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Libye : qui est Abdelhakim Bel Haj, ex-Al Qaeda, le nouvel homme fort


Lu sur le web
Dimanche 11 Mai 2014 - 16:00

Les islamistes libyens se préparent aux prochaines élections du Congrès Général National (CGN), le parlement, prévues en juin. Certains d’entre eux espèrent une percée, à commencer par Abdelhakim Bel Haj, ex-djihadiste et ex-responsable du Groupe islamique du Combat en libye (GICL) créé sous Kadhafi pour combattre le régime et imposer la charia.


Abdelhakim Belhadj lors d’une conférence politique le 26 avril 2014 à Tripoli (MAHMUD TURKIA / AFP)
Abdelhakim Belhadj lors d’une conférence politique le 26 avril 2014 à Tripoli (MAHMUD TURKIA / AFP)

Bel Haj est venu à Paris, la semaine dernière pour « vendre » sa candidature. Il se déclare démocrate et prétend n’avoir aucune milice. Peut-on vraiment le croire ?

Candidat malheureux aux élections législatives de juillet 2012, son parti El Watan n’a obtenu aucun siège, Abdelhakim Bel Haj compte bien, cette fois-ci, réussir, lors des nouvelles élections du Parlement qui doivent en principe -rien n’est, en effet, encore fixé- se tenir en juin.

Il espère que la population libyenne usée, en proie à l’insécurité, et aux différentes fatwas, est enfin prête à s’en remettre à lui.

A cette fin, cet ex-djihadiste, et ex-responsable du Groupe islamique du Combat en libye (GICL) a trouvé utile de venir à Paris, le 30 avril, dans les locaux de l’IRREMO (l’Institut de recherche et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient), grâce à l’association franco-tunisienne, Uni*T, qui doit prochainement traduire un livre de l’islamiste tunisien Rached Ghanouchi, responsable d’Ennadha.

A cette occasion, il tenté de convaincre son auditoire, qu’il était « un démocrate », tout en affirmant, qu’il n’avait « aucune milice », considérant les milices « hors la loi ». Réussira t-il son pari ?

Liens avec les milices

En tous les cas, il est utile de rappeler sommairement -la liste est longue- que Abelhakim Bel Haj est à la tête du Conseil militaire de Tripoli, lequel regroupe de nombreuses milices islamistes composées de nombreux ex-djihadistes et d’islamistes, et de milliers d’hommes :

  • La brigade Al Nawsi, le noyau dur de Bel Haj qui occupe l’ancienne base aérienne de Mitiga ;
  • La Brigade du Renforcement sécuritaire ;
  • Les brigades révolutionnaires de Tripoli ;
  • La Brigade des martyres de Tripoli située dans les anciens camps de Tajoura ;
  • La brigade d’Al Bourkan dans le quartier de Jansour.

Certes, il a annoncé qu’il se retirait de ce Conseil, en mai 2012, soit deux mois avant les élections législatives de juillet 2012. Or, il s’y est maintenu. D’ailleurs, comment Bel Haj, peut-il raisonnablement prétendre être actuellement l’homme fort, l’incontournable de la Libye sans s’appuyer sur des milices dans une Libye où règnent justement les milices ?

Il « garde » de nombreux ex-Kadhafistes, de façon officieuse. Jusqu’à présent aucun ministre de la Justice ne connait le sort qu’il leur est réservé.

Lors de l’été 2013, ses milices ont intégré une Alliance à laquelle ont participé de nombreuses milices, dont celles de Misrata, avec lesquelles elles avaient fait alliance pour bouter les milices de Zentan, hors de Tripoli, et qui a été heureusement stoppée. Tripoli a échappé à un carnage.

Ses milices ont participé à Tripoli à des combats déclenchés par les très puissantes milices de Misrata, cassant ainsi leur alliance avec ses milices pour tenter de s’accaparer de la base navale de Tripoli, autre QG des milices de Bel Haj.


Parade de miliciens libyens, Tripoli, 2012 (AP Photo/Abdel Magid Al Fergany, File)

L’enjeu de la charia

Bel Haj prétend que Kadhafi appliquait la charia, et qu’en conséquence, les Libyens sont depuis longtemps régis par celle-ci. Certes, Kadhafi l’appliquait, mais selon une interprétation modérée et couplée à des lois civiles.

Depuis juillet 2012, le débat s’est ouvert sur la place de la charia en Libye. Les islamistes, veulent l’application exclusive de la charia, alors que des hommes politiques, comme Mahmoud Jibril veulent la coupler à des lois civiles. Preuve en est que les libyens n’ont quasiment pas voté pour les islamistes (frères musulmans, et salafistes…). Les frères musulmans n’ont obtenu que 17 sièges.

Les libyens sont avant tout des musulmans traditionalistes, voire même conservateurs. Mais en aucun cas des islamistes.

Kadhafi –il faut tout de même le reconnaître- a favorisé le statut de la femme -même si son comportement personnel était celui d’un chef tribal à qui on « fournissait » des femmes- par l’encadrement de la polygamie et par une refonte du divorce.

Il les a, par ailleurs, obligé à travailler par l’aménagement de crèches dans les entreprises. En cela, il s’est heurté violemment aux Oulémas et familles traditionnels et aux islamistes qui ont commencé à imposer le voile, notamment dans les années 1990.

Kadhafi leur a fait une chasse sans merci. Aujourd’hui, ces derniers veulent l’application exclusive de la sharia, en codifiant les mœurs de façon stricte.

Des fatwas sont, ainsi, régulièrement émises par le Grand mufti libyen, lequel est connecté avec le prédicateur frère musulman Youssef al-Qaradâwî, basé au Qatar. La dernière en date concerne l’interdiction d’importer un certain style de vêtement féminin !

Ils veulent en outre, construire des murs dans les écoles pour séparer les filles des garçons.

L’organisation du pouvoir attribue à la religion la place principale, l’Etat étant relayé à une fonction nourricière, dans la mesure où il doit garantir les conditions de vie. Rien sur les lois civiles !

Discréditer l’opposition traditionnelle

Il accuse l’opposition traditionnelle libérale d’avoir recruté des « malfrats », la rendant responsable du désastre actuel de la Libye. Il tente de la discréditer.

Bel Haj accuse ainsi Ali Tahrouni, un proche de Mahmoud Jibril, le traditionaliste « libéral ». Or c’est le Comité de la Haute Sécurité (CHS) de Tripoli dirigé par Hacham Béchir, un compagnon de route de Bel Haj, au sein de l’ex Groupe Islamique du Combat en Libye (GICL), qui s’est chargé de recruter les anciens miliciens dans la police nationale.

Ceci a été, dès le début, à l’époque du Conseil National de Transition (CNT), un moyen pour les islamistes de pénétrer l’administration et le système sécuritaire.

Ali Tahrouni, un de ses ennemis, n’a jamais été co-responsable de la sécurité, comme Bel Haj le laisse croire. Il a été vice-président du bureau exécutif du CNT, autrement dit du gouvernement dirigé par Mahmoud Jibril, le pire ennemi de Bel Haj et dans celui-ci, il a été ministre des Finances et du pétrole. Puis, il a crée son parti, le Parti national centriste en février 2012 avant d’intégrer l’AFN (l’Alliance des Forces nationales), lors des élections de juillet 2012.

Il est l’actuel président de la commission constituante chargée de rédiger la Constitution. Aujourd’hui, Hacham Bechir est toujours responsable de ce prestigieux comité.

Armée nationale ou garde nationale ?

Bel Haj voudrait la création d’une armée nationale. Or, l’islamiste a toujours opté pour la mise en place d’une garde nationale, sorte de brigade d’élite spéciale, identique à celles de l’ancien régime de Kadhafi, dont la mission aurait été de protéger « la révolution du 17 février ».

Alors que les brigades de Kadhafi ratissaient large dans les tribus, cette garde nationale devait exclusivement être composée d’anciens du GICL. Ali Zeidane, l’ex-premier ministre s’y est opposé avec force dès sa venue au gouvernement.

A cela, il faut également ajouter les agissements de ses amis du GICL qui se sont introduits dans les organes sécuritaires, tels que Le Conseil Suprême de l’Union des Révolutionnaires Libyens (CSUR), dont la cellule d’opération a enlevé Ali Zeidane en octobre 2013 !

Lors de sa visite à Paris, Abdelhakim Bel Haj, qui veut être le nouveau « boss » de la Libye a d’emblée annoncé qu’il « voulait le pouvoir », sans pudeur, sans scrupules, en un mélange d’un trop plein de confiance en soi et de naïveté.

Effectivement, s’il occupe bien le terrain, notamment à Tripoli où ses amis sont dans ses milices, à la tête d’organes de sécurité ou carrément au gouvernement, c’est le cas, mais il y a tant d’autres, de Khaled Al-Cherif, ex-GICL et vice ministre de la Défense, malheureusement, il lui manque les urnes pour obtenir la légitimité, la reconnaissance politique nationale et internationale !

Lutter contre l’extrémisme par le « dialogue »

Sa monnaie d’échange, c’est sa nouvelle mission qu’il s’est assignée et qu’il tente de vendre aux occidentaux : la lutte contre les extrémistes en Libye par le « dialogue », seule solution à ses yeux, rejetant du coup fermement, « une intervention armée étrangère sur le sol libyen, excepté la présence d’experts »….

Sa monnaie d’échange, c’est aussi son carnet d’adresse, -actuellement très courtisé par certains pays- et dans lequel on peut trouver le nom de certains de ses compagnons qui ont rétablis des connexions avec les extrémistes en général et ceux du Sud Libyen en particulier. Il a aussi une sérieuse connaissance du terrain, du mouvement Al Qaeda, des armes aussi….

Peut-on vraiment lui faire confiance, lui, qui prétend aujourd’hui n’avoir plus de liens avec Al Qaïda, alors qu’il nie même avoir des milices ?

Peut-on raisonnablement se risquer à miser sur Abdelhakim Bel Haj dans la lutte contre les extrémistes d’Al Qaeda, et ceux d’Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI), alors que les premiers appartiennent, tout de même, à sa famille d’origine envers laquelle il a prêté allégeance 2007, et que les seconds, venus du Mali, lui ont prêté main forte durant la révolution ?

C’est oublier, qu’il leur est aujourd’hui redevable pour ce soutien. C’est la règle, que certains ont du suivre, notamment au Mali… tel, Iyad Ag Ghali, le Touareg malien, qui a du s’y plier. Grâce à la logistique d’AQMI, il a pu reconquérir son fief, Kidal, lors de la conquête du Nord du Mali par l’Azawad. On connait le résultat : il n’a pas pu échapper à sa dette et il pactisé. Et il s’est retourné contre la France.

Abelhakim Bel Haj, met, en avant « un mémorandum » dans lequel il a renoncé, en 2010, lui et ses compagnons, à Al-Qaeda. Mais ça c’était avant… sous Kadhafi et il était en prison !

Peut-on lui faire confiance, quand on sait que ses hommes sont, notamment situés à Al Awinat (Fezzan), là où se trouve justement, en ce moment, Bel Mokthar, le djihadiste algérien qui a fuit le Mali ;

Compter sur Bel Haj, c’est oublier également, la présence des Touaregs ou encore des Toubous dans le Sud, et d’autres encore qui seraient prêts à s’engager contre les djihadistes, comme ce fut le cas au Mali avec le MNLA. Certains de leurs chefs sont d’ailleurs venus demandés l’aide de la France avant que le Sud ne devienne un Mali bis.

Le futur homme fort politique de Libye ?

Enfin, peut-on, à ce point, l’envisager comme le futur homme fort politique, l’incontournable de la Libye ?

C’est vrai que Bel Haj est discret comme un chat. Il ne donne pas d’interviews aux médias libyens, ses milices sont perçues comme étant les moins nocives, il ne fait pas étalage de ses nombreux investissements. En public, il garde son calme, et paraît même timide. Il porte des costumes chics bien coupés. On se laisserait presque séduire à s’y méprendre.

Le réveil risque, hélas, d’être malheureusement douloureux pour les occidentaux, si ces derniers décidaient de pactiser avec lui, mais aussi pour les Libyens.

En tous les cas, sa campagne électorale a déjà commencé. Il est passé sur une chaîne de tv française publique qui est retransmise en Libye. Et il a été reçu par le Quai d’Orsay qui a précisé :

« M. Abdelhakim Belhadj a été reçu par les services compétents dans le cadre du dialogue que nous entretenons avec toutes les forces politiques libyennes dans l’objectif de suivre la situation politique et sécuritaire du pays. »

Le ministère français des Affaires étrangères doit normalement recevoir également des politiques traditionnels et « libéraux ».

Source : Rue89
Mamoudou Kane


              

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