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Littérature : Dracula vu d'Arabie saoudite


Lu sur le web
Dimanche 24 Mars 2013 - 09:33

Un jeune auteur saoudien a récemment publié L'Empaleur, mettant en scène un Dracula oriental, soulignant les origines ottomanes de cette figure. Mais les romans d'horreur, ne sont-ils pas en contradiction avec les valeurs de la religion ? Interview.


Béla Lugosi, dans le Dracula de Tod Browning en 1931.
Béla Lugosi, dans le Dracula de Tod Browning en 1931.
Parlons de votre dernier roman, qui s'appelle L'Empaleur.

Ashraf Ihsan Al-Fagih : Ce livre est parti du fait que je regardais le feuilleton "le harem du sultan" [un feuilleton turc très populaire dans le monde arabe, qui raconte la vie du sultan ottoman Soliman le Magnifique, 1494-1566]. Tout en le regardant, je me renseignais sur Wikipédia à propos de cette période historique. C'est étonnant, cette histoire d'une fraternité spirituelle entre le sultan et son ministre Ibrahim le non-croyant, avec la fin sanglante [l'assassinat d'Ibrahim] provoquée par les intrigues de Roxelane, l'épouse ukrainienne du sultan. De lien en lien, je suis arrivé sur la page Wikipedia consacrée à Mehmet II Fatih, le conquérant [1432 à 1481] et à son histoire avec Vlad, connu plus tard sous le nom de Dracula ou encore de l'Empaleur. C'est encore une histoire incroyable. Il suffit de lire comment le frère de Dracula a combattu aux côtés des Turcs pour infliger une défaite à son propre frère. Ou encore apprendre que Dracula et Mehmet II Fatih avaient étudié ensemble quand ils étaient jeunes. Ce sont d'incroyables entrecroisements historiques. Je n'ai pas résisté à me plonger dans l'écriture sur le caractère sauvage de Vlad l'Empaleur.

Le héro de votre livre fait partie du patrimoine des Européens et des Américains. Pourquoi avoir choisi de leur arracher cette figure ?

J'ai ressenti la responsabilité de faire savoir au lecteur arabe et oriental que cette légende appartient à notre patrimoine à nous, et que ce sont eux, les Occidentaux, qui nous l'avaient prise. Certes, Bram Stroker est assurément un génie littéraire. Or en faisant de Dracula un suceur de sang, tel que nous le connaissons à travers les films, il a adopté une vision métaphysique qui n'a rien à voir avec la réalité. Le livre le plus fidèle à la réalité est celui de l'historien Elisabeth Kostova [auteure américaine d'un roman historique sur Dracula, paru en français sous le titre L'Historienne et Dracula, en 2006]. Elle aborde elle aussi le fond ottoman de l'affaire.

L'écriture de romans d'horreur pourrait valoir à un musulman l'accusation de mécréance, compte tenu du risque d'être en contradiction avec la religion, en abolissant par exemple la frontière entre l'univers des morts et celui des vivants. Face à cela, faut-il prôner la liberté, ou bien avons-nous besoin d'inventer un genre de l'horreur alternatif ?

La censure ne prête pas attention à une littérature qui n'a qu'un impact limité. De toute façon, je ne suis pas adepte du blasphème. Je ne reconnais pas la liberté de création totale. Parfois, le récit amène à faire porter par un des héros des valeurs qui peuvent choquer. Mais parfois aussi, ce sont des censeurs auto-proclamés qui se lancent dans l'inquisition pour des raisons politiques.
Note :Extraits de l'interview d'Ashraf Ihsan Al-Fagih, jeune auteur saoudien, qui s'est déjà fait un nom en adaptant de la science-fiction, quasiment inexistante dans la littérature arabe. Son roman L'Empaleur a été publié en arabe en septembre 2012 comme livre électronique chez Sibawayhbooks.

Pour Alfagih.net
Lu sur courrierinternational.com
Mamoudou Kane


              

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