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MNLA/Mali : Faut-il croire à la bonne volonté des rebelles touareg?


International
Lundi 11 Juin 2012 - 13:20

Marginalisés par l’hégémonie islamiste au Nord-Mali, les séparatistes du MNLA ont repris la voie du dialogue avec la médiation ouest-africaine. Mais quelle confiance peut-on leur accorder et surtout que négocier à présent?


Emissaires du MNLA avec Djibril Bassolé, porte-parole du médiateur burkinabè, Ouagadougou, 9 juin 2012 AFP PHOTO/ A. OUOBA
Emissaires du MNLA avec Djibril Bassolé, porte-parole du médiateur burkinabè, Ouagadougou, 9 juin 2012 AFP PHOTO/ A. OUOBA
Pour avoir commis l’erreur de s’asseoir à la même table que Ansar Dine, groupe islamiste en connexion avec al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) est obligé d’aller encore à la conquête de sa légitimité internationale.

Sa représentativité dans le Nord était déjà compromise par le changement du rapport de force en faveur des islamistes. C’est maintenant sa crédibilité devant le gouvernement de transition et les communautés africaine et internationale qui est mise à très rude épreuve par sa tentative de fusion avec Ansar Dine.

Un interlocuteur à la limite du fréquentable

En plus de ne plus être maître de l’Azawad, le MNLA risque de perdre son statut d’interlocuteur privilégié que lui avait conféré une certaine disposition à dialoguer et à lutter contre le terrorisme. Après avoir tenté de boire à la même coupe que les extrémistes, même s’il s’est apparemment rétracté pour le moment, le mouvement indépendantiste a désormais fort à faire en termes de marketing politique pour redorer son blason.

La médiation de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) lui offre en tout cas une belle perche. Saura-t-il saisir cette opportunité qui lui est offerte pour faire son mea culpa et se ressaisir en affichant sa claire et sincère disposition à revêtir une apparence plus fréquentable?

Car, il s’y prend quand même un peu trop tard et devrait être prêt à faire des concessions qu’il n’aurait sans doute pas accepté de consentir au moment où il était encore le principal occupant du Nord. C’est déjà une bonne chose, à en croire le chef de sa délégation, Ibrahim Ag Mohamed Assaleth, ayant rencontré le président burkinabè Blaise Compaoré, que le MNLA se soit dit prêt à se mettre à la disposition de la Cédéao et de la communauté internationale pour trouver une sortie honorable à la crise.

Le mouvement indépendantiste a également affirmé qu’il se démarquait de tout autre groupe à velléité islamique ou terroriste dans la zone concernée. Des déclarations de bonnes intentions qui ne suffisent cependant pas à elles seules pour convaincre tout observateur avisé de la crise malienne, à donner le bon Dieu sans confession au MNLA.

Jusqu’où vont les bonnes intentions du MNLA?

Et c’est en cela qu’il est important de savoir ce dont il est capable pour donner de vrais gages concernant sa réelle volonté de repentance. En d’autres termes, qu’est-ce que la médiation et les Touaregs vont négocier quand on sait que l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), l’Union africaine (UA) et l’Organisation des Nations unies (Onu) s’activent à finaliser les formalités de mobilisation de la force d’intervention?

Bien que privilégiant la solution pacifique jusqu’à épuisement de toutes les possibilités dans ce sens, la Cédéao demeure tout de même intransigeante sur certaines questions. Il est évident qu’elle n’acceptera pas, par exemple, de revenir sur l’éventualité d’une indépendance du Nord, un projet qui constitue la raison de la création du MNLA.

Le mouvement a, du reste, déjà mis en place un Conseil de transition de l’Azawad (CTA) tenant lieu de gouvernement, preuve qu’il tient à la libération de l’Azawad comme à la prunelle de ses yeux. Acceptera-t-il alors de renoncer à son projet indépendantiste? Rien n’est moins sûr.

L’autre point d’achoppement possible dans ces négociations engagées entre la médiation et le MNLA pourrait être la nature de la disponibilité de ce mouvement à contribuer à la résolution de la crise. Au cas où l’opération militaire sous l’égide de l’ONU, avait lieu, le MNLA qui semble préférer maintenant la solution pacifique serait-il disposé à retourner ses armes contre Ansar Dine et ses alliés terroristes?


Ces négociations ne remettent pas en cause l’intervention

Les discussions de Ouagadougou ne semblent pas pour le moment pressées de s’intéresser à la question de la partition du pays. Et en se référant aux propos du porte-parole du médiateur, Djibril Bassolé, l’on a l’impression que ce qui semble prioritaire, c’est la participation du MNLA à la recherche d’une solution pacifique, le retour de la cohésion au sein de ce mouvement et son ouverture aux autres regroupements présents dans la même zone.

Certes, un regain de sérénité au Nord favoriserait le dialogue avec la médiation, mais il ne faut pas oublier non plus que cela demanderait encore beaucoup de temps. Enormément de temps a pourtant déjà été perdu, toute chose qui s’avère favorable à l’extension des tentacules des terroristes. Il n’est donc pas sûr que la communauté internationale accepte encore de patienter une fois de plus et courir ainsi le risque de voir Aqmi renforcer son emprise dans la bande sahélo-saharienne.

Elle est bien inspirée de garder ses deux fers au feu en préparant la guerre en même temps qu’elle recherche la paix. Jamais l’on n’a réussi à obtenir pacifiquement des terroristes qu’ils décampent d’une localité et les chances d’aboutissement de ces discussions sont malheureusement très minces. Le danger de fonder tout son espoir sur les négociations est d’autant plus grand que le MNLA a l’habitude de souffler le chaud et le froid.

Il a déjà trahi la confiance des acteurs de la résolution de la crise malienne en se laissant tenter par le diable Ansar Dine. Comme le dit l’adage, qui a bu, boira. L’offre de négociation du MNLA doit donc être accueillie et traitée avec la plus grande prudence. Elle ne doit nullement compromettre l’organisation de l’intervention militaire qui, dans tous les cas, est nécessaire. Car, même si l’obstacle MNLA venait à être écarté, il reste les terroristes qui n’entendent d’autre langage que celui de la force.

Le Pays
pour slateafrique.com
Mamoudou Kane


              

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