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M.Aidara, 11 ans, enfant de famille monoparentale à Basra : "Allah me garde !"


Société
Mercredi 4 Septembre 2013 - 09:00

A Basra, près des "baraques de la police", M. Aïdara est connu dans le quartier, pour sa serviabilité à l'égard des plus âgés, sa sympathie naturelle, et surtout sa solitude en journée... Rencontre hasardeuse avec un enfant de 11 ans, d'une sagesse et d'une fatalité confondantes.


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(Cliquez pour agrandir) Un enfant.  Portrait : Laetitia Lécolle
(Cliquez pour agrandir) Un enfant. Portrait : Laetitia Lécolle
A l'est de Basra, un des quartiers périphériques du sud de Nouakchott, près des "baraques de police", a émergé un îlot de pâtés de maisons, marqué par une forte communauté de Haratines.
 
"L'état à l'époque de Maouiya, en lotissant cette partie du quartier, l'a essentiellement et en quasi-totalité, cédé aux Harratines, notamment aux femmes. Ce n'est que par la suite que des Pulaars ont racheté des terrains entiers et se sont installé à leurs côtés" raconte Aziz, un brigadier du commissariat du quartier.
 
La mère de M. Aidara habite dans ce havre depuis une dizaine d'années. Elle s'y est installée avec son mari, décédé en 2008, quand M. Aidara avait 6 ans. 
 
- "Deux enfants sont tombés dans le puits hier soir, c'est pour ça que le puisatier vide ainsi l'eau. Elle n'est propre qu'en apparence. Ils vont devoir vider tout le puits et le nettoyer" m'explique en pulaar l'enfant, accroupi à l'ombre d'une maisonnée, et amusé apparemment par ma mine étonnée de voir le puisatier tirer de l'eau de sa demi baril jaune découpée, et aller reverser l'eau "pure" près de la piste de "rang-rang"* à quelques mètres de là.
- "Les enfants tombés ont survécu ?"
- "Oui. Heureusement que le puisatier était juste à côté" opina-t-il en montrant du doigt l'adolescent-gardien du puits qui continuait ses aller-retours entre le puits et le "rang-rang".
-"Que fais-tu là tout seul à cette heure chaude de la journée?"
- J'attends le retour de ma mère.
- Elle est à côté?
- "Non, elle est au travail. Elle ne rentre pas avant la fin de journée" dit-il tranquillement.
- "Ha..." Avance-je bêtement. "Et tu manges où? Tu te reposes où dans la journée? Des voisins s'occupent de toi? Vous avez de la famille à côté? Et ton papa?" l'assenai-je d'une volée de questions, qui traduisait plus mon incompréhension de la situation, qu'autre chose.
 
D'autant qu'il était propre, bien habillé, j'excluais automatiquement l'hypothèse d'un talibé effronté.
 
- "Ben mon papa est mort il y a longtemps" expliqua-t-il sans ambages. "Et le restau d'Halima à côté me sert à manger à midi quand j'ai faim. Sinon je joue là, près de Abba (le puisatier-NDLR) jusqu'à ce que ma mère revienne."
- Tu ne vas pas à l'école? Bégayai-je les yeux à demi-écarquillés devant le récit qui s'allongeait.
- "Si bien sûr!" s'exclaffa-t-il en entendant mes hésitations syllabiques. "Je suis au Baobab, près de l'hôtel Coumbi Saleh. Mais on est encore en vacances" continua-t-il.
- Ah ok... Ah ok... Répétai-je benoîtement, essayant de remettre de l'ordre dans mes idées. "Et ta maman travaille où?"
- "Dans un salon de coiffure. Mais ne t'inquiète pas, ça se passe bien en général. Dieu me garde!" m'assura-t-il tout sourire, me dévoilant ses "molaires qui poussaient" et qui lui "faisaient mal".
- "Tu as besoin de quelque chose pour la journée?" M'enhardis-je dans un réflexe quasi-pavlovien, en lui tendant un billet.
- "Non merci. Ma mère a tout prévu! Mais c'est gentil de t'inquiéter!" me coupa-t-il avec un perpétuel sourire fiché sur son visage d'ange. "Dans moins d'un mois c'est la rentrée, je m'ennuierai moins à ce moment-là".
- "Tu ressembles à un mangeur de niébé*. Tu es un Ba ?" l'interrogeai-je, tentant de transformer le sourire en rire.
 
Et un océan de candeur s'illumina sur ces traits nobles et apaisés, malgré une solitude de circonstance. Les rires vinrent aisément.
 
- "Non je ne suis pas un Ba! Je suis un Aidara. Je vais devoir y aller monsieur. Qu'Allah te garde!" Me bénit-il.
- "Amine! Mais c'est moi qui devrais te dire de telles choses, non?" répliquai-je, abasourdi par une telle onction dans la bouche d'un gamin d'une dizaine d'années.
- "Allah est grand, n'est-ce pas? Rien ne peut se faire ou se défaire en dehors de sa volonté".
 
Sur ces mots il disparut rapidement au coin de la rue, d'un signe de la main, me laissant pantois, dans un maelström de pensées, sidéré par cette fugitive rencontre, qui me prouve encore une fois, que "L'Esprit souffle où il veut".
 
Mamoudou Lamine Kane
 
* Rang-rang : piste non-bitumée caractérisée par des cahotements intempestifs. D'où l'onomatopée. 
* Niébé : Haricots en pulaar.
Mamoudou Kane


              

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