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Lutte contre l’esclavage et la pauvreté en Mauritanie : l’Etat doit faire ses preuves


Tribunes
Jeudi 28 Mars 2013 - 13:48

Le conseil des ministres du 21 mars 2013 a prononcé la dissolution de l’Agence Nationale pour l’Accueil et l’Insertion des Réfugiés (ANAIR) créée pour assister les Mauritaniens chassés de leur pays entre 1989 et 1991 par le pouvoir d’alors. Les conditions de cette dissolution ne laissent pas de surprendre.


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L’ANAIR a-t-elle vraiment accompli sa mission depuis le 2 janvier 2008 date de sa création par décret sous la présidence de M. Sidi Ould Cheikh Abdallahi ? Quelques semaines seulement après sa naissance, le jeune prodige organisait le retour du premier contingent de réfugiés Mauritaniens « après 19 ans d’exil forcé » (site de l’ANAIR.) Les familles ont reçu, selon leur taille, entre 1 et trois vaches laitières en guise de dotation d’installation. Bilan, selon son directeur M. Ba Medine, « Au 31/12/2010, la première phase d’accueil, d’urgence et d’appui de nos compatriotes, s’est achevée par le rapatriement effectif de 20 484 personnes, organisées en 4994 familles, installées dans 118 sites, répartis dans 5 wilayas (Trarza, Brakna, Gorgol, Guidimagha, Assaba). »

Mais ces actions n’ont pas dissipé le problème des réfugiés. Trois points majeurs restent en souffrance. D’abord le cas de ceux qui sont encore au Sénégal et qui souhaitent revenir dans leur pays mais qui ne bénéficient pas de l’assistance de l’ANAIR, les opérations de retour ayant été « officiellement clôturées. » Il y a ensuite le problème des terres confisquées après les déportations des années 1989-1991. De nombreuses familles rapatriées n’ont pu récupérer les leurs. Enfin, le cas des Mauritaniens déportés vers le Mali. Le dispositif ne les intègre tout simplement pas. Leur nombre varie, selon les estimations, entre 15 et 20 000. La dissolution de l’ANAIR ne va certainement pas résoudre l’équation comme par enchantement.

Dans la foulée, l’Etat mauritanien crée, le même jour et au cours de la même réunion, l’Agence Nationale de Lutte contre les Séquelles de l’Esclavage, d’Insertion et de Lutte contre la Pauvreté (ANLSILP). La décision aurait pu être saluée sans réserve si l’Etat mauritanien n’avait reproduit un tropisme hérité de l’ère Ould Taya : alors que des cas d’esclavage sont régulièrement découverts et dénoncés (il y a même eu au moins une condamnation par la justice mauritanienne), les pouvoirs poursuivent la guérilla des terminologies en se cramponnant aux « séquelles » plutôt que de reconnaître la réalité des pratiques d’esclavage de nos jours. C’est mal parti pour la nouvelle agence.

Une question se pose au sujet de la nouvelle agence : va-t-elle s’occuper de la pauvreté et de l’insertion de façon globale, c’est-à-dire donc du cas des anciens esclaves, de ceux à affranchir mais aussi des réfugiés de retour et de tout Mauritanien frappé par ce fléau ? Parce que c’est encore un autre mythe que de penser que la pauvreté choisit ses victimes. S’il est vrai que tout le monde n’est pas touché de la même façon, il n’en demeure pas moins que dans tous les groupes qui composent la population mauritanienne, il y en a qui ne mangent pas à leur faim, qui n’ont pas accès aux soins, à l’éducation, à l’eau potable... A ceux-là l’Agence va-t-elle ordonner d’aller voir ailleurs parce que n’appartenant pas à la bonne catégorie ?

Pour rappel, il existait déjà un programme d’éradication des séquelles de l’esclavage (PESE) logé institutionnellement à la présidence de la République. Et sous la dictature de Ould Taya, existait un Commissaire aux Droits de l’Homme à la Lutte contre la Pauvreté et à l’Insertion, reconduit depuis.

Malgré ses zones d’ombre et les interrogations qu’elle soulève, la création de cette agence reste un pas important, un espoir, une promesse. A la condition, bien sûr, qu’elle soit gérée avec la volonté de bien faire et non comme un nouvel artifice tel qu’on en a connu dans ce pays. Doit donc faire ses preuves.

Abdoulaye DIAGANA
Pour Kassataya
Mamoudou Kane


              

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