Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Loin de l’effet Trump : la mort d’un tout-droit à Nouakchott…


A.O.S.A
Jeudi 10 Novembre 2016 - 16:58


Un tout-droit est un taxi pour les plus démunis  qui longe un trajet en boucle sans quitter la route. De là son titre : tout-droit. Actuellement, il faut débourser 100 ouguiyas la place, ce qui rapporte autour de 400 à 500 par trajet soit à peine le prix d’un litre et demi de carburant. Autant dire qu’il faut souffrir pour amortir le déplacement.

 

C’est un débris de voiture où plus rien ne marche sinon le moteur qui tousse pour faire avancer quatre roues qui n’en peuvent plus depuis très longtemps.  Tout le reste a rendu l’âme depuis des lustres : plus de phares, si peu de freins, tout le circuit électrique a brûlé, les portes n’ont plus de « garnitures », un fil de fer sert de poignet, la voiture semble prête à décoller car les amortisseurs arrières ont le plus souffert même si ceux de l’avant  sont au dernier article du tassement de vertèbres.

 

Le chauffeur ressemble à son patrimoine. Ses passagers, bien que modestes parmi les pauvres,  sont plus riches que lui. Souvent, le chauffeur est enturbanné, on ne voit que ses yeux où un regard mieux loti peut s’y noyer s’il a un peu de cœur tellement c’est souvent le regard d’un vécu plus profond que l’horizon. Seul un honnête citoyen peut exercer ce métier de misère.

 

Ses bras d’une maigreur extrême rappellent la condition silencieuse. On l’entend rarement sinon pour parler avec un passager de sa condition. Alors les phrases sont courtes comme quelqu’un concentré sur le bruit du moteur de peur qu’il rende l’âme sur-le-champ. Bien sûr l’homme connaît sa machine comme il sait réparer mille  pannes comme autant de soubresauts avant la fin définitive.

 

 

Rajouter de l’eau quand ça chauffe trop, laisser le capot ouvert quand ça fume, donner un coup par-ci et par-là comme autant d’inchallah puis ça repart par un coup de pouce du destin. Pendant ce temps, les passagers patientent et les voitures plus neuves contournent la chose comme on baisse les yeux devant un corbillard et quand la voiture ne veut plus démarrer les passagers payent souvent leur dû  l’air de rien comme s’ils étaient arrivés à destination.

 

On a du mal à imaginer que ce travailleur pauvre puisse avoir une famille à charge et c’est pourtant souvent le cas car il faut bien vivre. S’il a des enfants, ils le regardent avec compassion dès l’âge de raison car depuis longtemps il est aux abonnés absents quand il s’agit de subvenir aux besoins autres qu’élémentaires.  Pourtant comme tout le monde, il se lève tôt pour prier  avant d’aller travailler et rentre tard le soir après avoir traîné son croissant comme d’autres portent  leur croix.

 


La vie ? Depuis longtemps, il la supporte naturellement en attendant la délivrance car il sait qu’il n’a fait de mal à quiconque et il a essayé de tenir jusqu’au bout en restant musulman et tous les jours il prie le Dieu auquel il croit sans lequel la frustration l’aurait déjà poussé vers d’autres trajectoires.

 

C’est ce monsieur ou un autre dont le tout-droit a fait une rencontre fatale il y a 3 semaines dans les « beaux quartiers » car les nantis et la classe moyenne ont tous des domestiques qui n’ont que les tout-droits pour aller et venir sachant que le smic mauritanien est à 33000 un par mois. Ainsi 200 ou 300 ouguiyas par jour c’est presque ¼ du salaire.

 

Ce jour-là, peut-être a-t-il brûlé le feu faute de freins

lire la suite...

chezvlane


              

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
Inscription à la newsletter
Les + populaires