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Lo Gourmo Abdoul, avocat et membre de l'UFP: «Celui qui se noie ne peut pas être trop regardant sur la main qui lui est tendue»


Actualité
Lundi 28 Janvier 2013 - 11:00

Lo Gourmo Abdoul, de l’Union des forces de Progrès (UFP), une formation politique de l’opposition Mauritanienne, revient sur la position de son parti au sujet de la guerre actuelle dans le Nord du Mali. Entretien.


Lo Gourmo Abdoul, avocat et membre de l'UFP: «Celui qui se noie ne peut pas être trop regardant sur la main qui lui est tendue»
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Dans le communiqué de votre parti sur la guerre au Mali, il est écrit «l’UFP appuie tous les efforts entrepris par l’État malien pour délivrer son territoire de l’emprise des groupes terroristes» Est-ce une formule allégée pour dire que vous soutenez l’opération Serval ?

Ce n’est pas une « formule allégée » mais une position de principe ! La situation est particulièrement complexe, en raison de l’imbrication de beaucoup de considérations contradictoires et dont il faut tenir compte pour dégager une position qui soit juste, c’est-à dire conforme aux intérêts des différents peuples de la région dans l’immédiat, mais sans rien sacrifier de leurs intérêts à long terme. L’ « Opération Serval » a pris de court tout le monde. Ce n’est pas le scénario qui était prévu pour l’appui international au peuple malien. C’est un pis aller, une solution d’urgence, entreprise seule ? par une puissance sur laquelle pèse une suspicion légitime d’interventionnisme de type impérialiste en raison de sa longue tradition de force contre les peuples africains. En soi, nous ne la soutenons donc pas ! Cependant, nous comprenons que le Gouvernement malien ait eu recours aux seules troupes qui étaient susceptibles de mettre un frein à l’offensive des groupes armés coalisés, à savoir les troupes françaises. Celui qui se noie ne peut pas être trop regardant sur la main qui lui est tendue ! « Serval » doit donc rester un dispositif d’intervention d’urgence qui doit être au plus vite possible supplanté par un dispositif moins négativement connoté. Je constate d’ailleurs que le Président Hollande semble être lui-même dans cette disposition d’esprit qui demande que les Etats africains puissent prendre leurs responsabilités, par étapes bien sûr et suivant leurs capacités réelles au combat. En tout cas, la contradiction principale est clairement celle qui oppose le peuple malien et les autres peuples de la sous région d’un côté, aux brigades terroristes internationales de l’autre. C’est sur cette base que devra partir dans la situation actuelle, toute analyse de la justesse ou non des interventions des uns et des autres aussi bien pour les Etats qui interviennent ou veulent le faire que pour les groupes armés impliqués …

Vous demandez aux autorités du Mali et de la Mauritanie « de réparer les torts causés par les agissements antérieurs du pouvoir, aux relations de bon voisinage entre les deux pays et les deux peuples frères. » Vous parlez de quel pouvoir ? Et quels sont ces torts, quels sont ces agissements ?

Nous savons que notre Gouvernement actuel a agi pendant un temps de façon unilatérale en coordination avec Sarkozy pour tenter de récupérer les otages français détenus par les groupes terroristes, en se fondant sur le principe du « droit de poursuite ». Nous avons considéré que de telles actions n’étaient pas justes car elles accentuaient le sentiment que nous faisions le boulot des forces spéciales françaises dans une guerre qui avait l’air d’une guerre par procuration. Ni les Algériens, bien plus puissants que nous, ni les nigériens n’avaient agi de cette façon aussi loin dans le territoire d’autrui. C’était une erreur de notre part qui a largement contribué à fragiliser le régime de ATT par ailleurs accusé, à tort ou à raison, de tous les maux. Ensuite, nous avons poursuivi cette erreur en accueillant à bras ouverts chez nous, un mouvement ouvertement sécessionniste allié à un groupe terroriste, puis en acceptant même qu’un autre groupe particulariste arabe malien se crée et tienne des assises comme « mouvement de libération » chez nous ! Tout cela dans un contexte de pulvérisation de l’intégrité territoriale et de l’effondrement du pouvoir central d’un Etat que l’on qualifie à tout bout champ de « frère » ! Tout cela a affecté considérablement nos relations vitales de bon voisinage avec le Mali et mis en danger la vie et la sécurité des biens de milliers et de milliers de mauritaniens au Mali…Il y’a d’ailleurs eu des comportements tout aussi inacceptables de la part de certains chauvins anti- maures ( voire anti blancs) au Mali qui ont déclenché un début de chasse à l’homme contre nos ressortissants de couleur claire, y compris peulh. Cela est également inacceptable et les autorités maliennes doivent clairement prendre les mesures qui s’imposent pour empêcher toute dérive raciste anti-maure ou autres… Voilà à quoi nous faisions allusion…

« L’UFP rejette toute implication de l’armée mauritanienne hors de nos frontières et toute ingérence dans ce conflit sous quelque forme que ce soit… » Tout, même un renseignement pour indiquer aux maliens une planque de terroriste ?

Question typiquement journalistique ! Notre rejet de toute implication dans la guerre en cours à l’extérieur de nos frontières ne signifie nullement que nous nous désolidarisons de nos frères maliens ! Au contraire, nous avons réaffirmé l’exigence de ce soutien, dont la forme la plus efficiente est pour nous d’empêcher que les groupes terroristes ne puissent disposer du moindre centimètre carré de notre territoire pour échapper aux poursuites ou pour lancer des attaques en direction du Mali. Pour les « renseignements » à fournir aux maliens, il faut simplement appliquer les accords existant entre les états-majors des armées de nos trois pays : Algérie, Mauritanie et Mali…Nous ne rejetons donc, pour des raisons liées à notre propre situation intérieure, qu’une intervention directe, armée, aux combats en cours…

Le RFD « «condamne fermement cette guerre, quel qu’en soit le prétexte retenu » les islamistes assimilent l’intervention militaire de la France a une « campagne coloniale.. » l’UFP a visiblement une position différente…Vous êtes tous membres de la COD. Ça ne fait pas un peu désordre ?

La COD n’est pas un parti politique mais un front. Nous ne sommes engagés que par les déclarations ou positions communes. Chacun, en dehors de ça, est libre de dire et d’agir comme il l’entend, dans le respect de notre Charte et de nos différents programmes. Sur le Mali, une position minimale a pu être adoptée qui ne porte pas sur le jugement spécifique de l’intervention française. Dans ce sens, l’UFP condamne l’offensive des groupes terroristes armés et soutient fermement le droit du gouvernement malien à faire recourt aux appuis extérieurs susceptibles de l’aider à y faire face. Ce gouvernement a estimé nécessaire de demander l’aide de la France. Celle-ci a agi suivant ses intérêts certes, mais à cette demande. Elle n’a donc pas agi de manière unilatérale. Si cette intervention était de type impérialiste la guerre également le serait. Ce n’est pas le cas. On n’est pas dans le schéma de la guerre d’Irak ou d’Afghanistan. C’est pour cela que nous n’avons pas assimilé cette intervention à une « campagne coloniale » malgré les réserves que j’ai émises plus haut. Bien sûr, plutôt elle prendra fin et se retireront les soldats français, mieux cela vaudra pour tout le monde. Mais il faut bien dire que, pour une fois, ce n’est pas la France qui est responsable mais les Etats africains, notamment voisins du Mali et certaines grandes Puissances, qui traînent étrangement les pieds pour prendre leurs responsabilités régionales et internationales.

L’intervention de la France dernièrement en Libye, ensuite dans le nord du Mali, est-ce que ça ne traduit pas l’incapacité des africains a trouver solution a leurs propres problèmes

Il y’a eu des progrès non négligeables ces toutes dernières années notamment dans le cadre de l’Union Africaine en matière de mécanismes de règlement de certaines questions auxquelles les africains sont confrontés, notamment pour combattre les coups d’Etat ou les atteintes graves aux ordres constitutionnels. Mais ces efforts demeurent encore manifestement insuffisants, surtout en matière de suivi post-crise, comme on le voit encore en Mauritanie à la suite du refus du régime de respecter toutes les clauses de l’Accord de Dakar signé avec la communauté internationale ! Cela laisse donc un boulevard aux grandes Puissances qui peuvent, soit provoquer elles mêmes ces crises ou les approfondir soit dicter leurs propres solutions en fonction de leurs seuls intérêts.

La RDC avec le M23, la RCA, le Mali…pourquoi les armées africaines sont a la merci de toutes les rebellions, de tous les groupes armées ?

Les armées africaines, dont la création a suivi le processus d’une décolonisation souvent factice en Afrique, ont rarement été républicaines. En réalité, elles se sont vite transformées en partis politiques armés ou en milices dont les objectifs sont assez éloignés de leur mission officielle de sauvegarde de la souveraineté nationale et territoriale des Etats. La grande masse des hommes de troupe, des sous officiers et des officiers ( à l’exception d’une infime minorité) est maintenue dans un régime de servilité de type quasi- esclavagiste ou féodal par les tenants des régimes souvent issus pourtant de leurs rangs. En sorte qu’il s’est crée en leur sein, un esprit funeste de faire du fusil un instrument de pouvoir personnel et de répression du peuple ou de certaines franges du peuple. Il n’y a aucune politique de formation sérieuse à l’exception de certains pays ; ni d’équipement adéquat en fonction des besoins réels de la défense et sécurité nationale. Aussi, à la moindre occasion, elles s’emparent du pouvoir ou se volatilisent dans la nature pour commettre des crimes contre leurs peuples ou certaines fractions de leurs peuples. Donc la raison principale pour laquelle ces armées sont à la merci de la moindre rébellion est d’ordre politique et culturelle (culture politique) et relève de l’absence d’application d’une saine conception de la gouvernance démocratique et républicaine en matière militaire. Il en va de l’armée comme de l’économie, de l’Education nationale, de la santé publique ou comme de la politique étrangère. Ce n’est pas l’intérêt du peuple qui est privilégié mais celui de cliques au pouvoir par alternance ! Seule un enracinement de la pratique de la démocratie pluraliste mettra fin à cette funeste situation…

Propos recueillis par Khalilou Diagana
Pour le quotidien de Nouakchott
Mamoudou Kane


              

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