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M’Pourié : Phase II de l’installation de diplômés chômeurs... en péril


Société
Mercredi 7 Novembre 2012 - 09:33

Ils sont 185 diplômés chômeurs à venir s’installer sur des terres agricoles de la Plaine de M’Pourié dans le cadre d’un ambitieux programme d’insertion mené par le pouvoir, il y a deux ans, et commencé par une vague de 125 jeunes aujourd’hui bien adaptés à leur nouvelle condition. Le 28 octobre dernier, le directeur adjoint de la Plaine de M’Pourié a bien réitéré les objectifs de cette opération tels qu’expliqués lors de son lancement en 2011, en présence du président Mohamed Ould Abdel Aziz sur un site devenu subitement très prisé grâce à sa proximité de celui de la nouvelle ville de Rosso, au PK 7 sur l’axe reliant la capitale du Trarza à Nouakchott.


M’Pourié : Phase II de l’installation de diplômés chômeurs... en péril
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Les nouveaux jeunes agriculteurs devraient pouvoir tirer profit des quelques 1.850 hectares aménagés dans la plaine de M’Pourié, à raison de 10 hectares par personne. La même superficie par laquelle le projet a commencé, lors de la campagne agricole 2011-2012, pour 125 diplômés chômeurs qui ont mis en valeur 1141 hectares avec une production moyenne de 5,01 tonnes et, selon les responsables de l’encadrement du projet, une marge bénéficiaire de l’ordre de 1,858 millions d’UM, pour le producteur et de 216.000 ouguiyas par hectare.

Problèmes dépossession

Cependant, ce projet qui s’inscrit dans le cadre d’un programme plus vaste au niveau national, concernant 6 000 hectares d’ici à décembre, dans diverses localités du pays (Begmout, Dakhlet N’Tekane, dans la wilaya du Trarza, 750 hectares à Aéré Mbare et Bidane, dans la wilaya du Brakna) repose la question de l’appartenance des terres. Et donc du conflit entre l’Etat et les propriétaires traditionnels, mais aussi avec certains des grands exploitants dans le secteur de l’irrigué, notamment dans la plaine de M’Pourié. On se rappelle que cette dernière, première expérience dans le domaine de l’irrigué (riziculture) au niveau national, a été, en 2011, au centre d’une grande polémique qui ramène à la surface la question du rapport entre l’Etat et le privé : une affaire d’expropriation dont la principale " victime " était le groupe AON (Abdallahi Ould Nouegueid) dont une bonne partie des terres acquises, à la fin du siècle dernier, au moment où l’Etat voulait lancer une véritable révolution verte, a été reprise par le gouvernement actuel au profit d’un projet d’insertion d’un groupe de diplômés dans le secteur agricole. Une opération d’insertion qui intervenait certes au bon moment pour tenter de juguler une partie de la crise qui secouait le pays, avec les manifestations non stop, menées par la " jeunesse du 25 février " mais qui reposait la question de la fin qui ne justifie pas les moyens.

En effet, si personne ne remettait en cause la possibilité pour un Etat quelconque de déposséder un citoyen pour l’intérêt général (expropriation), ce qui était à dénoncer ce sont les procédures " hors normes " suivies par le gouvernement qui choque.

Pour donner du travail à des diplômés chômeurs dans le domaine de l’agriculture, l’Etat n’a pas trouvé mieux que de reprendre au Groupe AON quelques centaines d’hectares faisant partie de l’extension de la Plaine de M’Pourié et sur lesquels des investissements importants ont déjà été réalisés. Dans le cadre de cette insertion, chaque membre dudit groupe avait bénéficié d’un terrain agricole aménagé, d’une superficie de 10 ha, prêt à l’exploitation dans le périmètre de M’Pourié, de trois vaches laitières et d’une enveloppe de 400.000 ouguiyas, comme investissement de démarrage des activités dans son champ. Une expérience qui rappelle, étrangement, toutes les tentatives entreprises par les pouvoirs publics pour donner du travail à des centaines de diplômés mais qui se sont soldées presque toutes par des échecs cuisants. A cause de leur improvisation.

M’Pourié et le capital privé

C’est dans la foulée de la volonté des pouvoirs publics de favoriser, en 1999, un secteur agricole facteur de développement, que des privés nationaux, pas vraiment convaincus qu’il s’agit-là d’un " bon risque ", ont accepté d’accompagner cette politique : c’est la fameuse phase de M’pourié extension qui verra certains investisseurs privés payer l’hectare à 30.000 UM alors que l’Etat tirait une sorte de rente de terres (cultivables ou non) cédées à seulement 3000 UM pour les mêmes proportions ! Des attributions qui sont aujourd’hui à la base même du problème qui oppose l’Etat à certains de ces investisseurs : M’Pourié qui a cédé ces terres ne disposerait même pas de titre foncier ! De plus, certaines des terres attribuées ont été revendues par leurs acquéreurs. L’on souligne, dans ce cadre, qu’un investisseur qui a été " dépossédé " par l’Etat n’avait pourtant pas acheté directement à M’pourié (en fait l’Etat) mais à d’autres investisseurs qui ont préféré tirer un profit immédiat de leur transaction plutôt que de se lancer dans ce qui leur paraissait n’être qu’une aventure risquée dans l’irriguée de par même la nature des sols (difficultés des aménagements, proximité du cordon dunaire, terres non appropriées pour la monoculture et encore moins d’autres spéculations dans le domaine de la diversification agricole).

D’autres, comme les groupes AON et MAOA, ont tenu à aller au-delà même du Cahiers des charges : ils ont effectué des travaux d’aménagement et, au lieu de se connecter sur le réseau hydraulique déjà existant de la plaine de M’Pourié, ont creusé des chéneaux de 8 kilomètres linaires, 40 km d’irrigations primaires, secondaires et tertiaires et quelque 10 km de réseau de drainage. De l’avis d’un expert agricole, le groupe AON a, pour la première fois, réalisé des infrastructures de base qu’on ne trouve même pas au Sénégal voisin. A l’exemple de la mise en place de 200 hectares de goutte à goutte fait suivant les règles de l’art et de 200 autres de système d’irrigation par pivot, ce qui a nécessité des investissements colossaux considérés comme un placement à très long terme sur un secteur émergent dont la rentabilité dépend de la volonté de l’Etat d’accorder des facilités aux opérateurs privés.

Une politique qui apparemment est aujourd’hui remise en cause, de façon complète ; au nom de l’insertion de jeunes diplômés. Une insertion qui pourrait bien être définitivement compromise. A l’entame de cette nouvelle saison agricole, qui consacre la troisième année de propriété foncière des jeunes diplômés chômeurs sur les terres cibles, et qui consacre en même temps la fin du soutien de l’administration publique à ces nouveaux propriétaires -conformément aux textes en vigueur entre les deux parties-, l’on ne peut que se poser des questions sur l’avenir de ces terres. En effet, sans cette aide, les tous nouveaux agriculteurs se tireraient difficilement d’affaires, ou pas du tout ! Ce serait alors un énorme gâchis !

MOMS
Pour l'authentique
Mamoudou Kane


              

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