d'une indépendance alimentaire. Ce que l'état a fait l'an passé, en lançant un projet de mise à disposition d’environ 40 000 hectares à la société saoudienne Tabouk Eziraiya Groupe.

«Comment un pays comme la Mauritanie qui importe 80% de tout ce qu'il mange, et qui cultive à peine 40% de ses terres arables, peut-il ainsi brader ses terres?» s'interrogeait auprès de Noorinfo, Mouhamet Lamine Ndiaye, directeur du Programme justice économique en Afrique, à OXFAM Dakar.

Politiques économiques, monétaires et «expertises» européennes en question

Le ministère des affaires économiques et du développement a organisé il y a quelques jours une journée «d'information de vulgarisation du modèle de prévision macroéconomique».

Sous le titre emphatique, il s’agissait d’étudier l'exécution et le suivi des réformes prises par la Mauritanie, au cours des dernières années. Les interventions des «experts internationaux» ont expliqué l’importance de la transparence pour la mise en place d’outils d'analyse économique pour faciliter la prise des décisions, afin de maîtriser les mécanismes et déterminants de l'économie nationale.

Fait remarquable : seules les interventions de ces experts étrangers étaient techniques, les intervenants nationaux, comme un certain Mohamed Lemine Ould Ahmed, du ministère des affaires économiques et du développement se contentant le plus souvent de poncifs comme on en entend régulièrement : "les réformes depuis trois ans, ont été axées sur l'ancrage de la bonne gouvernance et l'amélioration des conditions de vie des populations, notamment celles les plus démunies". C'est lui qui le dit.

Avez-vous jamais entendu un Sid’Ahmed Ould Raiss, gouverneur de la BCM, faire une conférence de presse pour expliquer, ne serait-ce qu’une fois l’année, les politiques monétaires du pays. Jamais.

Car il n’en sait tout bonnement rien ; ou du moins que ce que lui en diront les experts français en particulier, et européens en général, qui guident aujourd’hui ces politiques pour un pays en roue libre en termes de compétences promues. Que dirait-il? Que concevrait économiquement et monétairement ce titulaire d'un diplôme de droit privé?

Pour pallier ces carences d'un "haut fonctionnaire" de l'état placé là pour les commodités que procurera sa reconnaissance, et pour les facilités qu'elle engendrera pour le maître du palais ocre, on investit à coup de centaines de milliers d'euros d'euros dans les services de "cadres techniques extérieurs", qui pulullent actuellement à la BCM et qui eux sont les vrais maîtres d'oeuvre d'une politique monétaire plus ou moins efficace.

Les milliards impayés

Pendant ce temps qu'on dit la croissance verte, et l'inflation maitrisée, les PME mauritaniennes pour une part d'entre elles, et dans certains secteurs (par exemple les agences de voyages et les hôtels) ferment ou sont étouffées pour cause de factures à l'état impayées depuis trois ans.

"Une vingtaine d'agences de voyages ont fermé depuis 18 mois, alors qu'elles accumulaient les factures des billets liés aux déplacements de l'administration publique" explique une ancienne guichettiste d'une agence aujourd'hui fermée.

Les hôtels ne sont pas en reste : "Nous n'acceptons même plus de contracter avec l'état : ils paient des mois après, voire parfois pas, et ça mine votre comptabilité" témoigne ce gérant d'un hôtel respecté de Nouakchott.

Or, comme l'expliquait sur ce site Alioune Diallo, directeur de la CGME, à Nouakchott, «les PME constituent le principal pourvoyeur d’emplois. Ils contribuent à une plus équitable distribution des richesses et à la diffusion de la culture de l'entrepreneuriat.»

Il faut donc les aider; ce qui n'est pas le cas, là encore, avec plus de quarante milliards d’ouguiyas de dettes contractées par l’État auprès des fournisseurs, qui hypothèquent l’avenir des PME mauritaniennes.

Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

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