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Lutte traditionnelle: En voie de professionnalisation en Mauritanie


Sport
Mardi 14 Juin 2011 - 14:55

Une certaine effervescence agite le monde la lutte en Mauritanie depuis une année. Promoteurs, écuries se créent, et la fédération se renouvelle, pour se donner les moyens de leur ambition de faire de la lutte traditionnelle un sport professionnel, et populaire, comme au Sénégal. Panorama.


séance d'entrainement à Basra, Nouakchott
séance d'entrainement à Basra, Nouakchott
C'est dans la seule arène «professionnelle» de la capitale, près de l'arrêt de bus de Basra, qu'entraînements et combats de lutte traditionnelle ont lieu; et c'est donc là naturellement qu'on rencontre la plupart des protagonistes de la lutte mauritanienne, dans un périmètre de presque 4000m². Mais face à une lutte de plus en plus populaire, et que ses nouveaux acteurs comptent mener au sommet de la professionnalisation, cette arène devient insignifiante, face à de telles ambitions. «Comme vous le voyez, la zone est relativement bien aménagée, mais on manque de beaucoup de choses, surtout que la nouvelle fédération vise aussi dorénavant, la lutte olympique. Il faut donc davantage de salles fermées, de tapis, de tenues de lutte...etc» expose Mama bâ, promoteur de lutte. Mais depuis un an que les promoteurs œuvrent dans l'organisation de combats de plus en plus réguliers, les perspectives de développement sont importantes.
«Il y a le même engouement en Mauritanie qu'au Sénégal, toutes communautés confondues. Il n'y a donc pas de raisons objectives à ce que la lutte professionnelle explose là-bas, et pas ici.» s'enthousiasme Yacoub Diko, de Yakaar Productions, un des principaux promoteurs de la lutte en Mauritanie.
Dans le même temps, reniflant un possible nouveau filon, les écuries se créent quasi bimensuellement, dans une nouvelle effervescence où la concurrence est très rude.
«L'explosion des écuries (une quinzaine à Nouakchott- ndlr) fait que, pour exister, lors des quelques combats que vous arrivez à avoir dans l'année, les lutteurs doivent être au top autant sur le plan strict de la lutte, mais aussi et même surtout lors des séances d'intimidations et de préparations (Bakaal en pulaar- ndlr).» raconte Tyson Tékane, de son vrai nom Elimane Gaye, qui dans un mimétisme total de son idole affichée, porte fièrement le drapeau américain lors de ses «bakaals».

Loin de ces considérations, d'autre évoquent leurs rapports moins prosaïques, à la lutte. «Je suis entré dans la lutte quand j'ai vu le succès de certains amis, surtout auprès des filles! Je me suis dit alors, que je voulais ce succès là aussi pour moi» admet Ama Baldé, 22 ans, de l'écurie dite de Nouakchott. Et à voir les fans clubs de filles, hystériques pour la plupart, présents lors de cette soirée de lutte organisée par Yakaar Production à l'arrêt de bus de Basra, en ce 27 mai, on n'a aucun mal à croire à ce fameux succès des lutteurs auprès de la gente féminine.

Yacoub Coly
Yacoub Coly
Travailleurs le jour, lutteurs le soir

Yacoub Coly fait partie de l'équipe nationale de lutte olympique qui était récemment en stage d'entraînement à Thiès. Ce gabarit moyen, de 76kg est revenu du Sénégal avec une conscience aiguë du fossé qui sépare la lutte mauritanienne, du reste de la sous-région.
«On a eu des entraînements comme on en a jamais eu ici; ce fut très dur physiquement, on a eu du mal à suivre le rythme, mais au final ce fut instructif. Maintenant on sait la marge d'efforts et de progrès qu'on a avant de se mettre au niveau sous-régional, pour ce qui concerne la lutte olympique tout au moins.» témoigne-t-il. Médaillé d'argent à un tournoi de lutte, au Mali en 2008, puis médaillé d'or en Mauritanie l'an passé, dans un tournoi sous-régional de lutte traditionnelle, Yacoub Coly est plâtrier dans la «vraie» vie, à Tevragh Zeïna, quartier huppé de la capitale. «J'aimerais pouvoir vivre de ma passion, de ce sport, mais à l'heure actuelle c'est impossible, et ce n'est pas près d'être le cas.» dit-il.
D'autres que Yacoub ont commencé la lutte, en catimini, à l'abri des regards des parents désapprobateurs. Et continuent. C'est le cas de Bâ Junior, marin pêcheur à Lemhayjirat, à 100 kilomètres de Nouakchott sur la route de Nouadhibou. Paradoxalement, c'est l'une des stars locales de lutte! «J'ai commencé un peu par accident, à travers mon ami Yacoub Coly. J'y ai rapidement pris goût, mais je n'ai pu mettre ma famille au courant. Je suis issu d'une famille où la pratique de la lutte est mal vue. Au fur et à mesure de succès de combats, j'ai mis ma famille au courant, sauf ma mère, qui ne le supporterait pas!» raconte-t-il avec un grand rire.

Lutte traditionnelle: En voie de professionnalisation en Mauritanie
Une fédération renouvelée

«La voie de la professionnalisation est balisée maintenant. On est en bonne voie, même si ce sera long et dur, surtout au niveau du sponsoring, mais des faits nous rendent optimistes, telles qu'une nouvelle fédération plus active, présente, structurée et par dessus tout, motivée!» dit Abdoulaye Sow, promoteur de lutte à Nouakchott.
Son président Souleymane Mamoudou Thioub, expert en micro-finance dans sa vie professionnelle, pour le compte du réseau PROCAPEC, espère apporter sa rigueur financière, mais aussi sa vision de la lutte mauritanienne qu'il veut amener le plus haut possible. «J'ai pris les commandes en novembre 2009, mais je suis dans ce monde depuis plus de douze ans. On a dû d'emblée, avec la nouvelle équipe mettre en place un plan d'urgence pour une fédération en pleine léthargie.» confie-t-il. D'autant que ses nouvelles instances veulent absolument mettre en place une fédération active sur le plan international, donc sur le plan de la lutte olympique. Or «l'ancienne fédération, avait opté à 100% pour la lutte uniquement traditionnelle. On a donc développé un plan d'action, sous la forme d'un memorandum, avec le ministère des sports, dans lequel un état des lieux du monde de la lutte a été fait.» expose le spécialiste en micro-finance.
À la suite de ce constat, la fédération a été divisée en deux zones, nord et sud, avec cinq ligues chacune. «Chaque ligue a recensé ses problèmes dans une feuille de route; et un des problèmes récurrents étaient la proportion des lutteurs devenus vieux dans ces ligues: plus de 60% avaient plus de 40 ans! Il fallait apporter du sang neuf» dit-il. Ce sang neuf se déverse actuellement dans toutes les ligues nationales, grâce entre autres, à des promoteurs comme yakaar productions. «Ils ont commencé à drainer les sponsors derrière eux» se réjouit Souleymane Thioub.
Ces mois-ci, l'attention est portée sur la création d'une équipe nationale nationale. «C'est pour cela que nous avons réactivé nos contacts au niveau des fédérations internationales, et que nos arriérés de côtisations ont été payées. Maintenant il faut s'atteler à la mise à disposition de moyens techniques (salles équipées) et humains (entraîneurs, staff).» expose-t-il.
C'est dans ce cadre que quatre lutteurs et un entraineur étaient partis en stage de formation à Thiès il y a trois semaines.
Mais sur le long terme, le changement le plus important viendra de la formation des générations des pousses. «Il y a un championnat cadet et junior le 18 juillet prochain, mais la Mauritanie ne pourra y participer , car nous n'avons pas encore formé ces catégories.» se désole Thioub.

Mamoudou Lamine Kane

Lutte traditionnelle: En voie de professionnalisation en Mauritanie
Mamoudou Kane


              

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